“ Guillot devint le plus riche fermier du Forest et en outre le plus heureux des époux ; Gillette effaçait toutes les autres fermières par sa beauté et sa fécondité : chaque année elle mettait au monde une fille, si gracieuse et si jolie qu’avant qu’elle eût atteint l’âge de sa première dent, les autres bergers lui avaient déjà adressé des sonnets, et toutes sortes de galanteries champêtres. Guillot eut ainsi successivement d’années en années jusqu’à neuf filles, qui furent comparées aux neuf Muses et baptisées sous des noms poétiques. ”
Guillot
Définition et enjeux
Le nom de « Guillot » incarne un motif récurrent dans la littérature et les proverbes français, oscillant entre le symbolisme agraire, l’humour satirique et l’analyse linguistique. Dès le XIXe siècle, des auteurs comme Grandville le présentent comme un fermier idéal, marié à une Gillette fertile, évoquant un idéal rural et poétique.
D’autres, comme Pierre-Marie Quitard, plongent dans l’étymologie, reliant le nom à l’expression « guiller » (tromper), suggérant une dimension ironique ou critique. Anatole France, quant à lui, le situe dans un cadre urbain, illustrant une figure sociale par l’humour. Ces approches variées révèlent une richesse sémantique liée à la terre, au langage et aux mœurs populaires.
Citations sur “Guillot”
“ Guillot rentrait chaque soir à la ferme couronné de fleurs et de rubans que lui donnaient les nymphes du Lignon ; on l’eût pris pour un dieu, tant il était vif, aimable, brillant. Lui, naguère pauvre et triste compteur de brebis, gardait maintenant son troupeau comme Apollon avait autrefois gardé celui d’Admète, avec des vers et des chansons. Robin le fermier avait une fille très-jeune et très-belle nommé Gillette, qui devint éperdument éprise de Guillot, et finit par déclarer à son père qu’elle n’aurait jamais que lui pour époux. ”
Pierre-Marie Quitard, Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français et le langage proverbial… (1860)
“ AITAL CUIA GUILAR QU'ES GUILAT. Tel pense tromper qui est trompé. On dit aujourd'hui : Qui croit guiller Guillot, Guillot le guille. Borel a prétendu que le proverbe français fut formé par allusion à un seigneur de l'Albigeois, nommé Guillot de Ferrières, homme très-rusé sous une apparence de bonhomie. Mais Borel s'est trompé en prenant pour l'origine du proverbe l'application qui en fut faite à ce seigneur. Le nom de Guillot fut choisi pour l'allitération, et à cause de sa ressemblance avec le verbe guiller, dont il contient la racine guil, tromperie. ”
