Edmond Castellan

Résumé

Edmond Castellan Revue des Deux Mondes

Je l’ignore ; je sais seulement que lorsqu’on n’aime plus, on ne se souvient guère d’avoir aimé.
— Or çà, me dit le baron à demi-voix, avouez qu’il est assez original de commencer sa lune de miel deux mois après ses noces.
À l’entrée de la comtesse, il y eut un murmure d’admiration ; elle était éblouissante sous sa robe de satin, les cheveux relevés sur son front, et couronnée de perles blanches qui s’enroulaient dans les anneaux de sa coiffure. Je n’avais jamais imaginé une aussi parfaite beauté.
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Edmond Castellan Revue des Deux Mondes

Le baron triomphait. J’étais sur les épines. La Meilleraie connaissait la comtesse depuis quelques instans à peine, et il semblait vouloir la prendre pour juge dans toutes les questions de sentiment qu’il soulevait comme à plaisir, et qui touchaient aux problèmes les plus délicats du cœur humain...
Je devenais jaloux. Cette découverte me terrifia : jaloux sans aimer, à froid, par amour-propre ! Que s’était-il donc passé depuis quelques jours que La Meilleraie était au château ? Je ne le savais au juste ; mais je sentais que mon ami me trahissait. Chaque jour m’apportait un nouvel indice.
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Mon imagination, qui prend volontiers le galop, ne se fait pas faute, dans les momens difficiles, d’arranger à son gré les événemens. Elle se trompe presque toujours ; mais toujours je reviens à ce jeu décevant, qui me plaît. Qu’il me plaise ou non d’ailleurs, je ne suis pas le maître de l’éviter. Je m’irrite alors, je m’attendris, je raille, j’aime et je hais avec un entraînement que je ne porte pas dans le domaine du réel. Dans cette circonstance délicate, je dialoguais en esprit, tantôt avec la comtesse et tantôt avec le baron.
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