Marguerite Yourcenar,
Le Jardin des chimères
“ Dans la Mer Égée, sur les bords de l’île qui fut plus tard nommée Icaria. Le soir vient. — L’amas des rochers polis par les vagues se détache dans la chaude lumière crépusculaire, enveloppé d’une brume dorée qui en efface les contours. La mer est calme à l’infini, avec la transparence glacée des grandes profondeurs. Pas un nuage au ciel, pas une ride sur l’eau décolorée où se reflète le dernier sourire du jour qui décline. — Le silence a cette limpidité qui rend les voix plus sonores ou plus hésitantes. — On ne voit pas le soleil. Icare est étendu au bord des rochers, sur un lit d’algues. ”
