Eugène Robin

Résumé

Eugène Robin Revue des Deux Mondes

Un peuple, s’il est réellement un peuple, n’abdique aucun de ses droits, ne se met pas à la merci d’une nation plus puissante, ne se suicide point, en un mot, pour quelques millions de quintaux de fer ou de houille qu’il ne trouve pas à placer. Quelque malaise qu’il en éprouve, il consent à souffrir pourvu qu’il soit : c’est assez, il est plus que content. Nous qui connaissons la Belgique, qui avons assisté à sa régénération, qui la voyons agir, qui l’étudions sérieusement tous les jours, nous savons qu’elle a une soif impérieuse d’être qui fera toujours taire ses autres besoins.
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La contrefaçon belge, poussée par la nécessité de produire sans cesse, inonde, comme on l’a vu, son marché intérieur d’éditions à bon marché de tous les ouvrages qui paraissent en France, et met en jeu tous les moyens dont peut s’aviser une industrie nécessiteuse pour exciter le public à les lire. Il est impossible que cette communion constante d’un peuple peu littéraire par lui-même avec la littérature la plus féconde, et après tout la plus considérable qu’il y ait dans le monde, n’ait point fini par agir sur son caractère, sur ses habitudes, sur ses idées.
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La France exerce en effet sur le monde une influence souveraine qu’elle doit à la puissance civilisatrice de ses idées bien plus qu’à l’empire de sa force et de sa richesse. Il ne faudrait pas que l’Europe perdît l’habitude de communier avec sa pensée, et que le plus précieux de ses intérêts nationaux périclitât entre les mains d’une industrie qui n’en comprendrait pas l’importance ou la subordonnerait à ses combinaisons de marchand. La France doit vouloir autre chose que sa librairie, autre chose que ceux de ses écrivains qui préféreraient le lucre à la gloire.
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