Jules de La Madelène

Résumé

Jules de La Madelène Revue des Deux Mondes

Pour couper court à ces doléances, le Sendric avança de deux heures le diner ; tante Laurence n’avait plus faim. — Eh ! eh ! vous êtes bien pressé, vous ! Il paraît que le chagrin sous aiguise l’appétit. Pour un homme dans l’affliction, vous avez les dents longues, père Sendric. Moi, je ne suis pas comme vous, j’aime une vie réglée pour mes repas comme pour tout ; mais ici je ne suis pas chez moi, et certes on me le fait bien sentir : on me traite comme une enfant, on me change mes heures sans me consulter, de force on voudrait me rompre mes habitudes. À mon âge, c’est mortel.
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Quel grand simple que ce père Sendric ! quel innocent ! Ce n’est pas un homme. Sans sa Damiane il se croit perdu. Qu’elle s’écarte d’une minute, il n’a plus sa tête : il est muet, il est sourd, le voilà dans la lune. Toujours cette Damiane, cette Damiane ! Loin d’elle, vous êtes un corps sans âme.
— Ah ! la Damiane est une maîtresses-femme ! dit le Mitamat en hochant la tête.
— Elle a bien ses vertus, dit la tante.
— Oui, certes, et sur ma foi ! tante Laurence ! A qui le dites-vous ? La Damiane et moi nous sommes comme les deux doigts de la main.
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Un garde à la Pioline, dans l’esprit de Mlle Blandine, c’était une de ces fantaisies qu’on ne discute même pas, quelque chose d’analogue à ces caprices d’enfans qui demandent la lune.
— Un garde ! dit le lieutenant, tiens, c’est une idée ! La Zounet, tu m’ouvres l’esprit. Sergent Tistet, je vous nomme garde général, et dès demain vous irez prêter serment à la justice de paix. Allez vider le capharnaüm de Mlle Blandine ; c’est là que nous installerez votre lit : mettez le tout dans le grand coffre.
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