“ « Il est tout simple qu’un paysan soit étonné de ces merveilles ; moi-même, vieilli à la ville, je n’y vis jamais rien de semblable. » Heureux Corydon ! s’écrie Lycotas, que son âge a retenu aux champs, heureux Corydon ! mais as-tu vu ce qu’il y avait de plus curieux, les dieux eux-mêmes ? Ces dieux, c’est le prince ordonnateur, héros de la fête, et Corydon, c’est le poète qui le complimente. Nous avons déjà dit quelque chose de la quatrième églogue, intitulée César. Deux bergers, Corydon et Amyntas, y célèbrent, en couplets amébéens, Carin et Numérien, et même Carus leur père, alors absent. ”
Corydon
Définition et enjeux
Citations sur “Corydon”
“ Ce que l’on nous sert aujourd’hui eût souvent gagné à mûrir. Telle pensée qui d’abord nous occupe et nous paraît éblouissante, n’attend que demain pour flétrir. C’est pourquoi j’ai longtemps attendu pour écrire ce livre, et, l’ayant écrit, pour l’imprimer. Je voulais être sûr que ce que j’avançais dans Corydon, et qui me paraissait évident, je n’allais pas avoir bientôt à m’en dédire. Mais non : ma pensée n’a fait ici que s’affermir, et ce que je reproche à présent à mon livre, c’est sa réserve et sa timidité. ”
“ Cet éloge pourrait passer pour une critique, si Corydon, ce n’était encore Calpurnius. Mélibée, ailleurs, s’étonne que Corydon permette à son jeune frère Amyntas de faire des vers ; c’est un si mauvais métier ! — Pas si mauvais, répond l’autre, quand on est protégé par Mélibée. Voilà Mélibée devenu, pour le faux Corydon, un de ces protecteurs qui n’appartiennent guère au village, le Mécène d’un autre Virgile, comme le fait entendre le poète par de fort jolis vers. ”
“ Souvenez-vous du jeune Sophocle à Salamine... Corydon sourit et d’un geste montra qu’il me laissait sur ce point. Il reprit : — Encore une remarque au sujet des Spartiates : vous n’ignorez pas qu’à Lacédémone la pédérastie était non seulement admise, mais même, si j’ose dire, approuvée. Vous n’ignorez point d’autre part que les Spartiates étaient de tribu éminemment guerrière. Les Spartiates, lit-on dans Plutarque, étaient les meilleurs artisans et les plus habiles précepteurs qu’il y eût en tout ce qui concerne l’art des combats. De même, vous n’ignorez point que les Thébains... ”
Virgile,
''Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes''
“ Que Pallas aime les hauts remparts qu’elle a bâtis : nous, que les bois nous plaisent par-dessus tout. La lionne à l’œil sanglant cherche le loup ; le loup, la chèvre ; la chèvre lascive, le cytise en fleurs : et toi, Corydon te cherche, ô Alexis ! chacun suit le penchant qui l’entraîne. Vois, les bœufs ramènent le soc levé de la charrue ; et le soleil, qui descend, double les ombres croissantes : et moi je brûle encore... Est-il quelque répit à l’amour ? Ah ! Corydon, Corydon, quelle démence est la tienne ? ”
Louis-Aimé Martin, Oeuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (1833)
“ C'est un modèle d'élégie. Mais, dans la sixième, il revient à son caractère amoureux. Il se rapproche des femmes et se familiarise avec elles en peignant le vieux Silène au milieu des nymphes qui le barbouillent avec des mûres. La septième renferme encore une dispute de deux bergers. Corydon chante Galathée et Phyllis ; Thyrsis, à son tour, chante Galathée et le beau Lycidas. Mais l'avantage reste à Corydon qui n'a chanté que des femmes. Enfin, dans la huitième églogue, il n'est plus question que de l'amour. ”
“ Vous me dites que vous avez pris également dès le principe la détermination de publier ces mémoires de votre vivant. Je ne mets point en doute votre parole. Mais il demeure acquis que, la détermination une fois prise (dès avant 1900 selon vous) , vous avez ajourné pendant plus de vingt ans d’y donner suite. Même hésitation, ou même ajournement délibéré, quand il s’agit du Corydon. Écrire, d’une part (et j’entends écrire non pas uniquement pour soi-même mais avec l’intention de publier par la suite) et, d’autre part, livrer un écrit au public, voilà deux actes différents. ”
François Porché, L’Amour qui n’ose pas dire son nom
“ Tandis que Corydon, lui, enferme les femmes dans le gynécée. Et il ne lui vient même pas à l’esprit que, dans les années qui précèdent l’hymen, ses sœurs puissent avoir des désirs. C’est qu’il s’en moque bien ! Seuls l’intéressent les appétits des jeunes garçons, qu’il entend détourner à son profit, dès l’âge où leurs sens s’éveillent. Il est vrai qu’il ne se refuse point à se séparer de ses amis, quand vient pour eux le temps des noces. ”
François Porché, L’Amour qui n’ose pas dire son nom
“ Plutôt qu’à discipliner leur instinct, ils ne songent qu’à s’y livrer. Le blanc coursier sublime que Platon nous dépeint, dans le Phèdre, comme l’allégorie des nobles élans de l’âme, vos disciples, Corydon, le renvoient à l’écurie. C’est l’autre cheval qu’ils enfourchent, la bête au poil noir, à l’encolure courte, au chanfrein busqué, symbole du désir brutal. Cette émulation insensée et le danger que courent ces enfants, se peut-il, Corydon, que vous ne les remarquiez pas, vous, le maître de manège ? XVTroisième phase : Gide téméraire. — Les confessions : Si le grain ne meurt. Hélas ! ”
Scènes de la vie privée et publique des animaux… (1842)
“ Quand je pense qu'il pourrait, dans une seule soirée, aller à tous les spectacles sans payer !. - En effet, dit une autre Libellule, c'est une chose qui séduit. Chacun a son point vulnérable comme le talon d'Achille. Pour moi, ce qui me touche le plus, c'est de voir un jeune Corydon ouvrir ses ailes et arriver le premier au clocher, par-dessus les fossés et les haies. ”
Marie-Anne Robert, Les Ondins, conte moral
“ Le Prince Corydon parut anéanti par ces paroles : il ne put y répondre que par un soupir ; &, quoiqu’il n’eût jamais ressenti une grande passion pour Argiliane, l’habitude qu’il s’étoit faite de la voir, de s’entretenir souvent avec elle de Science & des intérêts de l’Etat ; peut-être aussi l’espérance d’acquérir par ce mariage un des plus beaux Royaumes du monde, toutes ces raisons réunies lui firent souffrir impatiemment le discours de la Princesse. ”
“ Et pour-ce, Corydon, ferme bien l’huis sur moy. Si rien me vient troubler, je t’asseure ma foy Tu sentiras combien pesante est ma colere. Je ne veus seulement que nostre chambriere Vienne faire mon lit, ton compagnon, ny toy, Je veus trois jours entiers demeurer à requoy, Pour follastrer apres une sepmaine entiere. Mais si quelqu’un venoit de la part de Cassandre, Ouvre lui tost la porte, et ne le fais attendre, Soudain entre en ma chambre, et me vien accoustrer. Je veus tant seulement à luy seul me moristrer : Au reste, si un Dieu vouloit pour moy descendre Du ciel, ferme la porte, et ne le laisse entrer. ”
François Rabelais,
Oeuvres de Rabelais. Texte collationné sur les éditions originales avec une vie de l'auteur…
(1873)
“ Veu qu'il est le nostre Tout, tout ce que vivons, tout ce que avons, tout ce que esperons est luy, en luy, de luy, par luy. C'est le bon Pan, le grand pasteur, qui, comme atteste le bergier passionné Corydon, non seulement a en amour & affection ses brebis, mais aussi ses bergiers. A la mort duquel furent plaincts, souspirs, effroiz & lamentations en toute la machine de l'univers, cieulx, terre, mer, enfers. A ceste mienne interprétation compete le temps. Car cestuy très bon, très grand Pan, nostre unique Servateur, mourut lez Hiérusalem, régnant en Rome Tibere Caesar. ”
“ AUFIDIUS.—Non, je ne te connais point: nomme-toi.CORIOLAN.—Mon nom est Caïus Marcius, qui t'a fait tant de mal à toi et à tous les Volsques. C'est ce qu'atteste mon surnom de Coriolan. Mes pénibles services, mes dangers extrêmes, et tout le sang que j'ai versé pour mon ingrate patrie, n'ont reçu pour salaire que ce surnom. Ce gage de la haine et du ressentiment que tu dois nourrir contre moi, ce surnom seul m'est demeuré. L'envie a dévoré tout le reste; l'envie et la cruauté d'une vile populace, tolérée par nos nobles sans courage ”
Th. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Le 14 mai de l’année 1608, un jeune Anglais, Thomas Coryat, s’embarquait à Douvres sur un bateau qui partait pour la France. Né en 1576 au village d’Odcombe en Somersetshire, où son père était pasteur, Coryat avait fait à Oxford de fortes études, et s’était ensuite acquis la faveur du prince Henri de Galles, qui lui avait procuré un emploi à la Cour. Latiniste excellent et bon helléniste, avec la figure et les manières d’un parfait gentleman, admis déjà dans l’intimité de tous les beaux esprits de Londres, les plus brillantes perspectives d’avenir s’ouvraient devant lui. ”
“ AUFIDIUS.—Il approche: vous allez l'entendre. (Coriolan paraît, marchant au milieu des instruments de guerre et des drapeaux; le peuple le suit en foule.) CORIOLAN.—Salut, seigneurs: je reviens votre soldat, et je rapporte un coeur qui n'est pas plus entaché de l'amour de mon pays, qu'il ne l'était lorsque je suis sorti de cette ville. Je vous suis toujours dévoué, et tout prêt à suivre vos ordres. Vous devez savoir que j'ai commencé notre expédition avec succès: et que j'ai conduit vos armées par une route sanglante jusqu'aux portes de Rome. ”
“ La mort, ce sombre fantôme, est assise sur son bras vigoureux: ce bras se lève, retombe, et alors les hommes meurent. (Les trompettes sonnent. On voit paraître Cominius et Titus Lartius; Coriolan est au milieu d'eux, le front ceint d'une couronne de chêne; les chefs de l'armée et les soldats le suivent: un héraut le précède.) LE HÉRAUT.—Apprends, ô Rome, que Marcius a combattu seul dans les murs de Corioles, où il a gagné avec gloire un nom qui s'ajoute au nom de Caïus Marcius. Coriolan est son glorieux surnom. Soyez le bienvenu à Rome, illustre Coriolan! ”
“ Ce n'est pas elle qui mangera son bien en herbe; quand il aura porté graine ce sera autre chose, mais alors je n'aurai plus à en prendre souci.—Votre intention est donc de faire du duc de Naurouse un prétendant?—Savine, avec son caractère orgueilleux, s'imagine qu'en étant amoureux de Corysandre il lui fait grand honneur, et comme il est à la glace, incapable de passion et d'entraînement pour ce qui n'est pas lui et lui seul, il s'en tient aux satisfactions qu'il trouve dans son intimité avec nous. ”
“ Savine était au supplice; chaque mot lui était une blessure cruelle: un autre que lui méritant la sympathie; un autre beau garçon (il s'était regardé dans la glace) ; un autre plein de coeur; un autre chevaleresque; un autre l'un des hommes les plus charmants qu'on pût rencontrer! Qu'avait-il donc pour qu'on parlât de lui en ces termes, pour qu'on le jugeât ainsi?—Malgré toutes ces qualités, continua madame de Barizel, vous devez comprendre que Corysandre n'est pas fille à ouvrir son coeur à un sentiment qui ne serait pas avouable. Le duc de Naurouse a pu lui paraître... ”
Jean-Jacques Ampère,
L’Histoire romaine à Rome
“ À travers la plaine ardente et poudreuse défile une foule voilée dont les gémissements, retentissent dans le silence de la campagne romaine. Bientôt Coriolan est entouré de cette multitude suppliante dont les plaintes, les cris, devaient avoir la vivacité des démonstrations passionnées des Romaines de nos jours. Coriolan eût résisté à tout ce bruit, il eût peut-être résisté aux larmes de sa femme et aux caresses de ses enfants ; il ne résista pas à la sévérité de sa mère. ”
“ MÉNÉNIUS.—Comment, loin de moi!CORIOLAN.—Je ne connais plus; ni femme, ni mère, ni enfant. Ma volonté ne m'appartient plus; elle est engagée au service d'autrui: et quoique je me doive à moi ma vengeance personnelle, le pardon de Rome est dans le coeur des Volsques. Nous avons été unis par l'amitié; un ingrat oubli en empoisonnera le souvenir plutôt que de permettre à ma pitié de me rappeler combien nous fûmes intimes. Ainsi, laisse-moi: mon oreille oppose à tes demandes une dureté plus inflexible que le fer que vos portes opposent à ma force. ”
“ Ma mère fléchissant le genou devant moi! C'est comme si le mont Olympe s'humiliait devant une taupinière. Et mon jeune enfant, dont le visage semble me supplier; et la nature qui me crie: «Ne refuse pas!» Que les Volsques promènent la charrue et la herse sur les ruines de Rome et de l'Italie entière, je ne serai point assez stupide pour obéir à un aveugle instinct. Je veux rester insensible, comme si l'homme était le seul auteur de son existence, et qu'il ne connût point de parents.VIRGILIE.—Mon maître et mon époux!CORIOLAN.—Je ne vous vois plus avec les mêmes yeux qu'à Rome. ”
“ De Corysandre il ne reçut aucune nouvelle; le temps s'écoula; la lettre qu'il attendait n'arriva pas. Il devait donc la chercher, la trouver; mais comment?Madame de Barizel avait quitté Paris pour s'installer chez Dayelle, dans un château que celui-ci possédait aux environs de Poissy, et où il passait tous les ans la saison d'automne avec son fils et tout un cortège d'invités qui se renouvelaient par séries; en la surveillant adroitement, en la suivant, elle devait vous conduire au couvent où Corysandre était enfermée. ”
“ Celle que causa la beauté de Corysandre fut des plus vives et pendant huit jours elle fournit le sujet de toutes les conversations.—Vous avez vu cette jeune Américaine avec sa mère?—Parbleu, seulement ce n'est pas une Américaine, c'est une française; elle est d'origine française: il y a encore dans le Poitou des Barizel de très vieille et très bonne noblesse, et c'est d'un membre de cette famille qui, il y a plus de deux cents ans, alla s'établir en Amérique, que descend cette belle jeune fille. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Le sénat approuve cette résolution, et les patriciens font cortège aux matrones jusqu’à la porte Capène ; puis celles-ci, tournant à gauche, prennent la voie Latine et s’avancent seules, à travers la plaine, jusqu’au camp de Coriolan, à quatre milles de Rome. L’apparition de ces femmes touche d’abord très peu Coriolan. Contre tout ce qui vient de Rome il a endurci son cœur ; mais on lui dit qu’on a vu au milieu d’elles sa vieille mère et sa jeune femme tenant ses deux enfans par la main. ”
“ Ce fut ce qu'éprouva Roger: du front et des paupières il passa aux fossettes, puis aux lèvres, puis aux dents, puis au menton, descendant ainsi aux épaules, au corsage, à la taille, aux pieds, pour remonter aux cheveux et au front, ne s'interrompant que lorsque le regard de Corysandre rencontrait le sien; encore témoignait-elle si peu d'embarras à se surprendre ainsi admirée et paraissait-elle trouver cela si naturel que c'était plutôt pour lui que pour elle, par pudeur et par respect, qu'il détournait ses yeux un moment. ”
“ Madame de Barizel, qui avait jusque-là parlé avec une douceur caressante, changea brusquement de ton, et sa parole, son geste, son regard, prirent une énergie qui rendait la contradiction difficile:—Jusque-là, dit-elle, je ne vous ai parlé que de Corysandre; mais je crois que je dois vous parler aussi de moi; de vous, de nous. Voulez-vous que je sois toute à vous? Aidez-moi à marier Corysandre au plus vite. Notre situation, telle qu'elle existe maintenant, ne peut pas se prolonger plus longtemps. ”
“ PREMIER OFFICIER.—C'est un brave soldat, mais il a un orgueil qui crie vengeance et il n'aime pas le petit peuple.SECOND OFFICIER.—Certes, nous avons eu plusieurs grands hommes qui ont flatté le peuple, et qui n'ont pu s'en faire aimer; et il y en a beaucoup que le peuple aime sans savoir pourquoi. Si le peuple aime sans motif, il hait aussi sans fondement. Ainsi l'indifférence de Coriolan pour la haine du peuple et pour son amour est la preuve de la connaissance qu'il a de son vrai caractère ”
“ Une fois qu'il est courroucé, rien ne peut le ramener à la modération: alors il exhale tout ce qui est dans son coeur; et ce qui est dans son coeur est de concert avec nous pour opérer sa ruine. (Coriolan arrive, accompagné de Ménénius, de Cominius et d'autres sénateurs.) SICINIUS.—Bon! le voici qui vient.MÉNÉNIUS, à Coriolan,—De la modération, je vous en conjure.CORIOLAN.—Oui, comme un hôtellier, qui, pour la plus vile pièce d'argent, se laissera traiter de fripon tant qu'on voudra.—Que les respectables dieux conservent Rome en sûreté ”
