“ Ceux qui, renonçant à l'héritage des connaissances acquises et des progrès de l'esprit humain, prétendent que leur élève fasse la science, pour me servir de leur expression, ou qui, par un faux sentiment de la dignité de l'homme, veulent qu'il apprenne l'obéissance par le raisonnement, n'ont pas plus tenu compte des limites de son esprit, que de la force de ses passions. Mais en posant ce fondement de toute éducation raisonnable , Rollin ne pouvait oublier le sentiment qui l'ennoblit et le consacre, l'amour! ”
Résumé
“Vie de Rollin”, est une œuvre de . Des thèmes tels que Rollin, Histoire ancienne ou Traité des Etudes y sont abordés.
Citations de Vie de Rollin ()
“ DE ROLLIN. 35 C'est donc toujours avec ce divin tempérament que l'on doit proposer au jeune homme dès vertus sans convenance et des maximes enivrantes et trop fortes pour sa raison; mais aussi l'on ne craint plus d'échauffer son coeur, lorsqu'on est sûr de la règle qui doit le diriger. Alors l'admiration des héros de l'antiquité est aussi favorable à la vertu, que l'étude des chefs-d'oeuvre où ils sont célébrés est féconde pour le talent, et toute l'éducation s'accomplit. ”
“ Toutefois, il ne faut pas attendre d'un si grand maître et qui avait si bien observé le génie de l'enfance, de ces apperçus délicats, de ces pratiques ingénieuses et singulières, avec lesquelles on fait des livres sur l'éducation, mais on ne forme pas des hommes. La doctrine de Rollin dispense de tant de soins. Il réduit toute la science du maître à se faire craindre, a se faire respecter, à se faire aimer ”
“ DE ROLLIN. 37 de sorte que le jeune homme qui doit trouver un jour dans la société le démenti des systèmes d'indépendance, s'accoutume d'abord au joug de l'autorité, qui est le lien de la discipline, la voie de l'instruction *, l'abrégé de la science **. On citera les abus de l'autorité, mais on ne la remplacera pas. L'autorité se mêle à toutes les choses de la vie: elle garde le dépôt des connaissances publiques, apprend à l'enfant le sens de chaque mot, commence les vertus dans le coeur de l'homme, et perpétue le miracle de la société. ”
“ On a justifié cette lenteur calculée de l'enseignement, par l'intérêt des moeurs, par le bonheur même des jeunes gens, qui conservaient, sous la discipline et dans la frugalité des collèges, une jeunesse qui se flétrit au, milieu des plaisirs du monde, avant qu'ils aient goûté les joies de l'innocence. Mais ne peut-on pas encore l'expliquer par la nature et l'étendue de l'instruction elle-même ? Rollin l'avait dit il y a long-temps : « Ce ne serait pas la peine de rester dix ans au collège pour apprendre deux langues » ; et l'on vient de voir tout ce que comprend l'étude de ces langues. ”
“ DE ROLLIN. 41 Il n'est point, dans aucune langue, de livre plus attachant, plus instructif, et qui accompagne mieux les études classiques. L' Histoire ancienne fait passer sous les yeux du jeune homme toutes les scènes de l'antiquité, et l'invite à en étudier les auteurs originaux et les monumens, par l'attrait des plus riches tableaux, des évènemens les plus considérables, des sentimens les plus nobles. ”
“ Jamais le respect sans bornes, la douleur inconsolable d'un fils, ne se sont plus tendrement exprimés. Ce peu de lignes fait autant d'honneur à Rollin, qu'aux excellentes qualités de son disciple, à qui il a manqué seulement d'être plus aimable, pour être encore plus digne de son maître. ”
“ Les quartiers même où fleurissait l'Université de Paris témoignent le deuil de cette destruction; Leur célébrité n'y attire plus sans cesse de nouveaux habitans, et la population s'est écoulée vers d'autres lieux, pour y donner le spectacle d'autres moeurs. Où sont les éducations séyéres qui préparaient des âmes fortes et tendres? Où sont les jeunes gens modestes et savans , qui unissaient l'ingénuité de l'enfance aux qualités solides qui annoncent l'homme? Où est la jeunesse de la France ? ”
“ Sa solitude était sans cesse interrompue par les parens qui venaient s'éclairer sur l'éducation de leurs enfans; car on croyait généralement alors qu'une éducation ne serait pas heureuse, si l'on n'avait pris la précaution de consulter M. Rollin. Sa bonté satisfaisait à tout, et les parens et les maîtres n'avaient jamais trouvé quelqu'un de plus zélé pour le bien de leur famille et de leurs élèves. ”
“ Ils demandent encore cette éducation qui porté des fruits pour toute là vie , et qui se remplace point. Ils demandent tant de plaisirs innocents qu'ils n'ont pas connus; ils demandent jusqu'à ces peines et à ces chagrins de l'enfance qui laissent des souvenirs si tendres et si sensibles. ”
“ Rollin fut obligé de recueillir le jeune homme, et de l'établir dans son- propre cabinet, jusqu'à ce qu'il pût lui donner une place avec les autres écoliers. C'est du principal, en effet, que dépend la bonne ou la mauvaise réputation d'un collège. Il en est l'âme, pour ainsi dire; il préside à tout, il met tout en mouvement. Les soins de l'édurcation, et les détails de l'administration l'occupent tour à tour; et sa sollicitude doit s'étendre à la fois, sur la nourriture, les études, la discipline, l'instruction, les moeurs et la religion. ”
“ Déjà ils nous révèlent, malgré eux, toute la tristesse de cette indépendance que l'orgueil avait proclamée au- nom de leur bonheur;;, et rendent témoignage à la sagesse; d'une éducation si bien assortie aux besoins de l'homme, qui préparait à l'accomplissement dès devoirs par de bonnes habitudes, hâtait le développement de l'intelligence sans'le devancer, et retenait chaque âge dans les goûts qui lui sont propres. Ces apparences austères gardaient au fond des coeurs la joie, la simplicité et une sorte d'énergie heureuse qui doit animer la suite de la vie. ”
“ On aurait peine à comprendre que tous les exercices de piété que Rollin s'était imposés, aient pu trouver place dans une vie aussi appliquée, si l'on ne savait combien la paix de la conscience multiplie les momens heureux heureux le travail. ”
“ Peu d'ouvrages ont obtenu une réputation plus prompte, plus étendue, et des suffrages plus flatteurs. Tout ce siècle si savant et si poli était charmé de la beauté des tableaux et de la naïveté du bon recteur. On s'en entretenait dans les sociétés ; on attendait avec impatience le volume promis. Ces réflexions même que nous avons renvoyées à l'enfance , parce que nous avons perdu un goût de simplicité , qui n'est plus dans nos moeurs et par conséquent dans nos écrits, paraissaient alors aussi solides qu'intéressantes. Je ne sais, disait un prince *, comment fait M. Rollin ”
“ Appercevait-il le plus léger refroidissement entre deux professeurs, il les réunissait chez lui à un petit dîner frugal; son éloquence paternelle rapprochait bientôt les 20 V coeurs, et les convives se séparaient amis. Ce moyen, à ce qu'il disait dans sa vieillesse, lui avait toujours réussi. Comme il était connu, on en abusa quelquefois; et sans doute il n'en avait point de regret, lorsqu'il voyait à sa table de jeunes et aimables professeurs, qui avaient feint entre eux quelque dispute, pour avoir le plaisir d'un petit repas chez le bon principal. ”
“ Dans la préface latine qu'il a mise à la tête de cette nouvelle édition, et dont le style n'est point indigne de l'éloquence romaine , il relève et caractérise , par des traits heureux et pleins de vérité, le mérite de ce grand critique , qui fixa les traditions du beau siècle qui l'avait précédé, et qui, dans un corps complet de doctrine, où il suit l'orateur depuis le berceau jusqu'à là tribune, sait toujours réunir le raisonnement pénétrant d'Aristote et l'abondance ingénieuse de Cicéron. ”
“ Louis XVI, frappé d'une renommée si touchante , a acquitté ce que nous devions à la mémoire de Rollin ; il a élevé son nom jusqu'aux noms les plus fameux, en ordonnant qu'on lui dressât une statue au milieu des Bossuet et des Turenne. Le vénérable pasteur de la jeunesse s'avance vers la postérité, au milieu des grands hommes qui ont illustré le beau siècle de la France. S'il ne les a point égalés , il nous apprend à les admirer. Comme eux, il"eut dans ses écrits le naturel des anciens ; dans sa conduite, les vertus qui conservent les forces de l'esprit, et deviennent même de véritables talens. ”
“ Un mot suffit pour les réveiller, et cela a toujours suffi; il n'a jamais été question de les expliquer. Quoiqu'il en soit, nous dirons que le bon Rollin fut accusé de jansénisme. Son amitié fidèle et généreuse pour quelques membres de Port-Royal, dispersés par l'exil, plusieurs écrits où il défendait avec simplicité la doctrine qu'il croyait celle de la vérité, l'avaient depuis long-temps rendu coupable de ce nom, auquel on attachait des idées de sédition et d'hérésie. Il finit par être victime d'une intrigue de collège, que l'on crut ”
“ Il faut donc que les esprits superbes et jaloux de la singularité de penser, s'accoutument à les voir reconnues depuis long-temps, et proclamées par la raison toutes les fois qu'elle rentre dans ses droits. Il n'en est pas dé ces vérités comme des vérités des sciences; elles sont complettes tout d'abord; et l'on ne trouve rien au-delà que l'erreur. ”
“ On ne peut nier encore que la louange ne domine dans les réflexions et les jugemens de Hollin. Il aime à s'arrêter aux choses dignes d'admiration ; et lorsqu'il entre dans la vie privée d'un homme qui a bouleversé le monde, et dont toutes les actions appartiennent à la postérité, il y apporte, ce semble , les adoucissemens et les interprétations favorables de la charité chrétienne , qui a horreur d'un jugement téméraire. ”
“ C'est par elles que le jeune homme reçoit ces notions d'antiquité, d'histoire, de géographie, etc. qui ne sont alors que des notions accessoires, mais qui se gravent bien plus profondément dans l'esprit, parce qu'elles tiennent à Fensemble d'une étude attachante. C'est par elles qu'il pénètre dans les beautés des modèles anciens, et qu'il puise aux sources qui donnent la vie et la couleur à nos propres pensées 1. Mais si l'on considère seulement ce que demande et ce que donne l'étude d'une langue, et partieur lièrement de ces langues si complètes de l'antiquité ”
“ Rollin se fit un devoir de répondre à des avances qui lui donnaient l'occasion d'exercer sa piété envers un homme qu'il ue croyait pas exempt de reproches. On voit dans leurs lettres la courageuse et noble amitié du vertueux recteur, qui, alors même que le poète lui adressait une épître dont toutes les expressions flattaient son coeur sincère, ne relâche rien de la sévérité de son zèle, et lui reproche de parler avec trop d'amertume de ses ennemis, et trop d'assurance de lui-même (IV) . L'effort de l'amitié va communément jusqu'à donner à nos amis des conseils qui peuvent leur déplaire ”
“ La jeunesse a été en proie à des tristesses extraordinaires, aux fausses douceurs. d'une,.imagination bizarre et emportée au mépris superbe de la vie , à l'indifférence qui naît du désespoir une grande maladie s' est manifestée sous mille formes diverses. ”
“ Pendant le souper, le bruit s'en répandit parmi les écoliers, et après les grâces, M. Coffin notifia la triste nouvelle. Alors, dit un témoin de-cette scène attendrissante, et qui en rapporte les détails, il parut combien Rollin était aimé. Dès que l'on sut avec certitude qu'il était sorti du collège pour n'y plus rentrer, ce ne furent que pleurs et que sanglots. La récréation qui devait suivre le souper ne fut point une récréation. Il n'y eut point de jeu. Les écoliers, dispersés dans la cour, se promenaient tristement fondant tous en larmes , comme s'ils eussent perdu un père. ”
“ Que sur les intérêts de la morale et de la société, il n'est point d'erreur innocente et purement spéculative, puisqu'il n'en est point dont l'ignorance et les passions ne viennent à tirer les conséquences, et qu'à côté d'un faux système on peut toujours compter un grand malheur. ”
“ Voilà qu'après avoir consumé bientôt quinze années, cette grande portion de la vie humaine , dans le silence et pourtant au milieu des révolutions des empires, ils n'ont survécu aux compagnons de leur âge et pour ainsi dire à eux-mêmes, que pour toucher à ce terme où l' on ne fait plus que des pertes sans retour * . ”
“ C'est la règle de tous ceux qui voudront apprendre ou enseigner. C'est le monument d'une critique saine , où la raison éclaire et confirme les jugemens du goût. C'est le dépôt respectable de toutes les traditions qui ont fait fleurir les études françaises, et toujours l'autorité de l'expérience y justifie le respect des traditions. Cependant quel était le but de renseignement de l'Université ? Rollin nous l'apprend dans les premières lignes du Traité des Etudes. « L'Uni» versité, dit-il, se propose trois grands objets, » la science, les moeurs et la religion. Elle songe; » ”
“ On a trouvé des inconvéniens plus graves dans l'enseignement de l'Université , qui, ramenant sans cesse , a-t-on dit, sous les regards du jeune homme, les héros et les vertus des républiques anciennes, l'entretient dans des maximes et des pensées contraires à l'ordre politique de la société où il vit. ”
“ Mais tous les préceptes de l'éducation, les soins même les plus intelligens, sont stériles sans l'a-' mour de l'enfance. C'était là le secret de Rollin, la principale source de ses talens pour l'éducation , l'encouragement dans ses travaux , et surtout dans cette vigilance continuelle qui est le premier devoir du pasteur de la jeunesse. Tant qu'il fut à la tête du collège de Beauvais, il n'entretint aucune relation au-dehors. ”
“ Mais il avait su le prévoir depuis long-temps et dès les jours de sa jeunesse avec toute la prudence du chrétien. Rollin était tout-à-la-fois un philosophe dé l'antiquité, et un fidèle de la première église. Sa science n'avait point altéré sa piété : sa passion pour les belleslettres ne lui coûta jamais le regret d'avoir négligé un seul devoir de la religion. ”
“ Cependant, quoiqu'on puisse, la justifier par des exemples particuliers, elle ne peut être une objection contre renseignement de l'Université, que lorsqu'on séparera les objets qu'elle y réunit toujours; je yeux dire, les exemples d'héroïsme et les maximes propres à exciter l'enthousiasme, de la religion qui les épure et les conforme à l'ordre. Aussi Rollin ne les sépare-1 — il point. Si quelquefois il abandonne son' disciple à une admiration toute naturelle pour des actions éclatantes, il est prompt à le retenir dans les bornes légitimes. ”
“ Un jour, elle remarqua que son fils, en montant en voiture , prenait sans façon la première place. Elle commençait à lui en faire une réprimande sévère, comme d'un manque de bienséance et de politesse ; mais le précepteur qui était là l'interrompit avec douceur, et lui représenta que M. Lepelletier avait réglé , qu'on se rangerait toujours dans le carrosse suivant l'ordre de la classe. ”
Termes fréquents
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