“ Elle attendait, sans autre projet défini dans l’esprit que celui de se disculper en évitant, si possible, de trahir Jules. Toutes les cordes de sa volonté et de son amour se tendaient dans un suprême effort. Une seconde passa ainsi, une seconde d’attente intense : elle passa brève comme l’éclair et Catherine se sentit libre. Jérôme tenait à la main la boîte vide et il la secouait stupéfait, tandis que d’une voix étranglée que Catherine n’avait jamais entendue, il répétait : — L’argent n’y est plus !... l’argent n’y est plus ! — On t’a menti, balbutia Catherine éperdue. ”
Eugénie Pradez
Résumé
Les Ignorés, de Eugénie Pradez, explore les tensions émotionnelles et les dilemmes moraux à travers les destins entrelacés de personnages comme Jérôme, Catherine et Suzanne. Les thèmes de la trahison, de l’amour et des regrets s’inscrivent dans un cadre où la forêt, le silence et le cœur incarnent la complexité humaine.
Les passages révèlent des conflits intimes, comme celui entre Jérôme et Catherine, ou les doutes de Suzanne face aux décisions de son mari. Publié dans un contexte littéraire marqué par l’analyse psychologique, l’œuvre mêle réalisme et introspection pour dépeindre les enjeux de la vie quotidienne.
Citations de Les Ignorés (Eugénie Pradez)
“ Elle se disait que des jours et des jours s’étaient entassés sur les événements du passé et que personne n’y pensait plus. Ce qui brûlait autrefois son propre cœur en lui faisant si mal, cela aussi s’était éteint comme un feu qui meurt doucement quand il a consumé son combustible, et que rien du dehors ne vient plus l’alimenter. Tout le long du chemin, elle se répéta : — Personne n’y pense plus, non, personne, autrement Rose Charpon me l’aurait assez dit. Tout l’après-midi se passa sans que Rose aux aguets derrière son comptoir vît reparaître la silhouette de Suzanne. ”
“ Suzanne tressaillit. C’était donc vrai qu’il aurait le courage d’aller jusqu’au bout, de jeter, derrière lui, pour complaire au souvenir d’un mort et à ses propres exigences, à elle, tout ce qu’un cœur jeune, passionné, avide de joies honnêtes, réclamait de la vie. Il piétinerait sur sa propre existence pour satisfaire des vanités étrangères, en brave, sans regarder en arrière et sans un mot de reproche à personne. Elle le prit brusquement par les deux épaules et le secoua : — Pourquoi mens-tu ? dit-elle suffoquée, ce n’est pas vrai... ce n’est pas tout ! ”
