“ Un vieux penchant humain mène à la turpitude. L’opprobre est un logis, un centre, une habitude, Un toit, un oreiller, un lit tiède et charmant, Un bon manteau bien ample où l’on est chaudement. L’opprobre est le milieu respirable aux immondes. Quoi ! nous nous étonnons d’ouïr dans les deux mondes Les dupes faisant chœur avec les chenapans, Les gredins, les niais vanter ce guet-apens. ”
Opprobre
Définition et enjeux
L'opprobre, concept central en matière de réputation et de moralité, désigne une censure publique ou un blâme qui affecte l'image sociale d'une personne. Victor Hugo le présente comme un "logis" des turpitudes, tandis que Jean Chrysostome le confronte à la gloire, soulignant son ambiguïté.
Saint Augustin en fait un symbole de souffrance spirituelle, et l'Encyclopédie anarchiste le relie à une critique des dogmes religieux. Döderlein, dans son synonymie latine, précise sa nuance sémantique. Ce thème, mêlant honte, mépris et humiliation, révèle des tensions entre le jugement collectif et l'individu.
Citations sur “opprobre”
“ Laissez le pauvre en pleurs sous la porte cochère, Engraissez-vous, vivez, et faites bonne chère... — Mangez, moi je préfère, Probité, ton pain sec. L’opprobre est une lèpre et le crime une dartre. ”
Victor Hugo,
Les Travailleurs de la mer
“ Être un centre de convergence pour l’attention universelle, quel plus beau triomphe ? Obliger au regard la prunelle publique, c’est une des formes de la suprématie. Pour ceux dont le mal est l’idéal, l’opprobre est une auréole. ”
Jean Chrysostome,
Œuvres complètes
“ Voulez-vous être glorifié, exposez-vous aux outrages ; voulez-vous jouir du bonheur de la liberté, soyez écrasé par l’oppression. Voulez-vous nager dans la gloire et les délices, répudiez tout ce qui est du temps. Oui, l’opprobre est une gloire, et la gloire un opprobre ; mettons cette vérité dans tout son jour, afin que nous voyions la face de la vraie gloire. Il n’est pas donné à l’homme de trouver la gloire sur la terre ; si vous voulez la rencontrer, c’est par l’opprobre que vous devrez passer. Examinons cette question en considérant deux hommes, l’empereur Néron et l’apôtre saint Paul. ”
Saint Augustin,
Discours sur les psaumes : Psaumes XXI à XXX
“ Et si nous sommes plus réservés en d’autres temps, du moins que la nécessité d’exposer ce que nous traitons, nous donne la liberté de réprimer les désordres. « Plus que tous mes ennemis, je suis dans l’opprobre ». ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Cela n’est pas François, dit Voltaire, il faut d’un opprobre éternel ; d’opprobre est ici absolu & ne souffre point d’épithète & on ne peut dire couvert de louange comme on dit couvert de gloire, de lauriers, d’opprobre, de honte. Pourquoi ? c’est qu’en effet la honte, l’opprobre, la gloire, les lauriers semblent environner un homme, le couvrir. ”
Victor Hugo,
Les Châtiments
(1870)
“ L'opprobre est une lèpre et le crime une dartre. ”
Guillaume-Thomas Raynal,
Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux…
“ Ceux qui fuyoient la fureur d’un ennemi justement implacable, devinrent la proie des tempêtes. Lui-même, il n’échappa aux flots en courroux que pour couler des jours détestés dans l’opprobre, dans les remords & dans la misère. Justice en fut faite sur la terre ; que justice en soit faite aux enfers. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ Il fallut le christianisme pour jeter une ombre maléfique sur le lumineux panthéisme antique, pour séparer le divin de l’humain, l’esprit de la matière, l’âme du corps, pour magnifier les creuses abstractions du surnaturel et légaliser leurs impostures, pour couvrir d’opprobre la nature, sa claire et vivante réalité, en déclarant que tout était mauvais en elle, que l’homme devait se laver de ses impuretés en pratiquant le culte de la mort, l’ascétisme, les mortifications, en renonçant à toute force créatrice et à toute personnalité. ”
N.-D Marchal, Le spolié puni ou Les chatiments au lieu d'une restitution… (1871)
“ C'est le plus grand fléau de l'oppression où je suis tenu et qu'on puisse infliger à un homme. Et à ma dernière heure qui me soignera ? qui me fermera les yeux ? Ce ne sera pas mon épouse, ce ne sera pas mon fils, ce ne sera pas ma fille, ce sera mon opprobre! Vous-même, mon cher frère, sur ma tombe, vous vous garderez bien de venir pour y déposer une larme, mon opprobre sera là qui vous en éhonterait î Croyez-vous que je n'aurais pas de beaucoup préféré rester instituteur à Corcieux, que de perdre la bienveillance de mes supérieurs ? ”
Ludwig von Döderlein,
Manuel de synonymie Latine
(1865)
“ Probrum, reproche qu’on serait en droit de nous adresser ; opprobrium, reproche formulé. Probrum appelle l’attention sur la honte qui a été encourue ; opprobrium, sur le blâme qui s’exprime hautement. Ignoscere. Veniam dare.Ignoscere est un acte moral : c’est pardonner de tout cœur, remettre et oublier, par opposition à garder rancune, comme συγγιγνώσκειν ; veniam dare est un acte politique ; c’est substituer la clémence à la justice, par opposition à châtier, comme μεθιέναι. L’ami, l’égal pardonne, ignoscit ; le supérieur, le puissant fait grâce, veniam dat. ”
Pedro Calderón de la Barca,
Oeuvres dramatiques de Caldéron…
(1871-1873)
“ Mais je ne sais par où commencer; ayant toujours vécu plein d'honneur, dans la paix comme dans la guerre, si j'ai à me plaindre de quelque offense, il n'est pas étonnant que je n'aie jamais' appris comment on se plaint. Prend-on des précautions contre ce qu'on ne croit pas avoir à craindre? Ma langue osera dire que j'ai?. Arrête, ma langue, pas un mot, pas une syllabe sur mon affront; car si tu m'offenses, il pourra se faire que, châtiée par ma vie ou par ma mort, offenseur et offensé tout ensemble, je m'outrage à la fin et me venge. ”
Émile Combes,
Épître d'un grognard au bon Dieu
(1876)
“ Ils massacrent en votre nom Mis au niveau de la canaille, Et, par étrange erreur, ou par funeste abus, En guise d'encensoir vous lancent des obus ! Vous le croirez à peine ; ici l'on est coupable Lorsque, pour quelques sous, on tue un pauvre di: Mais si vous en tuez mille, cent mille et plus La tourbe des niais célèbre vos vertus ! ”
Antoine Blanc de Saint-Bonnet,
De la Restauration française : mémoire présenté au clergé et à l'aristocratie
(1851)
“ L'esprit d'opposition envers le pouvoir vient, par un Chemin détourné, du même point que l'esprit d'opposition envers la vérité, des coeurs impatients de la supériorité du bien. Il descend en cachette des consciences soulevées... ”
Manon Roland,
Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793
“ Mais, quand on soulève l’oppression, quand on déchire tous les voiles, quand il faut poursuivre les abus, tonner contre l’injustice et révéler toutes les iniquités, il est bien question de ménagements, de confitures et de politesses ! ”
Charles de Mazade,
La Duchesse de Choiseul et la Correspondance inédite de Mme Du Deffand
“ C’est alors que se dessine au sein du XVIIIe siècle ce contraste, cette lutte curieuse d’une cour diminuée dans la considération universelle, et de l’esprit d’opposition allant chercher dans sa disgrâce un homme dont on oubliait les fautes pour ne se souvenir que de ses qualités brillantes. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
“ Un vague soupçon planait à peine sur ton esprit: tout à coup ce soupçon devient certitude; une vision déchirante, un songe peut-être, t'a éclairé, et dès lors, frappé de vertige, tu sens ta raison ébranlée, et ta vie n'est plus qu'un accès de délire amer et sombre. ”
Alfred Nettement,
Histoire de la littérature française sous la restauration 1814-1830
“ Qui n’a rencontré dans sa vie quelqu’un de ces caractères contrariants et fâcheux dont on pourrait presque dire, tant l’opposition leur est naturelle, qu’ils naissent de l’opposition ? Il semble qu’une fée maligne se soit tenue à côté de leur berceau pour les douer d’un génie pointilleux et querelleur. ”
Augustin Henry, Précis de l'histoire de l'éloquence… (1834-1835)
“ Vous repoussez l'indulgence dans l'opposition, vous rendez la pitié séditieuse, et vous laisserez arracher à la fin, peut-être toute déchirée, toute souillée de récriminations odieuses et d'exceptions cruelles, cette amnistie qui devait sortir pure, rayonnante et spontanée de vos mains. Malheur aux gouvernements qui rangent les bons sentiments d'un pays dans l'opposition ! ”
Théodule Ribot,
Les Maladies de la volonté
“ L’opposition si souvent notée entre les esprits spéculatifs, qui vivent dans les abstractions, et les gens pratiques, n’est que l’expression visible et palpable de ces différences psychologiques que nous venons de signaler. ”
“ Avertis à temps, et surtout décidés à temps, il nous était facile de réagir contre cette intrusion, contre cette expropriation. L’habitude une fois installée, la lutte, toujours possible, en devient plus âpre et plus douloureuse, comparable à celle contre l’emprise ancienne d’un poison. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions
(1782)
“ Le sort qui durant trente ans favorisa mes penchants, les contraria pendant trente autres ; et, de cette opposition continuelle entre ma situation et mes inclinations, on verra naître des fautes énormes, des malheurs inouïs et toutes les vertus, excepté la force, qui peuvent honorer l’adversité. ”
Célestin Hippeau, Paris et Versailles : journal anecdotique de 1762 à 1789 (1869)
“ Ces feuilles légères, inspirées le plus souvent par la malignité, dans lesquelles l'esprit de dénigrement, les habitudes d'opposition, quelquefois même les sentiments les moins honorables, se donnèrent une libre carrière, sont loin de mériter une entière confiance. ”
Hippolyte Taine,
Le Positivisme anglais
“ Voilà la cause et voilà la preuve. C’est cette loi abstraite qui, présente dans la nature, amènera la mort du prince, et qui, présente dans mon esprit, me montre la mort du prince. C’est cette proposition abstraite qui est probante ; ce n’est ni la proposition particulière, ni la proposition générale. Elle est si bien la preuve qu’elle prouve les deux autres. ”
Anne Marie Caroline Eugène Hautefeuille, Malheur et sensibilité, par Mme la comtesse Eugène d'Hautefeuille (1859)
“ Si vous poursuivez la punition d'un crime trop réel, vous entreprendrez avec énergie, soit ; mais ébranlée, malade comme vous êtes, vous n'irez pas jusqu'au bout; et cet abandon forcé de votre attaque légitime sera frappé d'une sorte de désapprobation, vous encourrez le blâme, et vos adversaires jouiront encore de votre impuissance reconnue et de votre faiblesse constatée. ”
Prosper Jolyot de Crébillon,
Œuvres de M. de Crébillon
“ A votre ambition sans cesse abandonné, Vous causez tant de trouble & tant d’inquiétude, Que le moindre soupçon tient lieu de certitude. Dès qu’on ose alarmer le pouvoir souverain, On est toûjours suspect d’un coupable dessein. ”
Arnould Frémy, Confessions d'un bohémien (1857)
“ Les rebuts, l'adversité, les dédains vous atteignent tant pis pour vous. Pourquoi votre âme follement irritée s'avise-t-elle de vouloir faire la fière et de se révolter contre le puissant qui l'opprime? ”
Pierre Véron, Paris qui grouille, par Pierre Véron (1884)
“ Nous autres civilisés, nous avons, sous prétexte de sensibilité, un autre système. Nous pratiquons le laisser-faire à outrance, jusqu'au jour où l'accumulation des abus amène la plus formidable des explosions. ”
Romain Rolland,
Clerambault
(1920)
“ Comme ils comprennent!... Nous chantons la souffrance, pour nous en délivrer. Mais eux, ils s’en éprennent! Et voici que notre chant de délivrance devient pour les autres hommes un chant d’oppression... ”
Zénaïde Fleuriot,
Les mauvais Jours. Notes d'un Bourru sur le siège de Paris…
(1872)
“ Des hommes, blêmes de colère, m'ont apporté les éclats de cet obus matinal. C'est un formidable projectile, et en le contemplant je me disais que la science humaine destructive a fait d'incontestables progrès. ”
Hector Berlioz,
Mémoires de Hector Berlioz
“ Mais cette vie de combat, l’opposition se trouvant réduite, comme elle l’est aujourd’hui, à des proportions raisonnables, offre un certain charme. J’aime à faire de temps en temps craquer une barrière, en la brisant au lieu de la franchir. ”
Pierre Dabry, Les Catholiques républicains, histoire et souvenirs… (1905)
“ L'opposition verbale, la stupide politique de protestations qui grise et fait courir après l'action factice pour laisser le devoir réel, a fait passer comme un souffle de mort sur l'enthousiasme et sur le zèle. ”
Louis-Sébastien Mercier,
Le nouveau Paris
(1798)
“ Ainsi la probité, la candeur d’un homme trop savant, trop philosophe et trop sensible peut-être pour occuper les premières places dans les orages d’une révolution furent la première cause de tant de crimes atroces, dont le moins remarqué fut sa ruine. ”
Gabriel Tarde, Les Lois sociales.Esquisse d’une sociologie
“ De là il résulte déjà — et nous avons bien d’autres raisons de le penser — que l’opposition-lutte ne joue dans le monde social, comme dans le monde vivant ou le monde inorganique, que le rôle de moyen terme, destiné à disparaître progressivement, à s’épuiser et s’éliminer par ses propres agrandissements, qui sont une course après sa propre destruction. Et le moment est venu de dire, en effet, ou de redire plus explicitement, quel est le vrai rapport de ces trois grands aspects scientifiques de l’univers, que j’ai appelés Répétition, Opposition, Adaptation des phénomènes. ”
Casimir Delavigne,
Œuvres complètes de Casimir Delavigne
“ Mais avant que des oppresseurs Étouffent sous les lois la vérité muette, Vous leur pouvez du moins prédire leur défaite : Eh bien ! ils tomberont, ces amants de la nuit. La force comprimée est celle qu’il détruit ”
Mme Ve Ravinet, Mémoires d'une créole du Port-au-Prince… (1844)
“ Le plus juste courroux avait armé ton bras, Et le désespoir seul t'entraînait aux combats.. Mais lorsque ton courage a vengé tes misères, Quand la loi te promet des destins plus prospères, Peuple, abjure à jamais la haine et la fureur. Si tu fus opprimé, ne sois pas oppresseur. ”
Alain,
Le Citoyen contre les pouvoirs
“ Vous obtiendrez cette faveur en même temps pour vous, pour moi, et pour deux ou trois bons garçons qui s’ennuient ici. N’ayant rien à conserver, vous serez brave. Vous rencontrerez bien quelque morceau d’obus là-bas ; mais, au pis-aller, si vous mourez de peur, ce sera encore une belle mort. ”
Paul Féval, Le Mari embaumé (1866)
“ L’oppresseur était un pâle jeune homme, débile et beau ; la victime était une grosse maman, solidement nourrie, que ses portraits nous montrent avec de rondes joues un peu tombantes, à l’autrichienne, et une gorge triomphale, faite pour inspirer une toute autre impression que la pitié. ”
René Vallery-Radot,
Le duc d'Aumale d'après sa correspondance avec Cuvillier-Fleury…
(1922)
“ Vive l'oppression pour donner toutes ses ressources et tout son prix à la pensée, pour nous instruire à la force contenue, aux nuances savantes, au mépris laconique et acéré ! Que ce silence général est favorable ! ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1842-1844)
“ Et puis, le grand combat entre les deux principes est déjà commencé. Le roi du mal, le père de l'erreur et de l'ignorance se défend en vain. Les archanges ont tendu l'arc de la science et de la vérité. ”
Pierre Kropotkine,
La Conquête du pain
“ Il nous répugne de tracer dans leurs moindres détails des plans d’expropriation. Nous savons d’avance que tout ce qu’un homme, ou un groupe, peuvent suggérer aujourd’hui sera dépassé par la vie humaine. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Œuvres de Goethe
“ La misère était trop grande et l’oppression augmentait sans cesse : nul n’écoutait nos cris ; ils étaient les maîtres du jour. Alors la douleur et la rage s’emparèrent même des cœurs paisibles ; chacun se recueillit et jura de venger toutes ses injures et la perte douloureuse de ses espérances doublement trompées. ”
“ La lenteur, l’incivilité, la corruption et la facilité de caractère, tels sont les quatre principaux vices ou défauts dans les hommes en place. Quant à la lenteur, soyez accessible, ponctuel, expéditif; terminez une affaire avant d’en commencer une autre, et ne les entassez pas sans nécessité. À l’égard de la corruption, ne vous contentez pas de lier à cet égard vos propres mains et celles de vos domestiques ou de vos subalternes ”
Gabriel Tarde, L’Opposition universelle
“ J’espère parvenir à démontrer que nulle part plus qu’en psychologie n’apparaissent avec évidence, d’une part, la réalité et l’importance du rapport d’opposition, d’autre part, sa subordination à celui de variation et d’originalité. ”
Barthélemy Lazeu de Peyralade, Éloge de Berryer : discours prononcé à la rentrée solennelle des conférences du stage… (1874)
“ L'imminence des périls sociaux, la lutte des principes, l'opposition ardente, déclarée des intérêts et des opinions révèlent les hommes supérieurs par la parole, comme d'autres périls révèlent sur les champs de bataille les capitaines voués à la victoire. ”
Louis Féral, Éloge de M. Ravez : prononcé, le 10 décembre 1853… (1853)
“ Le doute, élément de dissolution et de ruine, infiltré peu à peu dans toutes les âmes, avait conduit à la négation de tout principe social et religieux, et bientôt au mépris et à la haine de tout pouvoir et de toute autorité. ”
