“ Quand elle le rencontrait, Lucy s’écartait de son chemin. — Vous n’aimez pas mon pauvre Snag, lui disait parfois Robert. — Ce n’est pas mon cousin, répondait en souriant l’aimable fille à qui l’amour enseignait la coquetterie. — Vous qui êtes si bonne pour tous, pourquoi êtes-vous dédaigneuse pour lui seul ? — Oh ! Robert, ne m’en veuillez pas ! s’écriait alors Lucy. J’ai froid au cœur quand le regard de Snag s’arrête sur moi ; son sourire est amer comme une raillerie, et lorsque dans mes promenades j’entends sa voix, je tressaille comme au cri de l’orfraie. ”
Grandville
Résumé
Cent Proverbes de Grandville est une compilation originale qui mêle proverbes, fables et récits brefs, où les animaux et les personnages humains incarnent des leçons morales. À travers des figures comme Jacquot, Guillot ou Robert, l’auteur explore des thèmes universels — amour, ambition, vertu — en s’appuyant sur des images tirées de la nature (étourneaux, chardonnerets, loup).
Chaque citation, souvent narrative, illustre une vérité populaire, comme le destin d’un berger ou la métamorphose d’un soldat. L’œuvre, proche des Contes de Noël ou des Proverbes classiques, offre une synthèse poétique et éducative, où le récit sert de support à des maximes percutantes.
Citations de Cent Proverbes (Grandville)
“ D’artiste qu’il était, Jacquot est devenu militaire ; c’est une vivandière qui en a fait l’acquisition. Le fifre qui crie, les tambours qui battent, les fusils qui résonnent, les étendards qui flottent, le canon qui gronde ; ce bruit, cet éclat ont ébloui Jacquot. Un autre se plaindrait d’être obligé sans cesse, par la pluie, par le froid, par la grêle, par l’orage, de suivre le régiment ; mais il est fier, lui, de marcher sous les drapeaux, d’affronter le péril, de porter sur son dos la gaie vivandière et ses provisions. ”
“ Le prince éprouva même une sensation voluptueuse que son sommeil du matin ne lui avait pas jusqu’alors procurée ; cette voix si fraîche et si pure le berça, et il dormit aux notes de la chanteuse, comme on dort au bruit des arbres, à l’écho d’une pluie d’été sur le feuillage ou aux mélodieux soupirs d’une fontaine. Mais il arriva qu’un matin la choriste ne chanta plus, ni ce jour-là, ni les jours suivants. Le prince eut beau appeler le sommeil de toute l’énergie de ses prunelles, le sommeil lui tint rigueur ; et cependant ses vœux étaient satisfaits. ”
