Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar

Résumé

Portrait de Marguerite Yourcenar Marguerite Yourcenar Le Jardin des chimères

Dans la Mer Égée, sur les bords de l’île qui fut plus tard nommée Icaria.
Le soir vient. — L’amas des rochers polis par les vagues se détache dans la chaude lumière crépusculaire, enveloppé d’une brume dorée qui en efface les contours. La mer est calme à l’infini, avec la transparence glacée des grandes profondeurs. Pas un nuage au ciel, pas une ride sur l’eau décolorée où se reflète le dernier sourire du jour qui décline. — Le silence a cette limpidité qui rend les voix plus sonores ou plus hésitantes. — On ne voit pas le soleil.
Icare est étendu au bord des rochers, sur un lit d’algues.
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Portrait de Marguerite Yourcenar Marguerite Yourcenar Le Jardin des chimères

VOIX LOINTAINES, se perdant dans la nuit.
Dionysos !...
ICARE.
Dionysos !...Entends-tu les Bacchantes ?
RHODÉIA.
Non ! Non ! N’écoute pas leurs chansons éloquentes
Célébrer la fureur, l’ivresse et le danger !
Ne les regarde pas traverser le verger !
Laisse-les s’éloigner !
ICARE.
Laisse-les s’éloigner !Quand sourira l’aurore ?
RHODÉIA, se soulevant à demi et regardant vers la mer.
Le ciel est encor noir et la mer sombre encore.
VOIX LOINTAINES.
Iô !
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Portrait de Marguerite Yourcenar Marguerite Yourcenar Le Jardin des chimères

La mer Égée scintille dans la lumière, les Cyclades émergent des flots l’une après l’autre, pareilles à un chœur d’Océanides pétrifiées dans leur danse par quelque subite apparition méduséenne. Plus loin, c’est la masse rocheuse du Péloponèse, l’Attique ensoleillée, les Sporades, et plus loin encore, au delà de Samos et de Lesbos, la Troade, les colonies, ioniennes, l’Asie... De tous les points de l’horizon, des appels, d’abord confus, puis de plus en plus forts, parviennent à Icare et finissent par étouffer la voix stridente des Vents.
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