Anatole France,
Les poèmes dorés
(1920)
“ Dors, fille au coeur gentil! Grande amoureuse, dors ! Et sous tes longs cils clos éteins un peu tes larmes : Tu ne sais composer ni philtres noirs ni charmes Pour parler aux absents ou réveiller les morts. Dans la paix du sommeil, Gemma, descends et plonge : Entre ceux dont Amour fit une seule chair Il subsiste un lien mystérieux et cher Qui les unit, malgré la mort, de songe en songe. Tu dors! Celui sur qui tu suspendais tes voeux, Le vois-tu devant toi, blême, fa lèvre verte, Les habits en lambeaux et la poitrine ouverte ? La terre sépulcrale offense ses cheveux. ”

