“ Robert abrita ses yeux du jour livide : — « C’est bien celui que vous avez rencontré ? » — « C’est bien lui : la nacelle ne se voit pas. Et si ce n’était lui, que ferait-il, là, sans bouger, à l’affût derrière son nuage ?... — « Hum ! » fit Robert, puissamment intéressé. — « ... Car il est derrière le nuage », continua Maxime. « C’est son ombre portée que nous apercevons. Ce n’est que son ombre sur une volute. Ils se croient invisibles. Ils ne se doutent pas que leur ombre les trahit... Allons ! reconnaissez que j’avais raison ! » ”
Maurice Renard
Résumé
Publié en 1910, Le Péril bleu de Maurice Renard combine science-fiction, intrigue policière et satire dans un cadre bourgeois. L’histoire suit les disparitions mystérieuses dans le Bugey, attribuées aux Sarvants, des créatures invisibles vivant dans la haute atmosphère.
À travers l’enlèvement de la fille d’un astronome, le roman examine l’existence d’une civilisation avancée, observant les humains comme des spécimens. Le dénouement révèle une réflexion sur la souffrance et la moralité, avec des Sarvants finalement plus humains que les humains. Ce texte, original dans sa vision non anthropomorphique, marqua l’anticipation scientifique de l’époque.
Citations de Le Péril bleu (Maurice Renard)
“ Pouvait-on n’être pas seul en l’absence à jamais de Marie-Thérèse ?... Il tendit vers le ciel des Sarvants la menace et la vanité de ses poings, et tout à coup lui vint une ivresse d’amertume, un désir forcené de souffrance et de sanglots. « Ah ! » songeait-il comme un enfant gâté. « On veut que je sois malheureux ! Ah ! on le veut ? Eh bien, je le serai, malheureux ! et même au delà de ce qu’on veut ! » Ainsi l’homme prétend toujours avoir raison de sa destinée. Pour endeuiller encore son effroyable solitude, le duc pensa donc à s’ensevelir au noir linceul de l’obscurité. ”
“ « Voyez-vous quelque trace d’outils ? de pas ? » questionna M. Le Tellier. « Moi, non. » — « Rien ; comme toujours », répondit Robert. Et il ajouta : « Dites donc, monsieur Maxime, tout de même, réfléchissez : quand il s’agit d’animaux et d’êtres humains, les Sarvants ne sont pas très difficiles non plus sous le rapport de la qualité, voyons ? Ils raflent n’importe quelle femme, un homme quelconque, le premier chat venu et des tas de lapins sans valeur, sauf des exceptions qui semblent dues au hasard... Avouez-le. C’est bien cela que vous pensez, en y réfléchissant ? C’est bien cela ? » ”
