Jeanne Schultz

Résumé

Jeanne Schultz La neuvaine de Colette

Je ne sentais plus aucune force dans mes membres, et, petit à petit, il me semblait que mon cœur s’en allait en eau comme la neige qui fondait sous mes doigts et qu’on retirait pièce à pièce tout ce que j’ai coutume de sentir dans ma tête, tant elle se faisait vide...
A part cela, d’ailleurs, la situation n’était pas désagréable ; la profondeur de mon trou m’abritait de la rafale, et ma couche, malgré sa fraîcheur, était molle ; si molle même que je m’y enfonçais toujours davantage, et que, par petites poudrées, d’autres flocons me recouvraient comme une morte qu’on ensevelit doucement.
Source : Gutenberg

Jeanne Schultz La neuvaine de Colette

Cet accident qui m’abat sur la grand’route, ce vieux château où on me transporte évanoui, cette jeune fille qui me veille nuit et jour, arrosant mon lit de ses pleurs, tout ça te grise et te transporte ; tu me vois épris, fou d’amour, agenouillé aux pieds de ma belle, autant qu’homme qui a la patte cassée peut s’agenouiller, bénissant les chemins impraticables, parce que cette solitude à deux est une joie, aimant mes misères, parce qu’elles m’ont donné l’accès d’Erlange, et l’hiver, parce qu’il fait notre nid d’aigle imprenable et inaccessible aux jaloux et aux curieux.
Source : Gutenberg

Jeanne Schultz La neuvaine de Colette

Mon cœur se serra ; je compris que c’était tout, et, pendant que je sortais de la chambre, j’entendis la voiture commandée pour M. de Civreuse qui roulait dans la cour. Je me sauvai dans mon refuge, mon dessin en main, et là, une fois seule, je me mis à le regarder. Seulement, au lieu de rire comme un instant avant, je sentis que mes larmes coulaient sur ce nez invraisemblable et sur ces moustaches hérissées que M. Pierre s’était faits, et c’était bien naturel, car il était symbolique, ce dessin, et il ressemblait à mon héros comme la réalité ressemblait à mon rêve.
Source : Gutenberg

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature