“ Et si quelqu’un parmi nous devait travailler un jour à perdre Flaccus, je n’aurais jamais cru que D. Lélius, fils d’un si vertueux père, et qui peut justement prétendre lui-même à un si noble rang, se chargeât d’une accusation qui sied plus à la haine et à la fureur des citoyens pervers, qu’au mérite d’un jeune homme élevé dans la sagesse et la vertu. ”
Lélius
Définition et enjeux
Citations sur “Lélius”
Adolphe Berger, Histoire de l'éloquence latine depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron… (1872)
“ Mais on n'admet point d'ordinaire que le même homme excelle en plusieurs choses à la fois. Comme personne ne peut prétendre à la gloire militaire de Scipion, bien que Lélius se soit distingué dans la guerre contre Viriathe, on veut bien que pour le génie, l'érudition, l'éloquence, la sagesse, tous deux l'aient emporté sur leurs contemporains, mais on accorde le premier rang à Lélius. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Jeune
“ Oui, fais choix de Caton ou, s’il te paraît trop rigide, adopte la morale plus tempérée de Lélius : détermine-toi pour l’homme qui t’a plu par sa vie, par ses discours, par son visage même où son âme se montre au dehors : propose-toi-le incessamment soit comme censeur, soit comme modèle. On a besoin, je le dis encore, d’un type auquel se conforment nos mœurs. À moins d’une règle, les penchants vicieux ne se redressent point. ”
“ Scipion fait accueil à chacun, puis il se retourne pour les conduire, en ayant soin de laisser la place du milieu à Lélius. C’était en effet comme une convention sacrée de leur amitié, que dans les camps Lélius honorât Scipion comme un dieu, à cause de sa grande gloire militaire, et qu’une fois les armes déposées, Scipion à son tour témoignât le respect d’un fils à Lélius, qui avait plus d’âge que lui. Toute la société fit d’abord un ou deux tours sous le portique, en échangeant quelques paroles de bienvenue. ”
“ Voilà les convictions qui me donnent la force que vous admiriez tant, Scipion et Lélius ; grâce à elles, je ne sens pas le fardeau des années, et, bien loin que la vieillesse me soit importune, j’y trouve des agréments nombreux. Si je me trompe en croyant que les âmes sont immortelles, je me trompe avec plaisir ; et tant que je vivrai, je ne veux pas qu’on m’arrache une erreur qui m’est si précieuse. ”
Adolphe Berger, Histoire de l'éloquence latine depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron… (1872)
“ Si la censure des lois fut aussi impuissante contre le luxe, celle du satirique n'obtint pas un meilleur résultat. C'est en vain qu'à ses railleries contre certains personnages, les Publius, les Gullonius, Lucilius ajoute des préceptes, recommande l'exemple de Lélius, fait l'éloge des mets simples, et vante notamment l'oseille : « Oseille, qui ne te vanterait, pour peu qu'il te connaisse ! C'est en ton honneur que le sage Lélius poussait de véritables cris, lorsqu'il interpellait un à un tous nos goinfres : « 0 Gallonius, » ô véritable gouffre, disait-il, tu n'es qu'un malheureux ! ”
Adolphe Berger, Histoire de l'éloquence latine depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron… (1872)
“ « Aussi, dit l'orateur, ne pouvons-nous rendre aux dieux. immortels toutes les grâces que nous leur devons, pour avoir fait naître de préférence .parmi nous cet homme doué d'une telle âme et d'un si grand génie. Aussi ne pouvons-nous ressentir assez de douleur, assez d'affliction de ce qu'il est mort d'une telle maladie, et dans un temps où tous ceux qui, comme vous, désirent le salut de la république, auraient eu tant besoin de le posséder vivant, ô Romains! » L'idée de Lélius est bonne, mais il lui manque ce qui donne le relief à l'idée, le trait. ”
Nicolas Boileau,
Oeuvres poétiques de Boileau Despréaux
(1883)
“ Ce n'était pas seulement des poètes et des auteurs qu'il attaquait : c'était des gens de la première qualité de Rome ; c'était des personnes consulaires. Cependant, Scipion et Lélius ne jugèrent pas ce poète, tout déterminé rieur qu'il était, indigne de leur amitié ; et vraisemblablement dans les occasions ils ne lui refusèrent pas leurs conseils sur ses écrits, non plus qu'à Térence. Ils ne s'avisèrent point de prendre le parti de Lupus et de Métellus, qu'il avait joués dans ses satires, et ils ne crurent pas lui donner rien du leur, en lui abandonnant tous les ridicules de la République. ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ Que sait-on même si la prudence de Scipion n'avoit point donné de si bons ordres qu'aucun de ces emportements ne fût en son pouvoir? Je le marque assez pour en faire naître quelque pensée en l'esprit de l'auditeur judicieux et désintéressé, dont je laisse l'imagination libre sur cet article. S'il aime les héros fabuleux, il croira que Lélius et Éryxe, entrant dans le camp, y trouveront celui-ci mort de douleur, ou de sa main. Si les vérités lui plaisent davantage, il ne fera aucun doute qu'il ne s'y soit consolé aussi aisément que l'histoire nous en assure [625] . ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ «Il ne paroît dans cette pièce que pour dire à Massinisse qu'il se doit divertir avec Sophonisbe, et non la prendre pour femme. Il veut autoriser ce qu'il avance par des menteries, en disant que les Dieux n'ont jamais eu de femmes, en quoi il s'abuse grossièrement. On dit qu'il a retranché quelque chose de cet endroit, ce qui fait voir que plusieurs l'ont condamné aussi bien que moi [588] .» Dans l'édition de 1663 et dans les suivantes, Lélius parle bien encore des Dieux à Massinisse, qui lui en a parlé le premier (voyez acte IV, scène III) ”
Adolphe Berger, Histoire de l'éloquence latine depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron… (1872)
“ « C'est aux hommes que nous avons affaire, et non aux dieux; à quoi bon perdre notre temps à attendre le joueur de flûte*? » Malheureusement, il était déjà trop tard. Tout le crédit de Scipion ne put faire arriver son ami au consulat cette année. Lélius ne fut nommé consul que l'année suivante, et il eut pour collègue Q. Servilius 'Cépion. Cicéron semble faire grand cas du consulat unique de Lélius, et l'oppose aux quatre consulats de Cinna2. ”
“ Quelques-uns pensent qu’il s’agit ici, non de L. Élius, mais de Lélius, et que ceux qui perdirent la vie appartenaient à la famille Lélia. loading la:Index:Frontin - Les Stratagèmes - Aqueducs de la ville de Rome, trad Bailly, 1848.djvu... 15. Les deux Decius, le père d’abord, et plus tard le fils, se dévouèrent pour la république pendant leur consulat. Ils s’élancèrent avec leurs chevaux au milieu des ennemis, et donnèrent, en mourant, la victoire à leur patrie. loading la:Index:Frontin - Les Stratagèmes - Aqueducs de la ville de Rome, trad Bailly, 1848.djvu... ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Si j’avais osé faire le prêtre avec vous, n’auriez-vous pas achevé de me rendre incrédule ? — Voilà donc, leur dit Lélia d’un ton amer, à quoi tient votre force ! la faiblesse d’autrui fait votre puissance ; mais, dès qu’on vous résiste, vous reculez et vous avouez en riant que vous jouez un faux rôle parmi les hommes, charlatans et imposteurs que vous êtes ! Hélas ! Trenmor, où en sommes-nous ? Où en est le siècle ? Le savant nie, le prêtre doute. Voyons si le poëte existe encore. Sténio, prends ta harpe et chante-moi les vers de Faust ”
“ Lélia ne vous a jamais poursuivi, jamais aimé !... — Eh ! je le sais, dit tranquillement le prêtre. Vous ne me comprenez pas : écoutez, asseyez-vous avec moi sur le tronc de ce mélèze qui sert de pont au-dessus-de l’abîme. Là, plus près de moi, votre main dans la mienne, ne craignez rien. L’arbre ploie, le torrent gronde, le gouffre écume là-bas, dans cette noire profondeur, juste au-dessous de nous : cela est beau ! c’est l’image de la vie. En parlant ainsi, l’insensé entourait Sténio de ses bras crispés par la fièvre. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ En vérité, qui êtes-vous tous ? Voici Trenmor étonné ; voici Sténio, le jeune poëte, qui regarde mes pieds et qui croit y apercevoir des griffes, et voilà un prêtre qui refuse de m’absoudre et de m’ensevelir ! Suis-je déjà morte ? Est-ce un songe que je fais ? — Non, Lélia, dit enfin le prêtre d’une voix triste et solennelle, je ne vous prends pas pour un démon ; je ne crois pas au démon, vous le savez bien. — Ah ! ah ! dit-elle en se tournant vers Sténio, entendez le prêtre : il n’y a rien de moins poétique que la perfection humaine. Soit, mon père, renions Satan, condamnons-le au néant. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Eh bien, Lélia, que Dieu me le pardonne encore ! pendant un moment je l’ai cru et j’ai failli lui retirer mon hommage pour vous l’offrir. Je me suis laissé éblouir et subjuguer par la puissance qui était en vous. Hélas ! il faut l’avouer, je ne vous vis jamais si belle. Pâle comme une des statues de marbre blanc qui veillent auprès des tombeaux, vous n’aviez plus rien de terrestre. Vos yeux brillaient d’un feu sombre ; et votre vaste front, dont vous aviez écarté vos cheveux noirs, s’élevait, sublime d’orgueil et de génie, au-dessus de la foule, au-dessus du prêtre, au-dessus de Dieu même. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Écoute, écoute, dit le prêtre, il y avait deux Lélia : tu n’as pas su cela, jeune homme, parce que tu n’étais pas prêtre, parce que tu n’avais ni révélations, ni visions, ni pressentiments. Tu vivais naturellement, et d’une grosse vie facile et commune ; moi j’étais prêtre, je connaissais les choses du ciel et de la terre, je voyais Lélia double et complète, femme et idée, espoir et réalité, corps et âme, don et promesse ; je voyais Lélia telle qu’elle est sortie du sein de Dieu : beauté, c’est-à-dire tentation ; espoir, c’est-à-dire épreuve ; bienfait, c’est-à-dire mensonge ”
“ Oh, quelle heure délicieuse ! s’écria Sténio, en ouvrant ses narines et sa poitrine à cet air vivifiant. Ô ma Lélia ! je suis sauvé, je suis rajeuni. Je sens en moi un homme nouveau. Je vis d’une vie plus suave et plus pleine. Lélia, je veux te remercier à genoux : car j’étais mourant, et tu as voulu me guérir, et tu m’as fait connaître les délices du ciel. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Écoute la grande et puissante voix de Trenmor, de l’homme qui a souffert, de l’homme qui a vécu. Entends le vœu d’une âme encore ignorante des maux de la vie. Tous deux te demandent de leur conserver leur bien, leur poésie, leur espoir, Lélia ! Si tu veux déjà la placer dans ta gloire et l’envelopper de tes éternelles félicités, reprends-la, mon Dieu, elle t’appartient ; ce que tu lui destines vaut mieux que ce que tu lui ôtes. Mais, en sauvant Lélia, ne nous brise pas, ne nous perds pas, ô mon Dieu ! ”
“ Qu’est-ce que cela signifie ? dit Lélia, se dressant sur sa couche. Suis-je déjà dans le pays des rêves ? Ne suis-je plus de l’espèce humaine qui rampe, qui prie et qui meurt ? Le spectre effaré que voilà n’est-il pas un homme, un prêtre ? Votre raison est-elle troublée, Magnus ? Vous êtes là, vivant et debout, et moi j’expire. Pourtant, vos idées se troublent et votre ame faiblit, tandis que la mienne appelle avec calme la force de s’exhaler. Allons, homme de peu de foi, invoquez Dieu pour votre sœur mourante, et laissez aux enfans ces peurs superstitieuses qui devraient vous faire pitié. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Savez-vous ce que c’est que l’homme ? Savez-vous ce que c’est que Dieu ? Connaissez-vous la terre, connaissez-vous le ciel ? — Prêtre, laissez-moi vous quitter, dit Sténio, que l’aliéné voulait entraîner vers sa grotte. Je ne saurais écouter vos paroles sans terreur. Vous maudissez Lélia, vous la condamnez au néant, et vous osez parler de Dieu, et vous osez porter l’habit de ses ministres ? — Enfant, dit le prêtre, c’est parce que je crains Dieu, c’est parce que je respecte l’habit que je porte, que je maudis Lélia. Lélia ! ma perte, ma séduction, ma ruine ! Lélia ! ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Lélio n’était pour moi que l’ombre du Cid, que le représentant de l’amour antique et chevaleresque dont on se moquait maintenant en France. Lui, l’homme, l’histrion, je ne le craignais guère, je l’avais vu ; je ne pouvais l’aimer qu’en public. Mon Lélio à moi, c’était un être factice que je ne pouvais plus saisir dès qu’on éloignait le lustre de la Comédie. Il lui fallait l’illusion de la scène, le reflet des quinquets, le fard du costume, pour être celui que j’aimais. En dépouillant tout cela, il rentrait pour moi dans le néant ; comme une étoile, il s’effaçait à l’éclat du jour. ”
“ Peut-être est-il dans le cœur de l’homme ?... Dis, toi qui es jeune et plein de vie, l’amour est-ce le ciel ? Vois comme ma tête s’affaiblit, et pardonne cet instant de délire. Je voudrais bien croire à quelque chose, ne fût-ce qu’à toi ; ne fût-ce qu’une heure avant d’en finir, sans retour peut-être, avec les hommes et avec Dieu ! — Doute de Dieu, doute des hommes, doute de moi-même, si tu veux, dit Sténio, en s’agenouillant devant elle, mais ne doute pas de l’amour : ne doute pas de ton cœur, Lélia ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Comme sa voix s’élevait, pleine et inspirée, dans la plainte du vent, dans les accords aériens de la cascade, dans la respiration magnétique des plantes qui se cherchent, s’appellent et s’embrassent à l’ombre de la nuit, à l’heure des mystères sacrés et des divines révélations ! Alors Lélia était partout, dans l’air, dans le ciel, dans les eaux, dans les fleurs, dans le sein de Dieu. Dans le reflet des étoiles, Sténio voyait son regard mobile et pénétrant ; dans le souffle des brises, il saisissait ses paroles incertaines ; dans le murmure de l’onde, ses chants sacrés, ses larmes prophétiques ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Lélia, je vous plains, et je me plains aussi d’être votre disciple et votre esclave. Vous connaissez beaucoup trop la vie pour être heureuse ; j’espère encore que le malheur vous a aigrie, que vous exagérez le mal ; je repousse encore cette accablante insinuation de votre lettre : — que les meilleurs parmi les hommes sont les plus vains, et que l’héroïsme est une chimère ! Tu le crois, pauvre Lélia ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Aveugle et présomptueux, il s’était cru, au sortir de l’adolescence, investi d’une puissance céleste ; et, parce que son intelligence savait donner des formes charmantes à toutes ses impressions, il s’était flatté de traverser la vie sans combat et sans chute. Il n’avait pas compris, il n’avait pas pu comprendre Lélia, et là était la cause de tous les revers où il devait se laisser entraîner. Le ciel, qui ne les avait pas faits l’un pour l’autre, avait donné à Lélia trop d’orgueil pour se révéler, à Sténio trop d’amour-propre pour la deviner. ”
“ Oui, Lélia réunit toutes ces idéalités, parce qu’elle réunit le génie de tous les poëtes, la grandeur de tous les caractères. Vous pouvez donner tous ces noms à Lélia ; le plus grand, le plus harmonieux de tous devant Dieu, sera encore celui de Lélia ; Lélia dont le front lumineux et pur, dont la vaste et souple poitrine renferment toutes les grandes pensées, tous les généreux sentiments : religion, enthousiasme, stoïcisme, pitié, persévérance, douleur, charité, pardon, candeur, audace, mépris de la vie, intelligence, activité, espoir, patience, tout ! ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Tiens, Sténio, maintenant que tu me rassures et me consoles en m’apprenant qu’elle vit, je puis te dire ce que j’ai pensé lorsqu’elle a disparu si étrangement de cette ville. — Étrangement, pourquoi étrangement ? Rien de ce que fait Lélia n’a droit d’étonner ; ses actes diffèrent de ceux des autres, mais son âme n’en diffère-t-elle pas aussi ? Elle part tout à coup, et sans dire adieu à personne, sans voir sa sœur, sans adresser un mot d’affection à celui qu’elle disait chérir comme son fils : quoi de plus simple ? Son généreux cœur ne se soucie de personne ”
“ Non, j’aimerais mieux douter de l’existence de Dieu, que de la bonté de votre cœur. Lélia, dites-moi donc ce que vous voulez faire de cette ame de poëte qui s’est donnée à vous et que vous avez accueillie, imprudemment peut-être ! Vous ne pouvez plus maintenant la repousser sans qu’elle se brise, et prenez garde, Lélia, Dieu vous en demandera compte un jour, car cette ame vient de lui et doit y retourner. Si le regard de Dieu s’abaisse assez près de nous pour apprécier quelque différence entre les créatures de ses mains, sans doute le jeune Sténio doit être un des enfans de sa prédilection. ”
