George Bousquet

Résumé

George Bousquet Le Théâtre au Japon

Mangoyémon emmène son fils, et, à vrai dire, la pièce semble finie; mais, semblable à un orateur qui ne fait pas grâce d’un argument, le dramaturge japonais ne peut se résigner à supprimer une scène inutile, pourvu qu’elle soit juste. A peine ont-ils fait quelques pas que le pauvre Djiyé veut revenir. « A quoi bon la revoir, puisque tu ne l’aimes plus? — Je veux encore l’accabler d’injures une dernière fois, je ne lui ai pas tout dit. » Il rentre, et cette fois il commence par des larmes : « Souviens-toi du passé, hélas! je t’aimais tant. » O’Haré ne peut l’entendre longtemps sans se troubler.
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George Bousquet Le Théâtre au Japon

«Dans le ciel, la lune brille comme un arc d’argent. — Semblable à la flèche, — ma vengeance portera aussi — mon nom au-dessus des nuages. » — Puis les deux princes et leurs kéraîs saisissent leurs armes, s’inclinent devant Manko et sortent. Soutenue par ses autres enfans, la mère essaie de les distinguer jusqu’au détour du chemin; à peine ont-ils disparu qu’elle fond en larmes. On baisse ou plutôt on tire la toile sur cette scène, à laquelle il ne manque qu’un baiser, chose aussi inconnue au théâtre qu’elle l’est dans la vie réelle au Japon.
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George Bousquet Le Théâtre au Japon

Les gestes sont à l’avenant. Le héros est-il en colère, ne cherchez ni Othello, ni même Triboulet : il écume, il rugit, il se démène, tombe épuisé pour se relever plus furieux, montre les dents, roule les yeux, s’arrache de vraies touffes de cheveux et se tord dans d’épouvantables convulsions, puis reprend encore haleine pour s’abandonner de nouveau au paroxysme de la rage. « Bien rugi, lion ! » semble s’écrier la foule, et forcément la toile tombe pour interrompre une pantomime sans conclusion, qui exténue l’acteur avant de lasser le public.
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