Philippe Aubert de Gaspé

Philippe Aubert de Gaspé

Résumé

Portrait de Philippe Aubert de Gaspé Philippe Aubert de Gaspé Mémoires

Ma famille passait l’hiver à Québec ; je veillais avec ma mère en attendant mon père qui dînait au château Saint-Louis. Il arrive vers les dix heures du soir, fronce, en entrant dans le salon, ses grands sourcils d’un noir d’ébène, et se promène de long en large sans proférer une parole. Celui qui se sent une mauvaise conscience est toujours sur les épines. Mon père, pensais-je, a-t-il découvert une ou plusieurs de mes fredaines ? Je n’étais pas tout à fait un saint, et mon père, que je craignais comme le feu, était sévère en diable pour mes peccadilles.
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Si le vieillard m’abandonnait le plus souvent à mes tristes réflexions, il ne laissait pas de m’en détourner quelquefois, mais de manière à ne jamais me blesser. Il y avait un sentiment inné de tact, de délicatesse, dans l’âme inculte de ce vieillard, que je souhaiterais à bien des hommes qui se piquent de savoir vivre, et d’une éducation soignée.
Je veillais seul un soir assez tard près d’un petit feu à la porte de notre cabane dans la forêt, je pensais à la mort qui met fin à tous les maux de l’humanité souffrante
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Jamais, dit le père Romain, j’en aurais pourtant eu souvent sujet avec celui d’aujourd’hui. Vous savez, M. Philippe, que j’ai une bonne femme, douce comme un agneau : eh bien ! chaque fois que le curé la rencontre, le premier bon jour qu’il lui donne est de lui dire : « est-on toujours mauvaise, la mère Chouinard ; » ça lui pique le nez comme un papier d’aiguilles, et elle vous le revire d’importance. J’ai quelquefois des démangeaisons de m’en irriter, mais comme le curé rit tout le temps à s’en tenir les côtes, ça me casse les bras.
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