Jean-Baptiste Boyer d’Argens

Jean-Baptiste Boyer d’Argens

Résumé

Portrait de Jean-Baptiste Boyer d’Argens Jean-Baptiste Boyer d’Argens Lettres juives

Je laisse à part le mystere incompréhensible de l’action de notre ame sur notre corps, dont je crois qu’on doit rapporter le pouvoir à un perpétuel miracle de l’auteur de la nature. Or, si le principe qu’un corps ne peut être mis en mouvement que par l’impulsion d’un autre corps est évident ; comment se peut-il faire qu’une chose qui ne peut agir, qui n’a aucun pouvoir sur une autre, puisse lui communiquer quelque vertu ? Pour qu’un talisman, un charme, un enchantement agisse, il faut qu’il puisse déterminer la chose sur laquelle il doit agir, à faire tel mouvement ou tel autre.
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Croirois-tu, mon cher Isaac, que dans un pays où la galanterie & l’amour ont autant de pouvoir, les richesses déterminassent presque toujours les faveurs des belles. Il en est peu d’entre elles qui résistent à des discours soutenus par beaucoup de louis. Je suis assuré qu’il est plus de cœurs à Paris qui se vendent, qu’il n’en est qui se donnent. Les femmes ne veulent pas convenir de cette vérité. Elles affectent au contraire un mépris infini pour celles qu’on soupçonne d’aimer plus par intérêt que par tendresse. Mais telle qui blâme une de ses amies, suit souvent la maxime qu’elle condamne.
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Si un bon roi doit être le pere de ses sujets, ils doivent avoir pour lui la soumission des enfans : les devoirs des uns sont aussi sacrés que ceux des autres. Aussi voit-on que tout prospere, que tout réussit, que tout abonde dans une monarchie où le prince confond ses intérêts avec ceux de son peuple.
Quand on donne à un souverain le titre de grand, d’auguste, d’invincible, je regarde tous ces noms-là comme des marques d’une ambition démesurée, comme des blessures cachées dont l’état se ressent par la dépense que lui a coûté son prince, avant que d’acquérir une gloire aussi mal fondée.
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