“ Il n’y a rien de tendu, rien de forcé dans son étude ; jamais la préoccupation de faire saillir le trait dominant de tel ou tel type ne vient fausser l’importance relative des événements. Situations et personnages, tout est à sa place ; ni les uns ni les autres ne sont disproportionnés ou dénaturés. De là cette attraction qu’exercent et qu’exerceront toujours Orgueil et Préventions, Mansfield Park, Emma sur ceux mêmes qui connaissent le plus intimement la société qui y est dépeinte. ”
Mansfield Park
Définition et enjeux
Citations sur “Mansfield Park”
“ Tant qu’il y aura une classe moyenne, aussi longtemps que ses membres prendront un malicieux plaisir à retrouver tous les travers de leurs connaissances en des portraits fidèles spirituellement dessinés, le nombre des lecteurs de Mansfield Park et d’Emma ne diminuera pas. ”
“ Elle se montra même un peu choquée que Mansfield Park y fut passé sous silence, et elle s’en plaint dans une lettre à Cassandra. C’est la seule fois qu’on peut découvrir chez elle une trace d’amour-propre d’auteur. En général, elle se montre naïvement satisfaite des appréciations favorables, et ne laisse paraître aucune amertume des critiques injustes. ”
“ Il rompt avec elle et épouse Fanny. Mrs. Norris en est indignée et elle va vivre avec Maria, déjà abandonnée par son amant. Mansfield Park est l’étude la plus approfondie du cœur humain que nous ait donné Jane Austen. La minutie de l’observation en rend parfois la lecture un peu pénible, et la cruauté de ses peintures laisse un certain goût d’amertume ; mais on en garde une sensation de réalité parfaite, comme si on venait de vivre dans la famille Bertram. Emma Après Mansfield Park, Jane Austen sentit probablement le besoin de rasséréner son public et elle donna un roman plein de gaîté. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Nous n’avons plus de mauvais chemins, miss Crawford : M. Rushworth a fait arranger la route. Voici où commence le village : ces maisons ont besoin d’être réparées. Le clocher de l’église est d’une beauté remarquable. Voici la maison de l’intendant. Nous voici à l’entrée du parc. Nous avons encore près d’un mille à faire. Le parc est assez bien de ce côté-ci, comme vous voyez. Il y a de beaux arbres. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Il fallut toutefois plus de temps que madame Norris ne l’avait cru pour réconcilier Fanny avec la nouveauté du parc de Mansfield, et l’accoutumer à son éloignement de toutes les personnes avec lesquelles elle était habituée à vivre. Sa sensibilité était très-vive, et l’on y faisait trop peu d’attention à Mansfield. ”
“ Elle n’en fait pas des monstres dépourvues de tout sentiment, des phénomènes extraordinaires de perversité ; ses débauchés n’ont rien de Lovelace ; ce sont de petits jeunes gens sans principes, très égoïstes, mais susceptibles d’un bon mouvement. Ils ne jouent en général qu’un rôle secondaire, et ne sont là que pour mettre en lumière la vertu de l’héroïne. L’un d’eux, cependant, Henry Crawford, est l’un des principaux personnages de Mansfield Park. C’est un libertin sympathique : pas joli garçon, c’est trop vulgaire, mais élégant, spirituel et riche ; il a même quelquefois du cœur. ”
“ Mais si l’on cherche dans un roman une représentation exacte de la vie ordinaire, une exposition claire du jeu des sentiments, une analyse rigoureuse des motifs de nos actions de tous les jours, il est impossible de les trouver mieux développés que dans Orgueil et Préventions, Mansfîeld Park, Emma et Persuasion. C’est avec un sourire amusé que nous regardons s’agiter leur petit monde vivant et comique, toute cette étroite société fictive qui vient animer le long enchaînement des faits et dont la peinture piquante et déliée ajoute un plaisir d’art à l’étude psychologique. ”
“ Edmond était chaque jour au presbytère pour entendre son instrument favori. Chaque matinée se terminait par une invitation pour la matinée suivante ; miss Crawford n’était pas fâchée d’avoir un auditeur, et tout allait le mieux possible. Une jeune femme jolie, aimable, vive, tenant une harpe aussi élégante qu’elle-même, placée auprès d’une fenêtre qui s’ouvrait sur un jardin, présentant un gazon entouré d’arbres et d’arbrisseaux ornés du plus beau feuillage que l’été pouvait leur donner, c’en était assez pour émouvoir le cœur d’un jeune homme sensible. ”
“ Elle ne croit pas faire une œuvre si importante que ce soit un crime de venir troubler son inspiration. D’ailleurs les gestes et le langage de ses personnages sont si bien imprimés dans son esprit qu’ils réapparaissent nets, exacts, vivants, au moindre appel de la mémoire. Et c’est ainsi qu’elle laisse couler presque au fil de la plume les dialogues piquants et les réflexions ironiques d’Emma et de Mansfield Park. ”
Léon Boucher, Revue des Deux Mondes
“ Lorsque le fils aîné aura pour jamais compromis sa santé dans les excès, lorsque les filles, adulées par leur tante, ignorées par leur mère, se seront enfuies l’une avant, l’autre après le mariage, lorsque miss Crawford aura bien montré à Edmund Bertram qu’elle n’épousera pas un cadet qui se destine à l’église, lorsque Mme Norris aura couronné tous ses dévoûmens en quittant Mansfield Park au moment de l’infortune, il ne restera, pour consoler sir Thomas et pour épouser son fils, que Fanny Price. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ La nature était inanimée à ses yeux et l’intéressait peu. Toute son attention se portait sur la société et sur ses talens personnels pour tout ce qui était frivole. Quelquefois cependant, lorsque la route se courbait, ou qu’Edmond les devançait pour monter une élévation de terrain, Fanny et miss Crawford se réunissaient pour dire au même instant : « Le voilà ! » Pendant les sept premiers milles, miss Bertram eut peu d’agrément. Elle avait toujours sous les yeux M. Crawford et sa sœur qui, assis l’un près de l’autre, s’entretenaient avec vivacité et gaîté. ”
“ Elle n’avait pu se faire aimer de ceux mêmes qu’elle aimait davantage ; et depuis la fuite de madame Rushworth, son caractère avait été dans un tel état d’irritation, que tous les habitans de Mansfield la regardaient comme un fléau. Fanny elle-même ne put donner une larme à sa tante Norris, même quand elle fut partie pour toujours. Julia, moins flattée, moins caressée par sa tante Norris que Maria, avait dû à cette différence de s’être un peu mieux conduite que sa sœur. Elle s’était habituée à penser qu’elle était un peu inférieure à Maria, en beauté et en agrémens. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Je suis revenu à Mansfield encore plus incertain que lorsque j’en étais sorti. Mes espérances sont beaucoup plus faibles ; vous vous en doutez sans doute déjà. Miss Crawford a tant d’affection pour vous, qu’il est très-naturel qu’elle vous laisse assez entrevoir ses sentimens pour vous faire juger de ce qu’elle éprouve. Cela ne doit pas m’empêcher toutefois de vous faire mes confidences ; il y a quelque chose d’attrayant dans l’idée que nous avons la même amie, et que, quelques différences qu’il y ait malheureusement dans nos opinions, nous nous réunissons pour vous aimer. ”
Léon Boucher, Revue des Deux Mondes
“ Certes, il n’est pas difficile d’être égoïste ; mais donner à son égoïsme tous les dehors du dévoûment et du sacrifice, ne penser jamais qu’à soi tout en ayant l’air de songer sans cesse aux autres, c’est là un degré de perfection auquel on ne parvient pas sans peine. Mme Norris pourtant paraît y être arrivée tout naturellement. Grâce à l’apathie de sa sœur, à la bienveillance un peu bornée de son beau-frère et à ses adroites flatteries, elle s’est fait de Mansfield Park une terre de Canaan découlant de lait et de miel. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Je sais de quelle manière on agit envers vous à Mansfield ; je sais que vous pouvez être laissée d’une semaine à l’autre, si votre oncle sir Thomas ne peut venir lui-même, ou vous envoyer la femme de chambre de votre tante, sans déranger les arrangemens faits pour les trois mois suivans. Mais cela ne doit pas être. Deux mois sont une absence suffisante ; six semaines même seraient assez. Je considère l’état de la santé de votre sœur, dit-il en s’adressant à Susanne ; je crois que le séjour de Portsmouth lui est défavorable ; il lui faut de l’exercice et l’air des champs. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ « C’est bien dommage qu’il prenne tant de peine pour rien ! » « Cela regarde Maria. Je ne suis pas obligée de me punir moi-même à cause d’elle. Je n’ai pu éviter là mère tant que ma tante est restée à parler avec l’intendant ; mais je puis du moins échapper au fils. » En disant cela, elle passa le long de la grille et s’enfonça dans le parc. Cinq minutes après M. Rushworth parut. Fanny s’efforça de donner les meilleures couleurs possibles à ce qui venait de se passer. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ « Non, je ne crois pas, si vous avez besoin du cheval, » répondit Fanny. « Je n’en ai pas besoin pour moi ; mais si vous avez l’intention de rester à la maison, je crois que miss Crawford sera bien aise d’avoir le cheval plus long-temps à sa disposition, et même pour toute une matinée. Elle a un grand désir de voir les environs de Mansfield ; mais elle serait fâchée de vous contrarier en cela. Vous montez à cheval pour votre santé, tandis que c’est un exercice qu’elle ne prend que pour son plaisir. » ”
“ Ne soyez pas inquiète de ce que Henri ait passé quelques jours à Richmond. Il le fait chaque printemps. Soyez assurée qu’il n’est occupé que de vous seule. En ce moment il brûle de vous voir. Il me répète ce qu’il vous a dit à Portsmouth à l’égard de votre retour à Mansfield, et je me joins à lui de toute mon ame. Chère Fanny, écrivez-nous de venir ; cela nous fera du bien à tous. Moi et mon frère, nous pouvons aller au presbytère, comme vous savez, et nous ne gênerons nullement nos amis de Mansfield. Un peu de société nouvelle ne peut que leur être agréable. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ La semaine qui s’écoulait si paisiblement à la grande maison de Mansfield, avait un caractère différent au presbytère. Ce qui était tranquillité et agrément pour Fanny, était ennui et tourment pour miss Crawford : cela pouvait être attribué à la différence du caractère et des habitudes ; l’une si aisément satisfaite, l’autre si peu accoutumée aux contrariétés ”
“ Une jeune femme bien disposée, qui ne se mariait pas par amour, était, en général, plus attachée à sa propre famille ; et le voisinage de Sotherton et de Mansfield favoriserait probablement la continuation des jouissances domestiques les plus aimables et les plus innocentes. Tels étaient les raisonnemens de sir Thomas, qui se trouvait heureux d’échapper aux embarras d’une rupture, aux réflexions du monde, et aux reproches qui en auraient été la suite, et sur-tout de ne trouver dans sa fille aucune disposition contraire à ce projet. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Edmond et Fanny, avec un véritable mérite et un véritable amour, jouissaient de tout le bonheur que l’on peut connaître sur la terre. Également formés pour la vie domestique, et attachés aux plaisirs des champs, leur demeure était celle de l’affection et de l’agrément ; et pour compléter leur félicité, l’acquisition du presbytère de Mansfield après la mort du docteur Grant, eut lieu pour eux, après qu’ils eurent été assez long-temps époux pour désirer une augmentation de revenu, et d’être moins éloignés de la maison paternelle. ”
“ Sir Thomas sentait ce que son fils Edmond devait éprouver à Londres. Il avait deviné ses sentimens, et ayant eu sujet de croire qu’une entrevue avait eu lieu avec miss Crawford, et qu’Edmond n’en avait recueilli qu’une augmentation d’affliction, il avait été impatient de lui faire quitter Londres, et l’avait engagé à aller chercher Fanny pour la conduire auprès de sa tante, dans l’espoir que cette société lui ferait du bien, ainsi qu’aux autres habitans de Mansfield. Fanny n’était pas dans le secret des sentimens de son oncle, et celui-ci ne l’était pas dans ceux de miss Crawford. ”
“ C’est un très-aimable homme par lui-même, et je ne puis m’empêcher d’être fâchée de ne le point revoir avant mon départ pour Londres. J’attends Henri chaque jour, et, aussitôt qu’il sera arrivé, il n’y aura rien qui me retiendra à Mansfield : j’aurais aimé à revoir Edmond, je l’avoue ; mais je vous prie de vous charger de mes complimens pour lui. Ne trouvez-vous pas, miss Price, qu’il manque un mot dans notre langue pour exprimer ce qui est entre la politesse et l’affection, et pour dépeindre la connaissance amicale que nous avons eue ensemble depuis tant de mois ? ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ La main qu’il avait pressée sur son cœur, lui fut donnée froidement lorsqu’il prit congé de Maria. Sa fierté la soutint, mais l’agonie de son esprit fut cruelle. Des politesses générales occupèrent les dernières minutes de la visite d’adieu de Crawford, et il partit. Maria sentit toute l’étendue de la solitude dans laquelle il la laissait. Henri Crawford était parti, et dans deux heures il ne devait plus se trouver sur le territoire de Mansfield ! Ainsi finissaient toutes les espérances et toutes les vanités qui s’étaient élevées dans les cœurs de Maria et de Julia. ”
“ Madame Grant était charmée de ce qu’ils fussent avec elle, et le docteur Grant en était aussi on ne peut plus satisfait. Une jeune et jolie femme ; parlant agréablement et volontiers, était une société précieuse pour un homme d’un caractère indolent, et sortant peu de sa maison, tel que le docteur Grant. L’admiration des demoiselles Bertram pour M. Crawford, était plus vive que celle de miss Crawford pour les habitans de Mansfield. ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Je porte l’inquiétude avec moi ; je n’en ai été délivré que lorsque je me suis retrouvé à Mansfield. » « Les demoiselles Owens ? vous les voyez avec plaisir, n’est-il pas vrai ? » « Oui ; ce sont d’aimables personnes, sans prétentions, et d’une humeur agréable. Mais, Fanny, je ne puis trouver d’agrément dans une société de femmes ordinaires. Ces filles gaies et sans prétention, n’ont point d’attraits pour un homme qui a joui de la société de femmes délicates et sensibles. Il y a deux sortes d’êtres. Vous et miss Crawford m’avez rendu trop difficile. » ”
“ Il avait pensé qu’une entrevue d’une heure avec un jeune homme tel que Crawford, aurait fait un plus grand changement dans les dispositions d’une jeune personne d’un caractère aussi doux que Fanny. Mais il trouvait une consolation dans la vive persévérance de l’amant, et sir Thomas voyant la confiance qu’il avait dans sa réussite, partagea son espérance. Il n’omit rien de ce qui pouvait seconder son plan de son côté, sous le rapport de la civilité et des témoignages d’intérêt. M. Crawford fut invité à venir à Mansfield aussi souvent qu’il le voudrait. ”
“ Elle était obligée de rester auprès de madame Rushworth, de contenir son impatience, et de se conformer à la lenteur de sa marche, tandis que madame Norris était restée en conversation avec l’intendant, qui était venu visiter les faisans. « Il fait extrêmement chaud, » dit miss Crawford qui, pour la seconde fois, parcourait avec Edmond et Fanny une terrasse garnie de palissades de fer qui dominait sur le désert ; tandis que M. Crawford, avec miss Maria et M. Rushworth, discutait sur les embellissemens à faire dans cette partie. ”
“ Enfin, si ce n’est pas le secret de votre voyage à Londres, du moins Fanny y est pour quelque chose. Ma curiosité ne va pas plus loin ; mais vous n’avez pas d’idée combien tout cela m’intéresse. J’en aurai pour long-temps à m’étonner et à faire des questions. Qui auroit jamais cru que le séjour de Mansfield déciderait de votre sort !.... Mais en vérité plus j’y pense, et plus j’approuve votre choix. Vont êtes assez riche pour prendre une femme sans dot. La famille est honorable. – La nièce de Sir Thomas te présentera fort bien dans le monde comme l’épouse de Henri Crawford. ”
