“ SICINIUS.—Il est jugé: il n'y a plus rien à entendre.COMINIUS.—Laissez-moi parler. J'ai été consul, et je puis montrer sur moi les marques des blessures que j'ai reçues pour Rome de la main de ses ennemis. J'aime le bien de mon pays d'un amour plus tendre, plus respectueux et plus sacré que celui dont j'aime ma vie, l'honneur de ma femme, sa fécondité et les fruits précieux de ses entrailles et de mon sang.—Eh bien! si je vous disais que.....SICINIUS.—Nous vous voyons venir.—Que direz-vous?BRUTUS.—Il n'y a plus rien à dire: il est banni comme ennemi du peuple et de sa patrie; cela sera. ”
Résumé
“Coriolan”, est une œuvre de William Shakespeare. Des thèmes tels que Marcius, Coriolan ou Aufidius y sont abordés.
Citations de Coriolan (William Shakespeare)
“ MÉNÉNIUS.—Il y a de la différence entre un ver et un papillon; cependant le papillon n'était qu'un ver dans l'origine; de même ce Marcius, d'homme est devenu un dragon: il a des ailes et a cessé d'être une créature rampante.SICINIUS.—Il aimait tendrement sa mère.MÉNÉNIUS.—Et moi, il m'aimait tendrement aussi; et il ne se souvient pas plus de sa mère qu'un cheval de huit ans. L'aigreur de son visage tourne les grappes mûres. Quand il marche, il se meut comme une machine de guerre, et la terre tremble sous ses pas. ”
“ VIRGILIE.—Permettez-moi de me retirer; je vous en conjure.VOLUMNIE.—Non, ma fille, je ne vous le permettrai point.—Je crois entendre le tambour de votre époux: je le vois traîner Aufidius par les cheveux, et les Volsques fuir effrayés comme des enfants poursuivis par un ours; je le vois frapper ainsi du pied;—je l'entends s'écrier: «En avant, lâches! quoi! nés dans le sein de Rome, vous fûtes engendrés dans la peur?» Essuyant de ses mains couvertes de fer son front ensanglanté, il marche en avant comme un moissonneur qui s'est engagé, ou à tout faucher ou à perdre son salaire. ”
“ Aussitôt les portes se sont refermées; et il est dans Corioles, seul contre tous ses habitants.LARTIUS.—O mon brave compagnon! plus brave que l'insensible acier de son épée; quand elle plie, il tient bon. Il n'ont pas osé te suivre, Marcius!—Un diamant de ta grosseur serait moins précieux que toi. Tu étais un guerrier accompli, égal aux voeux de Caton même. Terrible et redoutable, non-seulement dans les coups que tu portais; mais ton farouche regard et le son foudroyant de ta voix faisaient frissonner les ennemis comme si l'univers agité par la fièvre eût tremblé. ”
“ MÉNÉNIUS.—Sois mille et mille fois le bienvenu! Je suis prêt à pleurer et à rire. Mon coeur est tout à la fois triste et gai.—Sois le bienvenu! Qu'une malédiction dévore le coeur de celui qui n'est pas joyeux de te voir! Vous êtes trois que Rome doit adorer: mais j'en atteste tous les yeux, nous avons ici quelques vieux troncs ingrats sur lesquels on ne peut greffer la moindre affection pour vous. N'importe: soyez les bienvenus, ô guerriers! Une ortie ne sera jamais qu'une ortie, et les travers des fous seront toujours folie.COMINIUS.—Il a toujours raison. ”
“ CORIOLAN.—Éloigne-toi, cadavre pourri, ou je secoue tes os hors de tes vêtements!SICINIUS.—À mon secours, citoyens! (Brutus rentre avec les édiles et une partie de la populace.) MÉNÉNIUS, aux deux partis. Des deux côtés plus de respect.SICINIUS, au peuple.—Voilà l'homme qui veut vous enlever toute votre autorité.BRUTUS.—Édiles, saisissez-le.LA POPULACE.—Qu'on s'en empare, qu'on s'en empare!SECOND SÉNATEUR.—Des armes, des armes, des armes! (Tous s'attroupent autour de Coriolan) —Tribuns, patriciens, citoyens!—Arrêtez: qu'est-ce donc!...—Sicinius, Brutus, Coriolan, citoyens! ”
“ COMINIUS.—Fleur des guerriers, que fait Titus Lartius?MARCIUS.—Il est occupé à porter des décrets: il condamne les uns à mort, les autres à l'exil; rançonne celui-ci, fait grâce à celui-là ou le menace: il régit Corioles au nom de Rome, et la gouverne comme un docile lévrier caressant la main qui le tient en lesse.COMINIUS.—Où est ce malheureux qui est venu m'annoncer que les Volsques vous avaient repoussés jusque dans vos tranchées? Où est-il? Qu'on le fasse venir.MARCIUS.—Laissez-le en paix; il vous a dit la vérité. Mais quant à nos seigneurs les plébéiens..... ”
“ MÉNÉNIUS.—De grâce, expliquez-nous... (Aux tribuns.) Oui vous avez fait là de belle besogne, j'en ai peur. (A Cominius.) Parlez, je vous prie; quelles nouvelles? Si Marcius s'était joint aux Volsques!...COMINIUS.—Si? dites-vous!—Il est le dieu des Volsques: il s'avance à leur tête, comme un être créé par quelque autre divinité que la nature, et qui s'entend mieux qu'elle à former l'homme. Les Volsques le suivent, marchant contre nous, pauvres marmots, avec l'assurance des enfants qui poursuivent, en se jouant, les papillons de l'été, ou des bouchers qui tuent les mouches. ”
“ Les dames exposent les lis et les roses de leurs joues délicates, et livrent nus les charmes de leur visage aux brûlants baisers de Phoebus. C'est un bruit, un tumulte autour de lui! on dirait qu'un dieu est recelé dans sa personne mortelle, et lui donne un aspect plein de grâce.SICINIUS.—Je vous le garantis consul dans l'instant même.BRUTUS.—Notre charge, en ce cas, tant que durera son autorité, peut se reposer à loisir.SICINIUS.—Il ne connaîtra jamais, dans les honneurs, cette modération qui sait le terme d'où il faut partir, et celui où il faut s'arrêter: il perdra tout ce qu'il a gagné. ”
“ MÉNÉNIUS.—Nous sommes tous perdus, si ce grand homme n'a pitié de nous.COMINIUS.—Et qui ira l'implorer? pas les tribuns: ce serait une honte. Le peuple mérite sa clémence, comme le loup mérite la pitié des bergers. Et ses meilleurs amis, s'ils disaient: «Sois miséricordieux pour Rome,» se conduiraient envers lui comme ceux qui ont mérité sa haine, et se montreraient ses ennemis. ”
“ On entend des cris de bataille MARCIUS ET AUFIDIUS entrent par différentes portes et se rencontrent.MARCIUS.—Je ne veux combattre que toi: je te hais plus que l'homme qui viole sa parole..AUFIDIUS.—Ma haine égale la tienne, et l'Afrique n'a point de serpent que j'abhorre plus que ta gloire, objet de ma jalousie. Affermis ton pied.MARCIUS.—Que le premier qui reculera meure l'esclave de l'autre, et que les dieux le punissent encore dans l'autre vie! ”
“ PREMIER SÉNATEUR.—Brave Marcius, suivez donc Cominius à cette guerre.COMINIUS.—C'est votre promesse.MARCIUS.—Je m'en souviens, et je suis constant. Oui, Titus Lartius, vous me verrez encore frapper à la face de Tullus.—Quoi! l'âge vous a-t-il glacé? Resterez-vous ici?TITUS.—Non, Marcius: appuyé sur une béquille, je combattrais avec l'autre, plutôt que de rester spectateur oisif de cette guerre.MÉNÉNIUS.—O vrai fils de ta race! ”
“ AUFIDIUS.—Il a plus d'audace, mais moins de ruse. Ma valeur est empoisonnée par les affronts qu'elle a reçus de lui; elle change de nature. Ni le sommeil, ni le sanctuaire, ni la nudité, ni la maladie, ni le temple, ni le Capitole, ni les prières des prêtres, ni l'heure du sacrifice, aucune de ces barrières qui s'opposent à la fureur, ne pourront élever leurs privilèges traditionnels et pourris contre la haine que je porte à Marcius. ”
“ CORIOLAN.—Dans ce moment même, sur ma vie, je veux le répéter. (Aux sénateurs.) —Vous, mes nobles amis, j'implore votre pardon. Mais pour cette ignoble et puante multitude, qu'elle me regarde pendant que je lui dis ses vérités, et qu'elle se reconnaisse. Oui, en la caressant, nous nourrissons contre le sénat l'ivraie de la révolte, de l'insolence et de la sédition: nous l'avons nous-mêmes cultivée, semée, propagée en la mêlant à notre ordre illustre, nous qui ne manquons pas de vertu, certes, ni de pouvoir, sinon de celui que nous avons donné à la canaille.MÉNÉNIUS.—C'est assez, calmez-vous. ”
“ Pasteurs des animaux de plébéiens, vous me permettrez de prendre congé de vous. (Brutus et Sicinius se retirent à l'écart.) (Surviennent Volumnie, Virgilie et Valérie.) MÉNÉNIUS.—Qu'est-ce donc, belles et nobles dames? La lune, descendue sur la terre, n'y brillerait pas de plus de majesté que vous. Et que cherchent vos regards empressés?VOLUMNIE.—Honorable Ménénius, mon fils Marcius approche: pour l'amour de Junon, ne nous retardez pas.MÉNÉNIUS.—Ah! Marcius revient à Rome?VOLUMNIE.—Oui, noble Ménénius, et avec la gloire la plus éclatante. ”
“ Ma mère fléchissant le genou devant moi! C'est comme si le mont Olympe s'humiliait devant une taupinière. Et mon jeune enfant, dont le visage semble me supplier; et la nature qui me crie: «Ne refuse pas!» Que les Volsques promènent la charrue et la herse sur les ruines de Rome et de l'Italie entière, je ne serai point assez stupide pour obéir à un aveugle instinct. Je veux rester insensible, comme si l'homme était le seul auteur de son existence, et qu'il ne connût point de parents.VIRGILIE.—Mon maître et mon époux!CORIOLAN.—Je ne vous vois plus avec les mêmes yeux qu'à Rome. ”
“ LE ROMAIN.—Il y a eu à Rome d'étranges insurrections: le peuple soulevé contre les sénateurs, les patriciens et les nobles.LE VOLSQUE.—Il y a eu, dites-vous? Elles sont donc à leur terme? Notre sénat ne le croit pas: on presse, les préparatifs de guerre, et l'on espère fondre sur les Romains au plus chaud de leurs divisions.LE ROMAIN.—Le plus fort du feu est passé: mais il ne faut qu'une étincelle pour rallumer l'incendie; car les nobles prennent si à coeur le bannissement du brave Coriolan, qu'ils sont tous disposés à ôter au peuple son pouvoir; et à lui enlever ses tribuns pour jamais. ”
“ SICINIUS.—Ces idées suggérées, comme vous dites, dans une occasion favorable, lorsque sa prodigieuse insolence offensera le peuple, enflammeront le courroux de la multitude comme une étincelle embrase le chaume desséché, et allumeront un incendie qui obscurcira pour jamais Marcius. L'occasion ne nous manquera pas, pourvu qu'on l'irrite: c'est une chose aussi aisée que de lancer des chiens contre les moutons. ”
“ COMINIUS.—J'aimerais mieux vous voir conduire à un bain salutaire, et panser vos blessures: mais jamais je n'ose vous refuser ce que vous demandez. Choisissez vous-même parmi ces soldats ceux qui peuvent le mieux seconder votre entreprise.MARCIUS.—Je choisis ceux qui voudront me suivre. S'il y a parmi vous quelqu'un (et ce serait un crime d'en douter) qui aime sur son visage le fard dont il voit le mien coloré, qui craigne moins pour ses jours que pour son honneur, qui pense qu'une belle mort est préférable à une vie honteuse, et qui chérisse plus sa patrie que lui-même ”
“ MÉNÉNIUS.—Comment, loin de moi!CORIOLAN.—Je ne connais plus; ni femme, ni mère, ni enfant. Ma volonté ne m'appartient plus; elle est engagée au service d'autrui: et quoique je me doive à moi ma vengeance personnelle, le pardon de Rome est dans le coeur des Volsques. Nous avons été unis par l'amitié; un ingrat oubli en empoisonnera le souvenir plutôt que de permettre à ma pitié de me rappeler combien nous fûmes intimes. Ainsi, laisse-moi: mon oreille oppose à tes demandes une dureté plus inflexible que le fer que vos portes opposent à ma force. ”
“ MÉNÉNIUS.—Parce qu'étant un des plus bas, des plus lâches et des plus pauvres partisans de cette belle révolte, tu vas le premier en avant. Misérable, toi qui es du sang le plus vil, tu es le premier à faire courir les autres là où tu as quelque chose à gagner.—Allons, préparez vos bâtons et vos massues. Rome et ses rats sont à la veille de se battre: il y aura du mal pour un des deux partis. (Caïus Marcus arrive.) —Noble Marcius, salut! ”
“ MARCIUS.—Voyez ces maraudeurs! qui estiment leur temps au prix d'une mauvaise drachme! coussins, cuillers de plomb, morceaux de fers d'un liard, pourpoints que des bourreaux enterreraient avec ceux qui les ont portés; voilà ce que ramassent ces lâches esclaves, avant que le combat soit fini.—Tombons sur eux.—Mais écoutez, quel fracas autour du général ennemi? —Volon à lui!—C'est là qu'est l'homme que mon coeur hait; c'est Aufidius qui massacre nos Romains. ”
“ AUFIDIUS.—Non, je ne te connais point: nomme-toi.CORIOLAN.—Mon nom est Caïus Marcius, qui t'a fait tant de mal à toi et à tous les Volsques. C'est ce qu'atteste mon surnom de Coriolan. Mes pénibles services, mes dangers extrêmes, et tout le sang que j'ai versé pour mon ingrate patrie, n'ont reçu pour salaire que ce surnom. Ce gage de la haine et du ressentiment que tu dois nourrir contre moi, ce surnom seul m'est demeuré. L'envie a dévoré tout le reste; l'envie et la cruauté d'une vile populace, tolérée par nos nobles sans courage ”
“ MÉNÉNIUS.—Oh! c'est un membre qui n'est qu'un peu malade: le couper serait mortel; le guérir est facile. Qu'a-t-il donc fait à Rome qui mérite la mort? Est-ce parce qu'il a tué nos ennemis? Le sang qu'il a perdu (j'ose dire qu'il en a plus perdu qu'il n'en reste dans ses veines) , il l'a versé pour sa patrie: si sa patrie répandait ce sang qui lui reste, ce serait pour nous tous, qui commettrions ou qui souffririons cette injustice, un opprobre éternel jusqu'à la fin du monde. ”
“ MÉNÉNIUS.—Le consul Coriolan.BRUTUS.—Lui, consul!TOUT LE PEUPLE.—Non, non, non, non.MÉNÉNIUS.—Bons citoyens, si je puis obtenir des tribuns et de vous la faveur d'être entendu, je ne veux vous dire qu'une parole ou deux; tout le mal qui peut en résulter pour vous, c'est la perte de quelques instants.SICINIUS.—Parlez-donc, mais promptement; car nous-sommes déterminés à nous défaire de ce serpent venimeux: le chasser de Rome, ce serait un vrai danger; le souffrir dans Rome, serait notre ruine certaine: il est arrêté qu'il mourra ce soir. ”
“ Voici de nouvelles voix. (Aux citoyens.) Donnez-moi vos voix.—C'est pour vos voix que j'ai combattu et veillé dans les camps; c'est pour vous que j'ai reçu plus de vingt-quatre blessures et que je me suis trouvé en personne à dix-huit batailles. Pour vos voix, j'ai fait beaucoup de choses plus ou moins illustres.—Donnez-moi vos voix.—Je désire être consul.CINQUIÈME CITOYEN.—Il a fait noblement tout ce qu'il a fait, et il n'est pas d'honnête homme dont il ne doive remporter le suffrage.SIXIÈME CITOYEN.—Qu'il soit donc consul; que les dieux le comblent de joie, et le rendent l'ami du peuple! ”
“ PREMIER SÉNATEUR.—Accompagnez-nous au Capitole, où je sais que nos meilleurs amis nous attendent.TITUS.—Marchez à notre tête: suivez, Cominius, et nous marcherons après vous. Vous méritez le premier rang.COMINIUS.—Noble Marcius!PREMIER SÉNATEUR, au peuple.—Allez-vous-en! retournez chez vous. Retirez-vous.MARCIUS.—Non, laissez-les nous suivre: les Volsques ont du blé en abondance. Conduisons ces rats pour ronger leurs greniers.—Respectables mutins, votre bravoure se montre à propos: je vous en prie, suivez-nous. (Les sénateurs sortent; le peuple se disperse et disparaît.) ”
“ MÉNÉNIUS.—Allons, en voilà assez.BRUTUS.—Oui, assez, et beaucoup trop.CORIOLAN.—Non, prenez encore ceci: je ne finirai pas sans avoir dit ce qu'on peut attester au nom des puissances divines et humaines.—Là où l'autorité est ainsi partagée; là où un parti méprise l'autre avec raison, et où l'autre insulte sans motif; là où la noblesse, les titres, la sagesse ne peuvent rien accomplir que d'après le oui et le non d'une ignorante multitude, on omet mille choses d'une nécessité réelle, et l'on cède à une inconstante légèreté. ”
“ COMINIUS.—Vous avez trop de modestie, vous êtes plus ennemi de votre gloire que reconnaissant envers nous, qui vous rendons un hommage sincère. Si vous vous irritez ainsi contre vous-même, vous nous permettrez de vous enchaîner comme un furieux qui cherche à se détruire de ses mains; afin de pouvoir vous parler raison en sûreté. Que toute la terre sache donc comme nous, que c'est Caïus Marcius qui remporte la palme de cette guerre: je lui en donne pour gage mon superbe coursier, connu de tout le camp, avec tous ses ornements ”
“ Pardonne aux Romains.—Oh! donne-moi un baiser qui dure autant que mon exil, qui soit aussi doux que me l'est la vengeance.—Par la reine jalouse des cieux, le baiser, ma bien-aimée, que tu me donnas en partant de Rome, mes lèvres fidèles l'ont toujours depuis conservé pur et vierge.—O dieux! je me répands en vaines paroles, et je laisse la plus respectable mère de l'univers, sans l'avoir encore saluée.—Tombe à genoux, Coriolan, et montre ici un sentiment de respect plus profond que les enfants vulgaires. ”
“ MÉNÉNIUS,—Je vous en prie, partez d'ici, j'essayerai si ma vieille sagesse sera de mise avec cette multitude qui n'en a pas beaucoup. Il faut boucher les trous, n'importe avec quelle étoffe. COMINIUS.—Allons! venez. (Coriolan et Cominius sortent.) PREMIER SÉNATEUR.—C'est un homme qui a pour jamais compromis sa fortune.MÉNÉNIUS.—Il est d'une nature trop noble pour le monde. Il ne flatterait pas Neptune lui-même pour obtenir son trident, ni Jupiter pour disposer de sa foudre: sa bouche est son coeur. Tout ce que son sein enfante, il faut que sa langue le déclare ”
“ LARTIUS.—Veillez à la garde des portes: suivez les ordres que je vous ai donnés. À mon premier avis, envoyez ces centuries à notre secours: le reste pourra tenir quelque temps; si nous perdons la bataille, nous ne pouvons pas garder la ville.LE LIEUTENANT.—Reposez-vous sur nos soins, seigneur.LARTIUS.—Rentrez et fermez vos portes sur nous. Guide, marche; conduis-nous au camp des Romains. (Ils sortent.) SCÈNE VIIIL'autre camp des Romains. ”
“ MÉNÉNIUS.—Mais les voilà, je crois, à peu près persuadés; car bien qu'ils manquent abondamment de discrétion, ils se retirent lâchement.—Que dit, je vous prie, l'autre troupe?MARCIUS.—Elle est dispersée. Qu'ils aillent se faire pendre! ils disaient que la faim les pressait, et nous étourdissaient de proverbes: La faim brise les pierres; il faut nourrir son chien; la viande est faite pour être mangée; les dieux ne font pas croître le blé seulement pour les riches. ”
“ CORIOLAN paraît avec VOLUMNIE, VIRGILIE, MÉNÉNIUS, COMINIUS, et plusieurs jeunes patriciens.CORIOLAN.—Allons, arrêtez vos larmes: abrégeons nos adieux: le monstre aux mille têtes me pousse hors de Rome. Quoi, ma mère! où est votre ancien courage? Vous aviez coutume de me dire que l'adversité est l'épreuve des âmes; que les hommes vulgaires peuvent supporter de vulgaires infortunes; que par une mer calme, tous les pilotes paraissent maîtres dans l'art de manoeuvrer; mais que les coups de la fortune, quand elle frappe au coeur, pour être supportés avec calme, demandent une noble adresse. ”
“ VOLUMNIE.—Je t'en conjure, mon cher fils. Tu as dit que mes louanges t'avaient fait guerrier: eh bien! pour obtenir encore de moi d'autres louanges, joue un rôle que tu n'as pas encore rempli.CORIOLAN.—Eh bien, soit!—Sors de mon sein, mon inclination naturelle, et cède la place à l'esprit d'une courtisane. Que ma voix mâle et guerrière, qui faisait choeur avec les clairons, devienne grêle comme le fausset de l'eunuque, ou comme la voix d'une jeune fille qui endort un enfant au berceau; que le sourire des fourbes sillonne mes joues, et que les pleurs d'un jeune écolier obscurcissent mes yeux ”
“ CORIOLAN.—Dieux! vous me rendez heureux.AUFIDIUS.—Ainsi, toi le plus absolu des hommes, si tu veux te charger toi-même de diriger tes vengences, prends la moitié du commandement: tu connais le fort et le faible de ton pays; nul ne le saurait faire comme toi. Tu décideras toi-même s'il faut aller frapper droit aux portes de Rome, ou l'ébranler dans les parties les plus éloignées, s'il faut l'épouvanter avant de la détruire. Mais entre: permets que je te présente à des hommes qui seront en tout dociles à tes vues. Mille et mille fois le bienvenu! ”
“ Et c'est à nous, infortunées, que ta haine est surtout fatale. Tu nous enlèves jusqu'au pouvoir de prier les dieux, douceur qui reste à tous les malheureux, excepté à nous. Car, comment pouvons-nous, hélas! comment pouvons-nous prier les dieux pour notre patrie, comme c'est notre devoir, et les prier pour ta victoire, comme c'est aussi notre devoir? Hélas! il nous faut perdre, ou notre chère patrie qui nous a nourries, ou toi, qui faisais notre consolation dans notre patrie. De quelque côté que nos voeux s'accomplissent, nous trouvons partout le plus grand des malheurs ”
“ VOLUMNIE.—Tu es mon guerrier; j'ai contribué à te former à la guerre.—Connais-tu cette femme?CORIOLAN.—Oui, la noble soeur de Publicola; l'astre le plus doux de Rome, chaste comme la neige la plus pure que l'hiver suspende au temple de Diane: chère Valérie.VOLUMNIE.—Voici un imparfait abrégé de vous deux (montrant le jeune Marcius) , qui, développé et agrandi par les années, pourra ressembler en tout à son père.CORIOLAN.—Que le dieu des guerriers, de l'aveu du souverain Jupiter, remplisse ton âme de noblesse! ”
Termes fréquents
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