“ Le sourire contenu qui était toujours sur le visage d’Anna Pavlovna, bien que ne s’harmonisant pas avec ses traits fanés, exprimait, comme chez les enfants gâtés, la conscience absolue de son charmant défaut, dont elle ne voulait pas, ne pouvait pas, et ne trouvait pas nécessaire de se corriger. Au milieu d’une conversation sur la politique, Anna Pavlovna s’échauffait. — Ah ! ne me parlez pas de l’Autriche ! Je ne comprends peut-être rien, mais l’Autriche ne voulut jamais la guerre, et ne la veut pas. Elle nous trahit. La Russie seule doit sauver l’Europe. ”
Anna Pavlovna
Définition et enjeux
Citations sur “Anna Pavlovna”
“ C’est une femme ravissante. — Vous parlez de la pauvre comtesse ? dit Anna Pavlovna en s’approchant. J’ai envoyé savoir de ses nouvelles. On m’a dit qu’elle allait un peu mieux. Oh ! sans doute, c’est la plus charmante femme du monde, dit Anna Pavlovna avec un sourire pour son propre enthousiasme : Nous appartenons à des camps différents, mais cela ne m’empêche pas de l’estimer comme elle le mérite. Elle est bien malheureuse ! ajouta-t-elle. ”
“ Il s’approcha d’Anna Pavlovna, baisa sa main en lui tendant son crâne parfumé et luisant, et, tranquillement, s’assit sur le divan : — Avant tout, dites-moi comment vous allez, chère amie ? Rassurez l’ami — dit-il sans changer de voix et d’un ton dans lequel, derrière les convenances et la sympathie, perçait l’indifférence et même la moquerie. — Comment peut-on se bien porter quand le moral souffre ?... Peut-on rester calme, en notre temps, quand on a du cœur ? — répondit Anna Pavlovna. — J’espère que vous êtes chez moi pour toute la soirée ? ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ La soirée d’Anna Pavlovna était lancée. Les fuseaux travaillaient régulièrement de divers côtés et faisaient un bruit ininterrompu. Outre ma tante, près de qui était une dame âgée, au visage fané et maigre, un peu déplacée dans ce cercle brillant, les invités formaient trois groupes. Dans l’un, où il y avait plus d’hommes, l’abbé était le centre. Dans l’autre, jeune, c’étaient la belle princesse Hélène, fille du prince Vassili, et la jolie et fraîche, un peu trop replète pour son âge, petite princesse Bolkonskaia. Dans le troisième, Mortemart et Anna Pavlovna. ”
“ Elle attendait en souriant. Pendant tout le récit, elle resta assise droite, regardant rarement, tantôt son beau bras rond, qui se déformait par la pression sur la table, tantôt sa poitrine encore plus belle et sur laquelle elle arrangeait son collier de diamants ; parfois elle rajustait les plis de sa robe, et quand le récit produisait un effet, elle regardait Anna Pavlovna, et aussitôt prenait la même expression que celle du visage de la demoiselle d’honneur, et ensuite de nouveau reprenait son calme et son sourire clair. Après Hélène, la petite princesse quitta aussi la table à thé. ”
“ Avec elle le mari le moins mondain occupera malgré lui la plus brillante situation. N’est-ce pas ? Je voulais seulement savoir votre opinion, et Anna Pavlovna le laissa partir. Pierre, en toute franchise, répondit affirmativement à la question d’Anna Pavlovna, sur l’art de se tenir d’Hélène. S’il lui arrivait de penser à Hélène, c’était précisément à sa beauté et à son talent calme, extraordinaire, d’être digne et silencieuse en société. La tante reçut dans son coin les deux jeunes gens, mais sembla vouloir cacher son adoration pour Hélène et exprimer surtout sa peur d’Anna Pavlovna. ”
graf Leo Tolstoy, Anna Karénine, Tome I
“ Qu'ai-je affaire d'Anna Pavlovna? ils n'ont qu'à vivre comme ils l'entendent, et je ferai de même. Je ne puis me changer. Au reste, ce n'est pas cela....—Qu'est-ce qui n'est pas cela? dit Varinka d'un air étonné.—Moi, je ne puis vivre que par le coeur, tandis que vous autres ne vivez que par vos principes. Je vous ai aimées tout simplement, et vous n'avez eu en vue que de me sauver, de me convertir!—Vous n'êtes pas juste, dit Varinka.—Je ne parle pas pour les autres, je ne parle que pour moi.—Kitty! viens ici, cria à ce moment la voix de la princesse: montre tes coraux à papa. ”
“ Dans le salon d’Anna Pavlovna où être admis était regardé comme un grand avancement dans le service, il comprit aussitôt son rôle et laissa Anna Pavlovna profiter de l’intérêt qu’elle trouvait en lui. Il observait attentivement chaque personne en appréciant les avantages et la possibilité de se rapprocher de chacune d’elles. Il s’assit à la place qu’on lui désigna, près de la belle Hélène, et se mit à écouter la conversation commune. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Tous les souvenirs de ses relations avec cette famille lui revenaient les uns après les autres : elle se rappelait la joie naïve qui se peignait sur le bon visage tout rond d’Anna Pavlovna, à leurs premières rencontres ; leurs conciliabules secrets pour arriver à distraire le malade, à le détacher d’un travail qui lui était défendu, à l’emmener promener ; l’attachement du plus jeune des enfants, qui l’appelait « ma Kitty », et ne voulait pas aller se coucher sans elle. ”
“ Boris promit d’obéir à son désir et il voulait se mettre à causer avec elle quand Anna Pavlovna l’appela, sous prétexte que sa tante désirait lui parler. — Vous connaissez bien son mari ! dit Anna Pavlovna en fermant les yeux, et d’un geste désolé, montrant Hélène. — C’est une femme si malheureuse et si charmante ! Ne parlez pas de lui devant elle. Je vous en prie, n’en parlez pas. Ce lui est trop pénible. ”
“ Comme autrefois, Anna Pavlovna donnait chez elle des soirées comme elle seule avait le don de les organiser, et où, selon son expression, se réunissait la crème de la véritable bonne société, la fine fleur de l’essence intellectuelle de la société de Pétersbourg. ”
“ Si même ç’a été un héros pour certaines gens, — poursuivit le vicomte en s’adressant à Anna Pavlovna, — depuis l’assassinat du duc, il y a un martyr de plus dans le ciel, un héros de moins sur la terre. Anna Pavlovna et les autres n’avaient pas encore réussi à apprécier, par un sourire, les paroles du vicomte, que Pierre se jetait de nouveau dans la conversation, et qu’Anna Pavlovna, bien qu’elle pressentît qu’il allait dire quelque chose de déplacé, ne pouvait déjà plus l’arrêter. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Tous deux écoutaient et parlaient avec trop d’animation et de naturel, et cela ne plaisait pas à Anna Pavlovna. — Les moyens sont l’équilibre européen et le droit des gens, — disait l’abbé. — Il faut qu’un état puissant comme la Russie, réputée barbare, se mette avec désintéressement à la tête d’une union dont le but est l’équilibre de l’Europe, et elle sauvera le monde ! — Comment trouverez-vous un pareil équilibre ? commençait Pierre ; mais à ce moment s’approcha Anna Pavlovna, et, regardant sévèrement Pierre, elle demanda à l’Italien comment il supportait le climat de Pétersbourg. ”
“ Anna Pavlovna sourit mélancoliquement, en déclarant que Koutouzow ne faisait que créer des ennuis à l’Empereur. « Oui, je l’ai dit à l’assemblée de la noblesse, reprit le prince Basile ; je leur ai dit que son élection aux fonctions de commandant de la milice ne plairait pas à Sa Majesté ; mais ils ne m’ont pas écouté ; ils ont la manie de fronder. Et pourquoi ? Parce que nous tenons à singer l’absurde enthousiasme des Moscovites, » ajouta-t-il, en oubliant que ce propos, qui aurait été goûté dans le salon de sa fille, ne pouvait l’être dans celui d’Anna Pavlovna ”
“ Le prince s’inclina en signe de respect et de reconnaissance. — Je pense, — continua Anna Pavlovna, après un silence d’un moment, en s’approchant du prince et en lui souriant tendrement, et en montrant par là que la conversation politique était terminée et que maintenant commençait la conversation intime, — je pense souvent avec quelle injustice se partage le bonheur de la vie. Pourquoi la fortune vous a-t-elle donné deux si beaux enfants (sauf votre Anatole, votre cadet, je ne l’aime pas, — ajouta-t-elle d’un ton décisif, et en soulevant les sourcils) , de si charmants enfants ! ”
“ Les derniers temps, après le retour de l’empereur de l’armée, une certaine animation se produisit dans ces cercles-salons opposés, et quelques démonstrations hostiles eurent lieu ; mais l’opinion dirigeante de chaque cercle restait la même. Dans celui d’Anna Pavlovna, parmi les Français, on ne recevait que les légitimistes les plus farouches, et on exprimait la pensée patriotique qu’il ne fallait pas aller au Théâtre-Français, et que l’entretien de la troupe d’artistes coûtait autant que celui d’un corps d’armée. ”
graf Leo Tolstoy, La guerre et la paix, Tome III
“ Le pressentiment d'Anna Pavlovna se réalisa. Le lendemain, pendant le Te Deum chanté au palais, le prince Volkonsky fut appelé hors de la chapelle, et reçut un pli contenant le rapport du prince Koutouzow, écrit le jour de la bataille de Tatarinovo. Il lui annonçait que les Russes n'avaient pas reculé d'une semelle, que les pertes de l'ennemi étaient supérieures aux nôtres, et que, si le temps lui manquait pour lui donner des détails plus précis, il pouvait du moins lui assurer que la victoire nous était restée. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1877)
“ Aussitôt elle se mit à lui expliquer qu’elle s’était installée chez Anna parce qu’elle l’avait toujours mieux aimée que sa sœur Catherine Pavlovna, qui avait élevé Anna, et qu’elle considérait comme un devoir de leur venir en aide dans cette période transitoire si pénible. — Dès que son mari aura consenti au divorce, je me retirerai dans ma solitude, mais actuellement, je puis leur être utile et remplirai mon devoir quelque pénible qu’il soit. Je ne suis pas comme les autres. Et toi, tu es très gentille d’être venue. Tu as très bien agi. Ils vivent comme les meilleurs époux. ”
Léon Tolstoï,
Guerre et Paix
(1869)
“ Maintenant, Gènes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antéchrist, (ma parole, j’y crois) , je ne vous connais plus, vous n’êtes plus mon ami, vous n’êtes plus mon fidèle esclave, comme vous dites. Eh bien ! Bonjour, bonjour ! Je vois que je vous fais peur, asseyez-vous et causons. Ainsi parlait, en juillet 1805, Anna Pavlovna Schérer, demoiselle d’honneur et personne très proche de l’Impératrice Maria Fedorovna, en allant à la rencontre d’un personnage très grave, écrasé de titres, du prince Vassili, arrivé le premier à sa soirée. ”
“ « Anna a eu raison, ce n’est pas moi qui lui ferai des reproches. Elle est heureuse, elle a fait le bonheur d’un autre ; elle n’est pas esclave comme moi, elle doit être, comme toujours, belle, intelligente et pleine d’intérêt pour toute chose », pensa Daria Alexandrovna. Un sourire effleura ses lèvres car le roman d’Anna suscitait à son imagination un roman analogue dont elle-même serait l’héroïne. Comme Anna elle avouerait tout à son mari, et elle sourit en songeant à l’étonnement, à la stupéfaction qu’il en ressentirait. ”
“ Elle avait grossi, et au moment où elle avait fait allusion à cette actrice, une expression méchante avait subitement enlaidi son visage. Il la regarda comme un homme regarde la fleur qu’il a arrachée. Dans cette fleur flétrie, il a peine à reconnaître la beauté pour laquelle il l’a cueillie et fait périr. Mais, alors qu’au moment où son amour pour Anna était le plus fort, il se sentait capable de l’arracher violemment de son cœur, maintenant qu’il lui semblait ne plus l’aimer, il avait conscience que le lien qui les unissait ne pouvait être brisé ! ”
Louis Léouzon Le Duc,
La Princesse Gourkoff, suite et fin de l'Odyssée galante d'une princesse russe…
(1879)
“ Sur cette route on ne s'arrête jamais à temps. Ce qu'il te faudrait Anna, c'est un homme à l'esprit élevé, au cœur ardent et fort, à la conscience sûre, un homme qui t'aimât pour toi aussi bien que pour lui ; qui, dans son amour cherchât, au lieu d'une distraction ou d'un intérêt éphémère, comme tous ceux que j'ai connus, un élément d'existence normal et durable. Metstoi en quête de ce phénix, trouve-le. C'est la grâce que te souhaite ta meilleure amie. Nadeschda. ”
Ernest Lavigne, Le roman d'une nihiliste (1879)
“ La femme n'est pas seulement un instrument de raison : elle est un instrument d'amour ; et quand elle n'allie pas l'un à l'autre, elle ne sait ni raisonner ni aimer. Pavlovna n'avait, en somme, jamais mesuré l'étendue du sacrifice qu'elle avait fait. Autrefois, quand elle conspirait dans les conditions que l'on sait, tout lui paraissait facile, aisé, tout lui semblait conforme au but qu'elle poursuivait, et même, jusqu'à un certain point, elle pouvait croire que les événements concouraient à l'accomplissement de ses rêves. ”
Gustave Aimard,
Les chasseurs mexicains: Scènes de la vie mexicaine
“ Miss Anna était une nature vaillante, un cœur brave. Par un effort suprême de volonté, elle comprima en dedans d'elle-même l'émotion terrible qui lui tordait si douloureusement le cœur, et au bout de quelques minutes à peine, écartant du geste la jeune Indienne qui lui prodiguait les soins les plus délicats, elle se redressa majestueuse et sombre devant son cousin, qu'elle écrasa d'un dédaigneux sourire. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ Si quelqu’un s’était arrogé le droit de lui demander ce qu’il pensait de la conduite de sa femme, cet homme calme et pacifique se serait mis en colère au lieu de répondre. Aussi sa physionomie prenait-elle un air digne et sévère toutes les fois qu’on lui demandait des nouvelles d’Anna. Et à force de vouloir ne rien penser de la conduite de sa femme, Alexis Alexandrovitch n’y pensait pas. L’habitation d’été des Karénine était à Péterhof, et la comtesse Lydie Ivanovna, qui y demeurait habituellement, y entretenait de fréquentes relations de bon voisinage avec Anna. ”
Léon Tolstoï,
Résurrection. 3e partie
“ Mais plus que tous les autres elle admirait Marie Pavlovna ; et non seulement elle l’admirait, mais elle s’était prise pour elle d’une véritable passion, où le respect se mêlait à l’enthousiasme. Elle avait été frappée, dès le premier jour, de voir comment cette belle jeune femme, riche, instruite, noble, fille d’un général, se donnait l’apparence d’une simple paysanne, distribuant à d’autres tout l’argent et tous les effets que lui envoyait son père, et s’habillant non seulement sans aucun luxe, mais d’une façon qui semblait destinée à cacher le plus possible sa beauté naturelle. ”
Ernest Lavigne, Le roman d'une nihiliste (1879)
“ Ce dernier point était facile, Pavlovna servait d'intermédiaire. Par malheur, celle-ci, au lieu de dire les choses nettement à Stasia, les lui cacha, au contraire, ou ne les lui dit qu'à moitié, en sorte que la comtesse vivait dans une sécurité trompeuse, ou, du moins, familiarisée avec le danger. Quant à Vladimir, lorsque Pavlovna lui avait dit : – Prends garde ! on a de mauvais desseins sur toi ! Il avait répondu : – Va, va, Pavlovna n'aie pas peur. C'est très-gentil à toi de me prévenir. Tu es une bonne femme et tu observes strictement le Rituel. ”
Léon Tolstoï,
Anna Karénine
(1873-1877)
“ « Suis-je moins gentil qu’elle ? demanda Serge. — Pour moi, il n’y a rien de mieux au monde que toi. — Je le sais bien », dit l’enfant en souriant. À peine Anna eut-elle fini de déjeuner qu’on lui annonça la comtesse Lydie Ivanovna. La comtesse était une grande et forte femme, au teint jaune et maladif, avec de splendides yeux noirs et rêveurs. Anna l’aimait bien, mais ce jour-là ses défauts la frappèrent pour la première fois. ”
Louis Gillet,
Revue des Deux Mondes
“ Telle est l’étrange aberration dont la pauvre Anna est victime parmi ces âmes fanatiques. Elle-même se sent inquiète et coupable d’être une forme magnifique et séduisante de la vie. Parce qu’elle rayonne et qu’elle respire la volupté, parce qu’elle inspire malgré elle le désir des caresses, elle sait qu’elle fait le mal et répand autour d’elle l’illusion et la mort. ”
