Résumé

Portrait de Judith Gautier Judith Gautier Les Cruautés de l’Amour

Pavel retint ses chevaux.
— Adieu, cher André, adieu ! dit Clélia, ne m’oublie pas. Je penserai souvent à toi.
— Voyez donc, quel temps radieux, dit-il ; l’air sent bon, le soleil brûle ; on dirait un jour de fête. N’est-ce pas un bon présage pour le départ ?
— Que veulent dire ces paroles incohérentes ? perds-tu l’esprit, André ? s’écria Clélia.
Le jeune homme sourit.
— Ah ! si j’étais fou ! dit-il.
— Mais, qu’as-tu ? Ton regard est effrayant...
— Adieu ! cria-t-il. Adieu, ma belle fiancée !
Et il s’enfuit à travers champs.
— Que saint Serge nous protège !
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Portrait de Judith Gautier Judith Gautier Les Cruautés de l’Amour

Chaque feuille de mon jardin me rappellera le passé ; chaque pieu de la palissade sera un poignard pour mon cœur.
— Aimes-tu mieux me voir l’époux d’une autre femme, Lon-Foo ? Ne vois-tu pas ce que je souffre ? Je te quitte pour me garder à toi. Quelque temps de douleur, puis le bonheur de toute la vie.
— Qui sait si celui qui part reviendra jamais ? dit Lon-Foo en sanglotant ; qui sait si lorsqu’il reviendra celle qui reste sera là encore ?
— Que veux-tu que je fasse ? dit Li-Tso-Pé, gagné par les larmes ; parle, ma bien-aimée. Je resterai si tu l’ordonnes.
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Portrait de Judith Gautier Judith Gautier Les Cruautés de l’Amour

Tout tremblant, il saisit la bienheureuse branche au travers du treillage, et, en la baisant, il se mouilla le visage de rosée.
Rentré chez lui, il se tint à peu près ce discours :
— Je suis amoureux, c’est un fait. Puis-je encore arracher cet amour de mon cœur ? Je ne le crois pas. Et, d’abord, pourquoi voudrais-je l’arracher, cette fleur charmante qui me parfume et m’enivre ? Ne vaut-il pas mieux la cultiver, la soigner, afin que l’arbuste devienne un arbre superbe qui abritera ma vie ? Tout cela veut dire que tu vas te marier, mon bon Maurice ! s’écria-t-il avec un désespoir comique.
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