“ La population est laborieuse, active, entreprenante ; l’esprit est vif, le caractère est aimable, la liberté dont les femmes y jouissent n’y amène pas plus d’irrégularités et de désordres que dans le sein de sociétés plus sévères en apparence, et qui affichent de plus grandes prétentions à une haute moralité. Il règne à Buenos-Ayres, comme à Montevideo, une égalité vraie entre toutes les classes de la population, qui a au moins l’immense avantage de ne laisser aucune prise aux préjugés de caste et d’effacer jusqu’aux conséquences ordinaires de l’inégalité des fortunes. ”
Résumé
Les deux rives de la Plata, œuvre anonyme du XIXe siècle, explore les tensions politiques et sociales des bords du fleuve Plata, entre Buenos-Ayres et Montevideo. À travers des descriptions percutantes de la vie urbaine, des institutions corrompues par le despotisme de Rosas et l’influence européenne, l’auteur dévoile un paysage social marqué par l’inégalité, la peur et l’exode.
Les citations révèlent une critique acerbe de la dégradation morale sous le régime autoritaire, tout en soulignant l’ambivalence des villes, à la fois cosmopolites et prisonnières de leur propre désordre. L’ouvrage, publié dans un contexte de conflits régionaux et de rivalités internationales, reste un témoignage précieux sur les enjeux de l’Amérique latine à l’époque.
Citations de Les deux rives de la Plata ()
“ Nulle ombre de justice, nous ne disons pas de justice politique, mais même de justice civile, parce que le séquestre d’un grand nombre de propriétés appartenant à des personnes ennemies ou suspectes fait entrer la politique dans les moindres affaires, et paralyse presque toutes les transactions, soit entre les fils du pays, soit entre eux et les étrangers. En un mot, toutes les institutions sont faussées par un despotisme tel qu’il n’en a peut-être jamais existé de semblable, en ce qu’il s’applique à une petite société, et que rien ni personne ne peuvent échapper à sa redoutable action. ”
“ À l’extrémité de la galerie que nous avons appelée le Palais-Royal de Buenos-Ayres, est une maison de magnifique apparence, éclatante de blancheur, et le joli clocher de l’église de San Francisco, qui fait pour ainsi dire pendant au dôme de la cathédrale, ajoute à l’effet de la scène. Malheureusement l’affreuse prison, surmontée du bonnet phrygien, si nos souvenirs ne nous trompent pas, comme pour faire de l’emblème de la liberté une amère dérision, dérange bien vite la rêverie du poète ou de l’artiste, et ramène brusquement la pensée vers la terre. ”
