“ N’est-ce pas Chamfort qui réduisait l’amour au « contact de deux épidermes » ? — Et à « l’échange de deux fantaisies ». — Laissons à l’homme la fantaisie ; aux animaux la seule volupté du contact. — Irez-vous jusqu’à dire que l’instinct sexuel s’y réduit ? — Non ! mais que, sans le secours d’expédients dont je vais tout à l’heure parler, il n’est pas sûr — ainsi que vous le disiez par boutade — il n’est pas toujours assuré que le mâle eût choisi la femelle, obtenu la fécondation. C’est là, vous dis-je, une entreprise ardue, et la Nature n’y parviendra pas sans l’intervention d’adjuvants. ”
Résumé
André Gide, dans Corydon, examine avec acuité les enjeux biologiques, sociaux et moraux liés à la sexualité humaine, en mêlant réflexions philosophiques, citations de scientifiques (Darwin, Lester Ward) et références littéraires (Platon, Schopenhauer). Ce texte, structuré comme un dialogue introspectif, interroge l’instinct sexuel, la fécondation, l’hétérosexualité et l’homosexualité, en dénonçant les normes sociales qui contrôlent le désir.
À travers des exemples concrets et des analogies tirées de la nature, Gide questionne la finalité de la reproduction, la place de la femme dans l’évolution, ainsi que la tension entre biologie et culture. L’œuvre, à la fois essai et méditation, révèle une quête de vérité sur la nature humaine, où l’art et la science s’affrontent pour décrire les "mœurs" et les "fantasmes" de l’âme.
Citations de Corydon (André Gide)
“ La femelle pour l’attirer n’a pas d’autres ressources que son parfum ; elle n’a pas besoin d’autre attrait ; elle n’a pas à être belle ; il suffit qu’elle soit de bonne odeur. Le choix — si tant est que le choix ne soit pas la simple victoire du plus apte — le choix reste le privilège de la femelle ; qu’elle choisisse selon son goût, et nous touchons à l’esthétique. C’est par conséquent, insiste Ward encore, la femelle qui dispose de la sélection, qui crée ce qu’il appelle « l’efflorescence du mâle ». ”
“ Tout comme je crois, excusez mon audace, l’homosexualité dans l’un et l’autre sexe, plus spontanée, plus naïve que l’hétérosexualité. — Il n’est pas malaisé d’aller vite, dès qu’on ne s’inquiète plus d’être suivi, lui dis-je avec un haussement d’épaules ; mais il continuait sans m’écouter : — C’est ce que Barrès a si bien compris lorsque, souhaitant peindre dans sa Bérénice une créature toute proche de la nature et n’obéissant qu’à l’instinct, il en fit une lesbienne, l’amie de la petite « Bougie Rose ». Ce n’est que par éducation qu’il l’élève jusqu’à l’amour hétérosexuel. ”
“ Cet instinct n’est pas homogène, si je peux dire ; car la volupté qu’entraîne, chez l’un et l’autre sexe, le geste de la fécondation n’est pas, vous le savez, nécessairement et exclusivement liée à ce geste. Que, dans le cours de l’évolution, la volupté précède la tendance ou la suive, c’est ce qui ne m’importe pas à présent. J’admets volontiers que le plaisir accompagne chaque acte où s’affirme l’activité vitale, de sorte que, dans l’acte sexuel, par où s’opère la plus grande dépense à la fois et la perpétuation de la vie, le plaisir atteint à l’orgasme... ”
“ L’art véritable ne vit pas de feinte, et je pense, comme vous, que toute feinte met l’auteur en grand danger de fausser la psychologie. Jamais je n’ai entendu limiter les droits de l’écrivain, ni restreindre ses devoirs envers la vérité. Je l’ai dit. Je le répète. Je n’ai jamais reproché à Proust, par exemple, d’avoir créé son Charlus. Peut-être croirez-vous que, si j’absous Marcel Proust d’avoir créé Charlus, c’est parce que la laideur du personnage et les grimaçantes folies auxquelles il se laisse finalement entraîner sont de nature à donner de ses goûts une image horrible ? ”
“ Malgré cette surabondance à peu près constante de l’élément mâle, s’il faut à la Nature tant d’expédients et d’adjuvants pour assurer la perpétuation de la race, nous étonnerons-nous qu’il faille tant de contraintes, et tant de sortes, pour arrêter l’espèce humaine sur la pente de ces mœurs que vous avez décrétées « anormales » ; et tant de conseils, d’exemples, d’invitations, d’incitations, d’excitations, et de tant de sortes, pour maintenir au coefficient voulu l’hétérosexualité humaine. ”
“ En vérité, depuis Platon et les convives de son Banquet, je n’en reconnais point que Schopenhauer. — M. de Gourmont a récemment écrit sur la matière... — Je m’étonne qu’un esprit aussi délié n’ait pas su dénoncer ce refuge dernier du mysticisme ; que son scepticisme acharné n’ait pas su s’offusquer de ce qu’implique de finalité métaphysique cette théorie qui fait de l’amour le rêve de toute la nature, du désir de la pariade le ressort secret de la vie. Je m’étonne enfin que cet esprit parfois ingénieux n’ait pas su atteindre aussitôt aux conclusions que je m’apprête à vous dire. ”
“ Darwin ne nous apprend-il pas que tout comme le chant des rossignols, ces belles couleurs, ces formes surprenantes ne sont là que pour attirer la femelle ? — Ici je rouvre Ward. Excusez tant de citations, mais la théorie où je m’aventure est hardie et je m’assure de quelques points d’appui : La femelle est la gardienne des qualités héréditaires. La variation peut être excessive... elle a besoin d’être réglementée. La femme est le balancier de la nature... Et ailleurs : Tandis que la voix de la Nature, parlant au mâle sous la forme d’un vif intérêt appétitif, lui dit : féconde ! ”
“ Pour une si inconcevable victoire sur l’inorganisé, sur la mort, Nature, la prodigalité t’est permise ! Sans doute n’y a-t-il pas là « dépense inconsidérée », non, car, de tant de déchet, ce n’est pas payer trop cher ton triomphe... — « Déchet », vous l’avez dit. — Oui, déchet, au point de vue de la finalité utilitaire. Mais c’est sur ce déchet que l’art, la pensée et le jeu pourront fleurir. Et comme nous avons vu ces deux forces, anagénétique et catagénétique, s’opposer, ainsi verrons-nous deux dévoûtements possibles : celui de la femelle à sa race ”
“ Quelle conspiration, soit clandestine, soit avouée, pour persuader au jeune garçon, dès avant l’éveil du désir, que tout plaisir se goûte avec la femme ; qu’en dehors d’elle il n’est point de plaisir. Quelle exagération, jusqu’à l’absurde, des attraits du « beau sexe », en regard du systématique effacement, de l’enlaidissement, de la ridiculisation du masculin. Contre quoi s’insurgeront pourtant certains peuples artistes, chez qui nous avons vu le sens de la ligne l’emporter sur le souci des « convenances », aux époques les plus vaillantes et les plus admirées. ”
“ Sans doute le mâle est nécessaire pour féconder la femelle ; mais la femelle n’est pas indispensable pour donner contentement au mâle. Et ce fameux « instinct sexuel » peut bien dicter à l’animal l’automatisme par lequel s’obtiendra la volupté, mais son indication est si flottante que, pour obtenir à la fois la procréation, la Nature devra recourir à d’aussi subtiles ruses, parfois, que pour les aventureuses fécondations des orchidées. ”
“ Tout confirma longtemps l’horreur que la Nature avait du vide ; oui, toutes les observations. Tout confirma longtemps l’existence de deux électricités différentes et qu’une sorte d’instinct quasi sexuel attirait. Tout confirme à présent encore cette théorie de l’instinct sexuel... De sorte que la stupeur de certains éleveurs est bouffonne, à constater des goûts homosexuels précisément chez l’espèce dont ils s’occupent ; et chacun de ces modestes « observateurs », bornant sa vue à l’espèce qu’il étudie, y constatant ces mœurs, les croit devoir tenir pour une exception monstrueuse. ”
“ I Nous avons pu considérer hier, poursuivit-il, le rôle prépondérant de l’odorat, ce sens avertisseur de l’instinct, dans les conjugaisons animales. C’est grâce à lui que le flottant désir du mâle va délibérément se tourner vers la femelle — et uniquement vers la femelle en rut. On peut dire, sans trop exagérer, que la « sexualité » de l’instinct génésique (pour parler le jargon moderne) , gît dans le sens olfactif du mâle. Il n’y a pas, à proprement parler, élection de la femelle par le mâle ; dès qu’elle entre en odeur, celui-ci est rué vers elle et mené par le bout du nez. ”
“ Mais je prétends que, dans la plupart des cas, l’appétit qui se réveille en l’adolescent n’est pas d’une bien précise exigence ; que la volupté lui sourit, de quelque sexe que soit la créature qui la dispense, et qu’il est redevable de ses mœurs plutôt à la leçon du dehors, qu’à la décision du désir ; ou, si vous préférez, je dis qu’il est rare que le désir se précise de lui-même et sans l’appui de l’expérience. Il est rare que les données des premières expériences soient dictées uniquement par le désir, soient celles-là mêmes que le désir eût choisies. ”
“ Je gage qu’avant vingt ans, les mots : contre nature, antiphysique, etc., ne pourront plus se faire prendre au sérieux. Je n’admets qu’une chose au monde pour ne pas être naturelle : c’est l’œuvre d’art. Tout le reste, bon gré mal gré, rentre dans la nature, et, dès qu’on ne le regarde plus en moraliste, c’est en naturaliste qu’il convient de le considérer. — Ces mots que vous incriminez sont habiles du moins à fortifier nos bonnes mœurs ? ”
“ Elle dit, à l’un comme à l’autre sexe : « jouis », simplement ; c’est la voix de la glande qui demande qu’on l’exonère, des organes qui réclament emploi — organes qui sont bien conformés selon ce que leur précise fonction exige, mais que le seul besoin de volupté guidera. Rien de plus. Quant au prétendu choix de la femelle, il est moins coûteux, logiquement parlant, de l’admettre ; mais, la plupart du temps, c’est le plus apte mâle qui l’emporte et qu’elle est bien forcée de choisir — par élimination. ”
“ Non, non ! je ne le perds pas de vue ; et c’est sur sa finalité que je veux édifier ma morale. En dehors de lui, rien ne reste que la persuasion du plaisir. Mais déjà réfléchissez que l’acte de procréation est rare et qu’un tous les dix mois suffit. — C’est peu. — Très peu ; car la nature propose infiniment plus de dépense ; et... j’ose à peine achever... — Allez donc ! Vous en avez déjà tant dit. — Eh bien voici : Je prétends que, loin d’être le seul « naturel », l’acte de procréation, dans la nature, parmi la plus déconcertante profusion, n’est, le plus souvent, qu’un raccroc. ”
“ En général, j’ai plus interrogé la vie que les livres, et, nombre de ceux dont vous parlez, j’avoue que je ne les ai point lus [57] . Mais, après avoir achevé le vôtre, j’ai rouvert la Divine Comédie et je m’étonne un peu que, dans le chapitre sur « la tradition de l’anathème », où vous nommez Boccace, Machiavel, l’Arétin, vous n’ayez pas interrogé Dante, le grand poète justicier. — « Attends ! Avec ceux-ci, il sied d’être courtois », fait-il dire à Virgile, parlant de cette sorte de gens qui vous occupe, si tant est que l’on accepte l’interprétation généralement admise. ”
“ La nature forme un réseau sans commencement ni fin, une suite ininterrompue de chaînons qu’on ne sait dans quel sens saisir ; et rien ne reste plus problématique que de savoir si chacune des mailles trouve sa raison d’être dans celle qui précède ou dans celle qui suit (si tant est qu’elle ait une « raison d’être ») et si le livre entier de la Nature, pour être bien compris, ne doit pas être lu à l’envers — c’est-à-dire si la dernière page n’est pas l’explication de la première, le dernier chaînon le secret motif du début... ”
“ Je ne crois pas qu’il y ait une opinion à la fois plus fausse et plus accréditée que celle qui considère les mœurs homosexuelles et la pédérastie, comme le triste apanage des races efféminées, des peuples en décadence, voire même comme une importation de l’Asie [48] . C’est au contraire de l’Asie que le mol ordre ionien vint supplanter la mâle architecture dorienne ; la décadence d’Athènes commença lorsque les Grecs cessèrent de fréquenter les gymnases ; et nous savons à présent ce qu’il faut entendre par là. L’uranisme cède à l’hétérosexualité. ”
“ Songez que, dans notre société, dans nos mœurs, tout prédestine un sexe à l’autre ; tout enseigne l’hétérosexualité, tout y invite, tout y provoque, théâtre, livre, journal, exemple affiché des aînés, parade des salons, de la rue. Si l’on ne devient pas amoureux avec tout ça, c’est qu’on a été mal élevé, s’écrie plaisamment Dumas fils dans la préface de la Question d’Argent. Quoi ! si l’adolescent cède enfin à tant de complicité ambiante, vous ne voulez pas supposer que le conseil ait pu guider son choix, la pression incliner, dans le sens prescrit, son désir ! ”
“ Et voilà pourquoi tout à la fois nous voyons si souvent la femelle et fuir le mâle et pourtant s’offrir au plaisir, et enfin revenir au mâle qui seul le lui pourra procurer. Je conviens que la volupté complète ils ne la puissent éprouver que l’un par l’autre (du moins la femelle que par le mâle) et que leurs organes ne trouveront leur parfait emploi que dans le coït ; mais il semble qu’ils ne le sachent pas — ou seulement d’une manière aussi confuse que l’est peu, d’ordinaire, l’instinct. ”
“ Dans les espèces domestiques la solution est simple : on garde un étalon par troupeau, un coq par poulailler, et le reste des mâles on le châtre. La Nature, elle, ne châtre pas. Voyez, chez les castrats, cette inutile et déplaisante bouffissure que vont former les tissus de réserve : bœufs, chapons, ne sont plus bons que pour nos tables. La castration fait du mâle une manière de femelle : il en prendra le type, ou pour mieux dire : le gardera. Or, tandis que, chez la femelle, cette matière de réserve est aussitôt employée pour la race, que devient-elle donc chez le mâle non châtré ? ”
“ De ces paroles de Gœthe, je veux retenir surtout ce qu’elles admettent de culture, disons plutôt : d’apprentissage, dans l’hétérosexualité. Il peut être en effet naturel que l’homme enfant, l’homme primitif cherche indistinctement le contact, la caresse, et non précisément le coït ; et même que certains, que beaucoup, soient plus déconcertés et rebutés par le mystère d’un autre sexe, à présent que l’attrait de plus aucun parfum ne les guide. (Vous voyez que je laisse tomber l’argument de la moindre beauté, car je ne pense pas que l’attrait sexuel doive nécessairement en dépendre.) ”
“ Ceux-là seuls viennent les trouver. En tant que médecin, c’est bien aussi de ceux-là que je soigne ; mais, en tant qu’homme, j’en rencontre d’autres, ni chétifs, ni plaintifs, — c’est sur eux qu’il me plaît de tabler. — Oui ; sur les pédérastes normaux ! — Vous l’avez dit. Comprenez-moi : l’homosexualité, tout comme l’hétérosexualité, comporte tous les degrés, toutes les nuances : du platonisme à la salacité, de l’abnégation au sadisme, de la santé joyeuse à la morosité, de la simple expansion à tous les raffinements du vice. L’inversion n’en est qu’une annexe. ”
“ Que cet amant, jalousement, l’entoure, le surveille, et lui-même exalté, purifié par cet amour, le guide vers ces radieux sommets que l’on n’atteint point sans l’amour. Que si tout au contraire cet adolescent tombe entre les mains d’une femme, cela peut lui être funeste ; hélas ! on n’a que trop d’exemples de cela. Mais comme, à cet âge trop tendre, l’adolescent ne saurait faire encore qu’un assez médiocre amoureux, il n’est heureusement pas naturel qu’une femme aussitôt s’en éprenne. ”
“ Je ne chercherai pas pour le moment si cette suprématie de beauté que, grâce au bon goût de la femelle peut-être, conserve l’individu mâle chez la plupart des insectes, des oiseaux, des poissons et des mammifères, il convient de la retrouver dans l’espèce humaine. — Depuis longtemps je vous attendais là. — Provisoirement, et par impatience, remarquons tout d’abord ceci : le rossignol mâle n’est pas beaucoup plus coloré que sa femelle ; mais celle-ci ne chante pas. L’efflorescence du mâle n’est pas nécessairement vénusté ; elle est luxe ”
“ Il est permis de supposer qu’avec quelques cents d’œufs de moins, l’espèce doris se serait éteinte. Darwin parle ailleurs de ces nuées de pollen que le vent enlève aux conifères qu’il secoue, de « ces épaisses nuées de pollen, pour que quelques grains seulement puissent tomber par hasard sur les ovules ». Si l’on prêtait au grain de pollen un instinct qui le guidât vers l’ovule, rien n’expliquerait, rien n’excuserait une profusion pareille. Mais, peut-être, avec une moindre proportion de l’élément mâle, le mystérieux acte de la fécondation fût-il resté par trop chanceux [11] . ”
“ Oui, l’instinct sexuel existe, malgré ce que vous affirmez ; il opère, malgré que vous en ayez, avec une précision, une impérativité singulière ; mais il n’astreint qu’à ses heures, à la fois les deux éléments mis en jeu. Pour répondre à coup sûr à la proposition momentanée de la femelle, il met en face d’elle le désir permanent du mâle. Le mâle est tout gratuité, disiez-vous ; la femelle toute prévoyance. Les seuls rapports hétérosexuels (des animaux) sont en vue de la fécondation. ”
“ Sainte-Claire Deville, par exemple, dit avoir observé que des boucs, des béliers ou des chiens, internés à l’écart des femelles, s’agitent, s’excitent entre eux « d’une excitation sexuelle qui ne dépend plus des lois du rut et qui les pousse à s’accoupler ». Vous remarquerez, je vous prie, cet exquis euphémisme : « qui ne dépend plus des lois du rut » ! Sainte-Claire Deville ajoute : « Il suffit d’amener une femelle pour ramener toute chose dans l’ordre. » ”
“ Tout semble au contraire contraste, contradiction, paradoxe quand il s’agit du sexe masculin. Ce sexe a pourtant lui aussi sa caractéristique. Ces brillants atours, ces prestigieux moyens de séduction ne sont, en somme, qu’un vain étalage de parties mortes, le signe d’une dépense inconsidérée, d’une prodigalité démesurée de l’organisme, la marque d’un tempérament qui extériorise, mais ne connaît pas l’économie. ”
“ L’inversion n’en est qu’une annexe. De plus tous les intermédiaires existent entre l’exclusive homosexualité et l’hétérosexualité exclusive. Mais, d’ordinaire, il s’agit bonnement d’opposer à l’amour normal un amour réputé contre nature — et, pour plus de commodité, on met toute la joie, toute la passion noble ou tragique, toute la beauté du geste et de l’esprit d’un côté ”
“ Il importe de comprendre que, là où vous dites « contre nature », le mot « contre coutume » suffirait. Persuadés de cela nous aborderons la question avec moins de prévention, je l’espère. — Votre citation fait arme à deux tranchants ; je la peux rétorquer contre vous : importées d’Asie ou d’Afrique en Europe, et d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Italie en France, les coutumes de pédérastie ont pu, de-ci de-là, nous contaminer quelque temps. Dieu merci ! le naturel et bon vieux fonds gaulois a toujours reparu, galant comme il convient, gaillard même au besoin, robuste [3] . ”
“ Inhibée chez l’animal châtré, la force catagénétique, chez le mâle entier se taille la première part. — Je songeais aux ténors qui compromettent dans l’amour leurs notes extrêmes... — Tout au plus peut-on dire que ces caractères dimorphiques n’atteignent leur plus belle ampleur, dans les espèces dites « supérieures », que lorsque la dépense séminale est réduite à son minimum. La chasteté, par contre, n’est pas de grand profit pour la femelle ; aucune force catagénétique ne trouvera jamais matière à variations dans ce qu’elle dérobe à la race... ”
