“ Ô roi, s’écrie-t-il plus loin, ne t’enorgueillis pas des drapeaux victorieux qui flottent autour de toi, des chars splendides qui t’environnent, et de cette foule craintive qui se prosterne à tes pieds, attendant l’ordre qui lui fera faire un acte d’obéissance, et l’heure où elle pourra te montrer sa soumission. Oui, tu es puissant par les hommes qui t’entourent, mais tu pèses lourdement sur la foule. N’oublie pas qu’il y a une puissance au-dessus de la tienne, la volonté d’un émir plus grand que toi. ”
O.
Élements biographiques
O. a publié des œuvres comme Revue des Deux Mondes. Ses écrits évoquent Henri iv, Hammer ou Béarnais.
Citations de O.
“ Cela doit être, regardez les chambres, et voyez s’il est là des partis et des têtes politiques organisées pour former un ministère. Il y a dans cette chambre un individualisme orgueilleux qui se refuse à ces alliances de noms où chacun apporte un renoncement d’amour-propre pour organiser quelque chose où tous ne soient pas au premier rang ; prenez un à un tous les députés marquans, tous ceux qui ont quelque faculté de parole, et demandez-leur s’ils ont entre eux la moindre cohésion, si chacun, dans sa solitude égoïste, ne cherche pas à se créer un parti à lui, et une fortune à lui. ”
“ Souvent aussi, à travers sa gravité philosophique, perce son imagination de poète : il aime à faire des tableaux, à s’égarer dans une longue suite d’images et de comparaisons, et ses images sont pleines de grâce, et ses comparaisons pleines de justesse. Ce qui excite son indignation, ce qui enflamme sa verve, ce sont les vices des hommes, leur orgueil, leur égoïsme, leur convoitise, surtout leur ambition. ”
“ Du jour où les seize quarteniers furent proscrits, l’avènement de Henri iv devint inévitable. C’est de cet instant que commencent les soucis de la royauté. Tant qu’on est aux champs de guerre, on se bat loyalement contre l’ennemi qui est en face. On n’avait pas le temps de songer aux intrigues quand les balles espagnoles sifflaient dans les panaches flottans. Mais voici Henri iv et sa chevalerie à Paris. L’entrée du Béarnais n’excite aucun enthousiasme ; elle se fait de nuit, au milieu des gardes et des parlementaires cherchant vainement à provoquer quelques acclamations publiques. ”
“ Elle pourrait surtout, ce qui serait plus grand encore, se refuser au procès par une mise en liberté générale des prévenus dans une poursuite tombée de mépris ; mais il n’en sera rien : la chambre des pairs n’est plus un pouvoir, c’est une machine à votes qui seconde tous les projets, même les plus funestes. Tout y est en dehors de sa sphère naturelle ; la nuance légitimiste fait de la liberté ; les pairs de la révolution de juillet, du despotisme. Ce qu’il y a de plaisant, c’est qu’on ne sait plus que faire des trois cent mille francs votés par la chambre des députés ”
“ Ô monde ! combien comptes-tu de cœurs blessés, combien d’hommes dont l’âme saigne, dont les yeux sont pleins de larmes ! Tu quittes et tu désespères ceux qui t’aiment, tu te joues de ceux que tu as élevés ; infinis sont les tourmens que tu leur donnes, et leurs plaintes innombrables comme les grains de sable. ”
“ Ce que tu dois au moins, c’est de craindre cet être plein de force, comme le plus pauvre de tes esclaves te craint toi-même ; c’est de ne pas te soulever dans la poussière contre ton créateur ; car si son regard vient à se détourner de ton orgueil, tu ne dois plus avoir de volonté, puisque sa volonté seule te donne le droit de commander. ”
“ Dans notre époque si prosaïque, ce serait un accident curieux qu’une royauté de montagnes, renouvelée des temps des Henriques et des Sanchez. Au milieu de tout cela, Paris commence son carnaval assailli de filous, d’assassinats et de vols nocturnes. Nous avons la cité du moyen-âge sous l’administration de M. Gisquet ; nos rues sont plus larges, mais les voleurs sont plus adroits ; la police est plus nombreuse, mais elle a d’autres occupations. ”
“ Ces poitrines de gentilshommes, si souvent exposées aux balles d’arquebuse pour Henri de Navarre, ne devaient-elles pas palpiter d’indignation en voyant ce renversement de toutes les idées de loyauté et de fidélité de race ? La conjuration du maréchal de Biron fut en quelque sorte l’expression de ces mécontentemens armés. Il fallut frapper haut et fort ; Henri iv s’y résigna avec cette froideur politique qui ne connut point de pardon, car le duc de Biron ne voulut point faire des aveux avilissans qui eussent perdu la gentilhommerie. ”
“ Les époques sanglantes ne sont jamais des époques avilies ; on est trop occupé de sa vie et de ses passions pour songer à une position ambitieuse ; mais aux temps d’affaissement et de décadence, les marchés arrivent ; chacun advise à sa fortune. Le roi comprit cette situation des esprits ; et voilà pourquoi il acheta une à une les provinces et les consciences, les hautes têtes ligueuses et les grandes cités. Une fois le marché fait, Henri iv put compter sur la foi des gentilshommes qui s’étaient compromis. La politique de l’avénement fut toute catholique ”
“ Quand un grand seigneur entreprend d’animer sous la forme poétique les idées, les sentimens et les caractères d’une classe privilégiée, on doit attendre de sa plume une élégance de diction, une pureté de goût, dignes en tout point de la spécialité exclusive du sujet qu’il a choisi. C’est pourquoi, avant de nous prononcer, nous lirons le Monde comme il est avec une attention sérieuse. ”
“ La gloire que ton père s’est acquise ne peut rejaillir sur toi, si tu restes sans rien faire pour en mériter une semblable. Il y a, entre la noblesse de ton père et la tienne, la même différence qui existe entre la nourriture de la veille et celle du lendemain. La nourriture d’hier ne te servira pas pour aujourd’hui, et ne te donnera pas de force pour demain. ”
“ Celui qui recule devant les choses défendues doit vivre d’une vie de repos. Dieu et les anges viennent au-devant lui, et lui apportent une nouvelle jeunesse et le message de joie ; le bonheur appartient à celui qui aime le bien et a horreur du mal, à celui qui s’attache à l’arbre de salut, aspire à gagner l’appui de la suprême justice, et prête l’oreille à ses paroles. ”
“ Le parti populaire l’inquiète et l’importune ; il s’en débarrasse, prête main-forte au parlement et à la bourgeoisie, qui veulent reprendre l’autorité, passée dans les mains énergiques des confréries. Une fois ce parlement et ces bourgeois maîtres du pouvoir, Mayenne s’alarme encore de la tendance inévitable vers la restauration de Henri iv ; il brise avec ce mouvement d’opinion, et veut retourner au parti populaire ”
“ La trahison de M. de Brissac fut amenée par la force des choses : dans les guerres civiles, il est des époques où tout le monde veut en finir ; si le gouverneur de Paris n’eût pas livré la ville, un autre accident l’aurait donnée à Henri iv. Le parti énergique étant désarmé et sans influence dans les affaires publiques, la garnison espagnole étant insuffisante, la bourgeoisie devait appeler nécessairement une restauration. ”
“ Au moment de la victoire, je l’ai souvent dit, ce qui importune le plus, ce sont les amis et non les ennemis ; car les uns sont insatiables de récompenses pour le service qu’ils vous ont rendu, et les autres, foulés à terre, ne peuvent plus vous nuire. À l’extérieur, comment justifier auprès d’Élisabeth et des princes protestans d’Allemagne, des Suisses et de Genève, la conversion de Henri iv ? et à l’intérieur, comment les huguenots pouvaient-ils appuyer et défendre un prince apostat ? ”
“ Toutes les misères de l’égoïsme, toutes les luttes de la volonté persévérante contre les hommes qui marchent au même but, contre les choses qui refusent de plier, tous les désappointemens éplorés, sont révélés avec franchise. ”
“ Après l’attentat de Chatel, les fidèles de Henri iv voulurent épurer le parti ligueur ; les jésuites furent renvoyés, la prédication interdite ; cela n’eut qu’un terme. Un gouvernement a besoin de se fondre et de se mêler avec la société, s’il veut se maintenir, et ceci explique toutes les concessions que fit Henri iv au parti social, c’est-à-dire au catholicisme. Les deux élémens qui avaient fondé la restauration de Henri, les royalistes de Biron et les huguenots de Condé, de Bouillon, de Mornay et de Sully, furent mécontens de cette conduite. ”
“ L’exposition, le nœud et le dénouement se pressent avec une telle rapidité, que le héros n’a pas le temps de respirer. Sans doute c’est un grand tort, malheureusement trop commun aujourd’hui, de laminer une idée, et d’abuser de la ductilité de la parole. Mais si la prolixité noie la pensée et la trivialise, la condensation en-deçà de certaines limites ne permet pas à l’idée de s’épanouir et de respirer librement. ”
“ D’autres fois le poète quitte ce ton dogmatique et se rapproche de la vie réelle : « Le monde se montre à nous sous plusieurs faces, les hommes sous plusieurs formes. Prends chaque jour le vêtement que les circonstances exigent, et va-t-en avec chaque homme par le chemin qu’il prendra ; car les jours ne passeront pas comme tu le voudrais ; tes voisins ne se plieront pas à ta volonté, ni le monde à tes désirs, et si parfois il les favorise, ce ne sera pas de longue durée. » ”
“ Il a long-temps médité ce qu’il nous donne aujourd’hui ; c’est pour la critique la plus sévère une excellente recommandation. Le sujet choisi par M. Cochut est bien actuel, on peut le dire sans banalité. Ce n’est rien autre vraiment que l’ambition. La fable inventée pour le développement de cette passion dévorante est d’une grande simplicité, et ne manque ni de naturel ni de vraisemblance. ”
“ Le budget obtenu, le remaniement ministériel s’opérera dans des combinaisons que nous avons déjà indiquées. Le maréchal Mortier ne veut plus de son rôle ridicule ; il a accepté un interim et non un poste définitif, il le dit à qui veut l’entendre ; c’est une chose certaine dans la chambre des pairs comme parmi les députés, bien que les ministres affirment que le maréchal fait acte de patriotisme et de dévouement. Le maréchal reste, parce qu’on a besoin de son nom et de sa signature ; la session close, ce rôle finira, un autre acteur plus formidable paraîtra sur la scène. ”
“ Henri iv n’hésite pas. Dans les temps de tourmente et d’effervescence publique, la corruption est un moyen impuissant, parce que l’âme vivement agitée s’exalte avec désintéressement pour le soutien d’une grande cause. ”
“ Je ne parle point ici encore des royalistes de Biron qui avaient droit d’être impérieux, parce qu’ils offraient leur fidélité constante. Quels sont les moyens qu’emploie Henri iv pour pacifier le royaume agité ? Avec une pénétration profonde, il voit d’abord que le parti catholique, c’est la société ; société vieillie si l’on veut, mais forte encore de sa constitution formidable, de ses élémens d’action et d’énergie populaire. Ce parti règne dans la majorité des provinces ; il est sous l’influence de chefs puissans, de grandes races qui naguère prétendaient à la couronne ”
“ Comme elle redoute le pouvoir des basses classes, et qu’elle ne peut pas tenir longtemps l’autorité sans mettre partout de la faiblesse et des tracasseries, elle se tourne naturellement vers un principe protecteur, et ce principe, c’est l’autorité forte et incontestable d’une hérédité de race. ”
“ La tyrannie écrase comme le pied d’un cheval, ou ravage tout ce qu’elle rencontre comme l’onde impétueuse d’un torrent. Elle est plus redoutable que le vent du sud, qui dessèche le sol ; plus cruelle que les années, qui engendrent la corruption. ”
“ Si quelques gentilshommes ne repoussent point l’écharpe blanche que leur offre Henri iv, le peuple est profondément ligueur, et défend ses républiques d’hôtel-de-ville, aussi bien à Marseille qu’à Toulouse, aussi bien à Toulouse qu’à Rouen. ”
“ Supporte les hommes, accepte avec douceur leurs défauts. L’insulte d’un ennemi ne peut te faire honte. Heureux celui qui n’a aucun fiel dans l’âme, et trouve toujours au-dedans de lui-même un asile assuré. ”
“ Le Monde comme il est offre une suite de scènes empruntées aux salons de la haute aristocratie. Comme l’auteur vit au milieu des hommes et des choses qu’il a voulu peindre, la critique, sans s’exposer au reproche d’injustice, aura le droit de se montrer sévère pour cet ouvrage. ”
“ Quand tu serais plus blanc qu’un œuf, quand tu verrais autour de toi tous les hommes bénis dans leurs biens et dans leurs enfans, vous n’en serez pas moins perdus ; les oiseaux tomberont du haut des rochers, et les hommes seront saisis de terreur et frappés par la foudre. ”
“ La patrie du ciel n’avait point encore cédé à la patrie du sol. Les liaisons de Biron avec la Savoie ne furent point les motifs réels de ce jugement implacable. Henri iv avait besoin de donner une leçon au parti royaliste qui l’avait élevé et qui devenait impérieux ; il l’effraya en frappant son chef si près du cœur royal. Henri ne put pas agir aussi librement à l’égard des huguenots, militairement organisés. Les royalistes s’étaient disséminés comme parti, à l’avénement du Béarnais ”
“ L’Europe assiste l’arme au bras sur ce champ de bataille : la France elle-même, qui n’ose rien franchement, intervient d’une manière couarde, prête des armes quand il faudrait des troupes régulières. Don Carlos n’a pas encore une ville à lui ; la bourgeoisie lui est opposée ”
“ On lui doit plus de vingt ouvrages importans sur la grammaire, la rhétorique, la poésie, la lexicographie, etc., et quatre recueils de sentences, dont le plus célèbre est le Collier d’Or. On trouve, dit M. de Hammer, ce petit ouvrage dans toutes les bibliothèques de Constantinople, et les Arabes l’aiment surtout pour son harmonie de style et sa richesse de mots allitérés, qui retentissent à leur oreille comme les ornemens d’or que portent leurs femmes. ”
“ Après douze ans de repos, se jeter dans les fatigues et les périls des montagnes, c’était une faute, c’était mettre de l’histoire au lieu des réalités : quand on passe cinquante ans, vouloir faire le guérilla au milieu des privations de la vie, c’est chose ridicule ”
“ On nous jette des bulletins de part et d’autre où, à travers les plus épouvantables atrocités, nous voyons que les généraux des deux partis se donnent mutuellement de grandes victoires qui consistent en la perte de quelques hommes. ”
“ Savez-vous pourquoi il reste au ministère, pourquoi il n’est pas renversé dans un mouvement parlementaire ? c’est que M. Thiers daigne le protéger. Voyez-vous l’homme grave, l’homme d’études, cette conscience austère, ne rester au pouvoir que sous le bon plaisir de M. Thiers ! Parcourez les bancs de la chambre, vous trouverez partout une majorité dessinée contre M. Guizot ”
“ M. Thiers, qui se tourne admirablement de droite à gauche, a bien vite oublié ses torts envers le maréchal ; il seconde la tendance royale et la voudrait faire servir, après la session, à un remaniement complet du cabinet dont lui et M. Soult seraient les principales forces. C’est à ce moment que M. Guizot et tout le parti doctrinaire seraient sacrifiés ; cela mettrait à l’aise le ministère devant la chambre ”
