René Fernandat

Résumé

René Fernandat Voyage au purgatoire : poèmes (1934)

O supplice infini que la vaste rumeur Des flots, qui, sans pitié, viennent battre mon cœur! Ils me redisent tous les mots dont, sur la terre,
Mon amour a souvent caressé le mystère,
Tous les gémissements liés à mes désirs Et le rêve émané de mes tendres soupirs...
Je reste seul... l'écoute, et la vague amoureuse A les bondissements de la jeunesse heureuse,
Son mobile caprice, innocemment pervers,
Et ses cris arrachés à l'âme du désert.
Est-ce donc que la mer visite ses rivages,
Et baise, dans la nuit, leurs humides visages,
Car la terre est mêlée à ses glauques cheveux!
Source : Gallica

René Fernandat Voyage au purgatoire : poèmes (1934)

Et, tout à coup, Orphée eut au fond des regards L'image d'un bonheur plus grand que l'âme humaine, Où vit l'humble vertu qui gémit dans nos veines,
A l'heure où nous buvons le poison des hasards.
Alors il s'enivra de la sainte douleur,
Qui rend l'homme pareil à l'Infini splendide,
Il fut du sacrifice amoureux et avide,
Et sa torture était d'une étrange douceur.
Quand il eut dit à Dieu « Je vous préfère à tout Et je vous donne tout, tout et même Eurydice », Son cœur, alors, goûta le plus affreux délice Où le bonheur triomphe au sein du noir dégoût.
Source : Gallica

René Fernandat Voyage au purgatoire : poèmes (1934)

En songeant au soleil qui luit sur ma poussière. Seigneur, écoutez-moi! tout seul, je suis tout seul, Et mon corps même est solitaire en son linceul... Mon ombre est lourde, ô ciel! plus que la voûte obscure, Et sur tout l'océan s'étale ma souillure,
Comme tout le désert s'emplit de mon remords... Oh! ne me laissez point regretter que la mort N'ait pas détruit mon âme, obstinément vivante, Qui fait monter vers vous sa flamme étincelante,
Où se consument son amour du vieux péché
Et les tristes liens qu'on ne peut arracher Qu'avec le fer sacré de la grâce divine...
Source : Gallica

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