“ Certaine sensation d’âme trop bien enracinée pour que j’en puisse triompher, me force à confondre vie et vérité. Si la mort existe (la mort que les esprits forts ont, de tout temps assimilée au néant) , elle m’apparaît illogique. Certaine forme d’activité me semblant dénuée de raison valable, nul ne s’étonnera donc de me la voir, je le répète, considérer comme une forme de la mort. L’agitation emprisonne le corps, l’intelligence. Qu’on parle de filet ou de murs, le corps et l’intelligence sont emprisonnés, voilà le fait. ”
René Crevel
Résumé
Feuilles éparses, anthologie de René Crevel publiée en 1965, rassemble des textes marqués par le suicide, le cynisme et le mysticisme. L’auteur explore l’angoisse existentielle, la quête d’une vérité absolue et la tension entre vie et mort, souvent à travers des réflexions sur l’art (Paul Klee) et le mouvement poétique.
Les citations révèlent une dénonciation des conventions sociales et une recherche de liberté en dehors des cadres moraux ou religieux, mêlant rêve et réalité. L’œuvre, à la fois introspective et provocante, questionne l’essence de l’humain dans un espace déstructuré.
Citations de Feuilles éparses (René Crevel)
“ Avant que la nuit ne tombe... j’ai songé à t’appeler, dégoût... mais Tzara ne va pas laisser s’arrêter, se figer sa pensée au point le plus tragique de son mouvement. Et, du reste, la sérénité du volcan ne se juge pas. Le desespéranto final va, de sa lave, rallumer l’univers. Rêve, réalité se trouvent entraînés, mêlés, fondus. Le mouvement brasse les objets, les êtres, et ne les décompose que pour les recomposer, au gré de lois bouleversantes et imprévisibles. À la moindre brindille, c’est la surprise d’un merveilleux familier. ”
“ Seule cette sensation permet d’accepter la plus vraisemblablement juste et définitive des solutions, le suicide. N’est vraisemblablement juste ni définitif aucun amour, aucune haine. Mais l’estime où bien malgré moi et en dépit d’une despotique éducation morale et religieuse, je suis forcé de tenir quiconque n’a pas eu peur, et n’a point donné son élan, l’élan mortel, chaque jour m’amène à envier davantage ceux dont l’angoisse fut si forte qu’ils ne purent continuer d’accepter les divertissements épisodiques. Les réussites humaines sont monnaie de singe, graisse de chevaux de bois. ”
