Charles Guérin

Élements biographiques

Portrait de Charles Guérin Charles Guérin Revue des Deux Mondes

J’ai pour rêver ouvert ma fenêtre. J’entends
Le vent qui semble fuir sur un voile de soie.
Les pins murmurent, l’air embaume, un chien aboie.
Le silence est une urne où tombe chaque bruit.
Et mon cœur sans amour se gonfle, ô tendre nuit !
Je les bénis, ceux-là qui dans cette même heure
Ont poussé les volets chantans de leur demeure,
Et respirent l’espace et regardent le ciel
Et goûtent à s’aimer un moment éternel.
Leur âme en se mêlant aux étoiles s’enivre :
« Ah ! disent-ils, qu’il est, cette nuit, bon de vivre !... »
Et le vent caressant traverse leurs cheveux.
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Portrait de Charles Guérin Charles Guérin Le Semeur de cendres

L’herbe est comme une mer où l’onde poursuit l’onde.
L’allée a de lascifs contours de femme blonde.
Le lierre en feu frissonne à la crête d’un mur.
Un oiseau que le vent balance dans l’azur
Chante sur le bouleau sans feuille encor. Je rêve,
Au sein d’une lumière heureuse, ivre de sève
Et d’air, le front tourné vers l’orient, et tel
Qu’un jeune dieu qui vit son matin immortel.
Ainsi, dans le jardin lustré de pousses vertes,
Je vais, joignant les mains et les lèvres ouvertes
Pour répandre l’amour dont mon cœur s’est gonflé
Devant l’aube, le vierge azur, le lierre ailé.
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Portrait de Charles Guérin Charles Guérin Revue des Deux Mondes

Et du ciel bleu qui rit à travers l’herbe haute.
Dans ces jours de l’aride été, l’homme ébloui
Sent la création entière vivre en lui.
Un sang torrentiel se presse dans ses veines.
Son crâne est comme une urne où chantent des fontaines
Et sa poitrine s’enfle au rythme de son cœur.
Arôme, onde et rayon, et lumière et rumeur,
Il rêve qu’il retourne au réservoir des forces,
Qu’il n’est, substance unie aux changeantes écorces,
Qu’un atome de Pan pour une heure incarné ;
Et l’homme, ivre de Dieu, s’irrite d’être né.
IV
Les rosiers chargés d’eau luisent.
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