“ Quand elle le rencontrait, Lucy s’écartait de son chemin. — Vous n’aimez pas mon pauvre Snag, lui disait parfois Robert. — Ce n’est pas mon cousin, répondait en souriant l’aimable fille à qui l’amour enseignait la coquetterie. — Vous qui êtes si bonne pour tous, pourquoi êtes-vous dédaigneuse pour lui seul ? — Oh ! Robert, ne m’en veuillez pas ! s’écriait alors Lucy. J’ai froid au cœur quand le regard de Snag s’arrête sur moi ; son sourire est amer comme une raillerie, et lorsque dans mes promenades j’entends sa voix, je tressaille comme au cri de l’orfraie. ”
Grandville
Élements biographiques
Jean-Jacques Grandville, pseudonyme de Jean Ignace Isidore Gérard (1803-1847), fut un caricaturiste, illustrateur et lithographe français dont l’œuvre allie satire sociale, symbolisme et anthropomorphisme. Réputé pour ses créatures hybrides mi-humaines mi-animaux, il dénonça les vices et absurdités de son époque dans des séries comme Les Métamorphoses du jour (1828-1829).
Son style, marqué par l’humour et l’ironie, eut une influence durable sur des générations d’artistes, tandis que ses illustrations de classiques tels que Les Fables de La Fontaine ou Gulliver soulignèrent son rôle pionnier dans l’illustration littéraire.
Citations de Grandville
Grandville,
Cent Proverbes
(18..)
“ Depuis lors ; si l'homme boit une coupe de vin, il devient caressant, aimable; il a la douceur de l'agneau. Deux coupes le rendent vif, folâtre ; il va sautant et gambadant comme le singe. Trois lui communiquent le naturel du lion ; il se montre fier, intraitable; il veut que tout lui cède, il se croit une puissance, il se dit en lui-même : « Qui peut m'égaler ? » Boit-il davantage, il perd le bon sens, il est incapable de se conduire, il se roule dans la fange, il n'est plus qu'un immonde pourceau. De là ce proverbe des sages : Le vin entre et la raison sort. ”
“ D’artiste qu’il était, Jacquot est devenu militaire ; c’est une vivandière qui en a fait l’acquisition. Le fifre qui crie, les tambours qui battent, les fusils qui résonnent, les étendards qui flottent, le canon qui gronde ; ce bruit, cet éclat ont ébloui Jacquot. Un autre se plaindrait d’être obligé sans cesse, par la pluie, par le froid, par la grêle, par l’orage, de suivre le régiment ; mais il est fier, lui, de marcher sous les drapeaux, d’affronter le péril, de porter sur son dos la gaie vivandière et ses provisions. ”
