“ Ni les blessures ni le sang même ne feront plus frémir; ce n'est plus de la douleur, ce n'est plus de la mort, c'est une offrande au Dieu des armées; nul regret, nulle incertitude, ne se mêlent alors aux résolutions les plus désespérées; et quand le cœur est entier dans ce qu'il veut, l'on jouit admirablement de l'existence. Dès que l'homme se divise au dedans de lui-même, il ne sent plus la vie que comme un mal; et si, de tous les sentiments, l'enthousiasme est celui qui rend le plus heureux, c'est qu'il réunit plus qu'aucun autre toutes les forces de l'âme dans le même foyer. ”
Résumé
Recueillis et annotés par G. Feugère, Morceaux choisis des écrivains contemporains constitue une anthologie pédagogique destinée aux classes supérieures de l'enseignement classique. Ce recueil, mêlant prose et poésie, explore les thèmes de l'enthousiasme, de la destinée et de l'imagination à travers des extraits de figures comme Augustin Thierry, Mme de Staël ou André Chénier.
Les textes mettent en lumière la force de la poésie pour exprimer les émotions humaines, la tension entre souffrance et joie, ainsi que la méditation sur l'Europe et l'histoire. L'ouvrage, structuré autour de citations percutantes, vise à susciter la réflexion sur l'âme humaine et ses paradoxes, en soulignant la dualité entre création et souffrance.
Citations de Morceaux choisis des écrivains contemporains à l'usage des classes supérieures de l'enseignement classique et spécial… ()
“ Chez les modernes, la poésie lyrique a souvent traduit ces sentiments avec force et éclat. Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est la variété de tons et d'accents que peut revêtir une même pensée. L'énigme de notre destinée qui jette Lucrèce dans un sombre athéisme inspirera le scepticisme railleur de Byron, le doute découragé d'Alfred de Musset, les plaintes éloquentes de M. de Lamartine, et fera jaillir du cœur et des lèvres du chrétien un acte de foi et d'amour envers la Providence qui n'a entouré d'ombre ce grand mystère que par respect pour la liberté humaine. ”
“ Elle est juste l'art opposé à la sculpture, qui porte moins vers l'infini, parce que tout en elle est arrêté avec la dernière précision. Telle est la force et en même temps la faiblesse de la musique ; elle exprime tout et elle n'exprime rien en particulier. La sculpture, au contraire, ne fait guère rêver, car elle représente nettement telle chose et non pas telle autre. La musique ne peint pas , elle touche ; elle met en mouvement l'imagination, non celle qui reproduit des images, mais celle qui fait battre le cœur, car il est absurde de borner l'imagination à l'empire des images1. ”
