Jean de Seillon

Résumé

Jean de Seillon Revue des Deux Mondes

Au milieu de ses hautes futaies, le saint couvent de la très grande Lavra, — le plus ancien des monastères, — dort, semble-t-il, pour l’éternité. La montagne sacrée s’enveloppe d’un silencieux et troublant mystère, et l’on sent près d’elle peser sur l’âme recueillie les méditations accumulées de dix siècles.
Le Diderot, géant d’acier aux cinq cheminées, s’est présenté à la pointe extrême du promontoire, au pied même de l’Athos, afin de choisir, soit à l’Est soit à l’Ouest, suivant le temps, un point propice au débarquement.
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Jean de Seillon Revue des Deux Mondes

Nul ne se départit de son silence ou de sa nonchalante méditation. Il est vrai que nous arrivons à l’heure où les religieux prennent leur sommeil. O surprise ! Tandis qu’à la suite de l’archimandrite nous marchons sur des rameaux de lauriers, tandis qu’à la porte massive un moine nous encense, la « simandra » de bronze grave et lente fait entendre sa voix à tous les échos de la montagne. Et il semble que la vie vient de ressusciter, que l’Hagion Oros s’éveille au matin d’un Noël joyeux. Illusion ! Ici la vie ne meurt ni ne s’éveille ; la vie s’immobilise dans une contemplation éternelle.
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Jean de Seillon Revue des Deux Mondes

Lorsqu’à la ligne de faite, près d’une croix marquant la rencontre de chemins, nous laissons souffler nos bêtes, Karyès, la ville des noyers, se montre comme une fiancée d’Orient toute voilée, sur un coussin de chênes rouilles, de noyers jaunis, de châtaigniers bruns et de lugubres cyprès. Une glissade de nos mulets nous y conduit rapidement.
Karyès ! Oh ! la singulière petite cité ! Village de montagne, agglomération de couvents, colonie religieuse ? on ne sait au juste. Il y règne le mystérieux silence de l’Athos et l’onctuosité dévote d’un monastère.
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