Résumé

Portrait de Louis de Carné Louis de Carné De la misère païenne et la misère chrétienne

Dans les sociétés antiques, la grande majorité des êtres vivans était comme retranchée de la condition humaine. Étrangère à tous les rites de la religion, à tous les droits de la cité, de la propriété et de la famille, chargée du double poids de tous les travaux et de tous les opprobres, ne pouvant d’ordinaire s’élever jusqu’à la liberté qu’au prix des services les plus infâmes, cette masse d’hommes sans Dieu, sans ame et sans patrie, avait ouvert au sein de la société romaine un gouffre de corruption, de dépopulation et de misère dans lequel celle-ci ne pouvait manquer de s’engloutir.
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Jamais, on le voit, le droit à l’assistance, présenté de nos jours comme une nouveauté, jamais la taxe des pauvres, devenue le régime économique normal de l’Europe non catholique, ne reçurent une plus colossale application que dans cette société, qui ne vivait au pied de la lettre que de la sportule et de l’annone. Ce régime n’était pas particulier à la société romaine : il avait été celui du monde païen tout entier. Dans les républiques helléniques, le travail n’était pas réputé moins flétrissant qu’à Rome, et l’esclavage n’était pas fondé sur une croyance moins ferme et moins universelle.
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Les siècles de foi ont été des siècles de charité, et les prodiges de celle-ci ne sont pas moins attestés que les miracles de celle-là il n’est pas une douleur du corps, pas une souffrance de l’ame, depuis la faim jusqu’à la folie, depuis le crime jusqu’au désespoir, pour lesquelles des ames héroïques n’aient ouvert des asiles et n’aient prodigué leur vie, leur jeunesse, leur fortune
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