“ Trois heures après, je roulais vers Amiens, et, à Oury, je dépassais les camions de la division si impatiemment attendue. Nous les annonçâmes dans la ville où, parmi la désolation d’une cité désertée, les derniers habitants suffiraient. Au centre de la ville, l’admirable cathédrale, — fermée, muette, silencieuse, en ce terrible Vendredi saint, — émergeait de ses sacs de terre, comme la borne splendide où se briserait la ruée des Barbares. ”
Résumé
“Revue des Deux Mondes”, est une œuvre de X. Des thèmes tels que Montdidier, divisions ou Noyon y sont abordés.
Citations de Revue des Deux Mondes (X)
“ Et c’est déjà merveille que, de toute part, des divisions, des corps puissent quitter les secteurs que, d’Alsace en Champagne, naguère ils défendaient, pour arriver en quelques heures sur ce champ de bataille où contre eux vont se briser les formidables forces de l’Allemagne. Quant aux Anglais, ils continuent à prêter un concours précieux, quand on le peut diriger, mais intermittent et parfois incertain : vaillants soldats qui tiennent où on les a mis, mais qu’on ne rencontre point partout où on les compte trouver. ”
“ Si, ayant encore atteint d’un bel élan leurs objectifs, ces soldats durent se replier, ils avaient retenu sur notre front des troupes qui, portées vers l’Ouest, — où, nous le verrons, Debeney avait affaire à des forces écrasantes, — eussent peut-être mué en victoire l’échec que finalement les Allemands allaient essuyer. C’est dans ce dessein que le général Humbert prescrivait pour les jours suivants une défensive, mais une défensive « agressive, » — ce qui est de son tempérament, — destinée à « donner à l’ennemi l’impression qu’il est sous la menace imminente d’une attaque. » ”
“ Une brèche profonde se fait entre la gauche d’Humbert et la droite (placée à l’Ouest de Montdidier) de cette armée Debeney qui, à peine s’installant, est ainsi mise en péril. Les Allemands poussent, poussent encore et toujours poussent. Ils atteignent Fescamps, ils atteignent Piennes, les voici courant vers Rollot au Sud-Est, vers Rubescourt au Sud-Ouest. Montdidier tombe. Mais c’est fini. A force de s’allonger, le flot s’est par trop aminci ; la masse allemande engage une pointe ; elle se heurte au Sud de Montdidier à un barrage reformé. ”
“ LES VEXATIONS Ce qui fait bien comprendre la vie si étouffante que nous menions à Bruxelles, c’est la série des petites vexations quotidiennes qui ajoutaient leur poids à la pression morale que l’envahisseur ne cessait d’exercer sur nous, dans l’espoir de nous amener, — telle était son illusion, — à capituler ! Les proclamations affichées sur nos murs et les journaux que nous appelons « embochés, » parce qu’ils sont soumis à la censure allemande, distillent un venin qu’ils tâchent de répandre sournoisement jusque dans la pensée et dans les cœurs... ”
“ Sans doute depuis qu’elle nous a envahis, l’Allemagne est devenue notre ennemie. Menacés par elle dans notre existence, nous la combattons avec toute l’âpreté d’un patriotisme enraciné. A elle, nous ne devons rien. En revanche, l’Allemand, sujet de droit, justiciable de nos tribunaux, est sacré à nos yeux. Qu’il comparaisse devant nos juridictions civiles ou répressives, il peut être rassuré, il ne connaîtra ni déni de justice, ni parti pris, ni malveillance, ni vexations... ”
“ Et derrière la ligne, tous les jours mieux tenue, Debeney organisait ses réserves grossissantes. Si l’assaut se produisait, l’ennemi trouverait maintenant non plus des troupes forcément tâtonnantes, mais une ligne de résistance rationnellement et méthodiquement organisée. Notre aviation continuait sur les gares de Rosières, de Chaulnes, de Roye, de Nesle, de Guiscard, de Ham son impitoyable travail, paralysant, ainsi que notre artillerie à longue portée, la marche de l’ennemi, et celui-ci, dans la journée du 2 avril, semblait peu tenté de reprendre ses assauts. ”
“ Quoi qu’on fasse, on est écrasé par lui, on sent l’ennemi chez soi, partout, on subit avec le même dégoût ses arrogances, ses platitudes, sa piètre mentalité ; on souffre quand il triomphe de ses victoires, quand il espionne, quand il fusille, quand il resserre de plus en plus étroitement la geôle. Le temps, au lieu d’alléger la peine, sert au contraire à l’appesantir de plus en plus. Pendant vingt-sept mois, sans relâche, j’ai ressenti une impression d’étau, un cercle de fer qui me serrait les tempes, un mal poignant qui m’étreignait le cœur. ”
“ On y déposa des couronnes en l’honneur des enfans de la Belgique qui combattent aujourd’hui pour notre indépendance et tombent tous les jours au champ d’honneur ; on y jeta des fleurs en masse, en dépit des nombreuses sentinelles, baïonnette au canon, qui gardaient la place et les rues avoisinantes. Des patrouilles circulaient partout. Des mitrailleuses étaient en batterie dans le cœur même de la ville... Mais le silence, un silence religieux régnait dans la foule, et il était aussi imposant que la bruyante manifestation de Sainte-Gudule. ”
“ La Somme, après Saint-Simon et Ham, file soudain vers le Nord jusqu’à Péronne : par-là, elle découvre une poche énorme, qui jusqu’à la vallée de l’Avre, à l’Ouest, est une vaste arène ouverte à l’invasion : Roye, Chaulnes, Rosières-en-Santerre sont des cités en pays presque plat. La Somme, coulant de Péronne à Amiens, borne à peine au Nord cette arène, tant sont basses ses collines. Mais près d’Amiens elle reçoit l’Avre qui, en revanche, peut constituer, au Sud d’Amiens, une ligne de défense : c’est l’Avre qui, tenue par les troupes de Debeney, arrêtera de ce côté l’invasion. ”
“ On arrivait au septième jour de la bataille et la résistance acharnée des troupes françaises jetées le 23 dans l’action avait produit un premier effet : l’ennemi, contrarié après une première avance victorieuse, n’avait plus l’élan des premières heures. A l’Est, il allait être arrêté net : le général Pellé, établi du Piémont au Mont Renaud, allait faire maintenant solide barrière. A l’Ouest, l’Allemand avait évidemment le champ plus libre : de Péronne et Ham, il avait gagné Chaulnes, gagné Nesle, gagné Roye, et son élan allait le porter jusqu’à Montdidier. ”
“ L’ennemi le reconnaît. Avec quel souci un soldat allemand écrit : « Nous avons à présent devant nous les Français Ils se défendent comme des insensés. » Grâce à leur héroïque résistance, dirigée de haut avec une inlassable énergie par les grands chefs que nous avons nommés, le triple échec des Allemands avait été, en dix jours, consommé. Humbert avait, appuyé sur Pellé et Robillot, barré la route de Paris, Debeney celle d’Amiens ; et, à travers maintes vicissitudes, la liaison sans cesse rompue avec nos Alliés était, — en un de bataille, — assurée. ”
“ Le moral de la nation en avait reçu un heureux coup de fouet. Il fallait attaquer en 1918. Fort de sa supériorité numérique momentanée, des nouvelles méthodes expérimentées en Russie, du matériel ramené du front oriental, de la foi, défaillante après Verdun, mais ranimée après Brest-Litowsk, de la nation, fort aussi de l’immense erreur qui avait fait rejeter par l’Entente l’unité de commandement et la doctrine de l’interpénétration, l’état-major se croyait plus sûr encore de la victoire qu’a la veille de sa grande défaite de la Marne. ”
“ Déchaînée entre Oise et Somme, la bataille pouvait prendre une ampleur tout autre que dans la trouée de Reims ; car si elle réussissait à sa gauche, dans la vallée de l’Oise, tout en donnant à l’assaillant une chance de voir, par suite d’un grave accroc, s’ouvrir devant lui la route de Paris, elle permettrait par un rabattement à droite de rejeter les troupes britanniques vers le Nord, de consommer la rupture des deux armées française et anglaise et, tandis que la bataille ferait rage au Nord de Noyon, d’essayer de s’engouffrer dans le trou créé entre Lassigny et Amiens. ”
“ La 9e s’est héroïquement opposée jusqu’à midi aux progrès de l’ennemi, jetant son 82e d’infanterie à l’attaque, reprenant du terrain, n’en perdant que sous d’irrésistibles pressions. L’ennemi pousse, bourre ; nos unités semblent à certain moment submergées ; plusieurs d’entre elles, encerclées, se font jour à coups de baïonnettes. Et c’est dans un enfer de feu que Gamelin établit sa nouvelle ligne sur le front Beaugies-Le Buchoire-Guiscard. ”
“ Pour ce qui est de la résistance civique, nous l’incarnons, à Bruxelles, dans la personne de notre vaillant bourgmestre, M. Max, auquel nous ne pouvons songer sans émotion, en raison de la rude épreuve de sa longue et pénible captivité. Mais, à l’heure actuelle, il n’est plus possible de compter les victimes civiles de la guerre... Plus de six mille martyrs ont péri au début des hostilités, fusillés par la barbarie allemande... Aujourd’hui, des milliers de civils peinent, sous le bâton du garde-chiourme, là-bas, en Allemagne. ”
“ Mais la vaillante attitude des cuirassiers du 98 a retardé la marche des Allemands ; sous les assauts d’un ennemi très supérieur et en face de mitrailleuses crachant la mort, les cavaliers à pied ont fait front : ce n’est que lorsque, les munitions ont manqué qu’ils se sont repliés. Nous voici donc, de ce côté, au pied du massif d’entre Chauny et Guiscard : Brécard donne l’ordre de se cramponner coûte que coûte à la nouvelle ligne Pommeroye, — croupe de Caillouel-Crépigny. Naturellement les divisions de gauche ont dû suivre le mouvement. ”
“ Se détournant brusquement au Sud, elle laisse sans défense, — le massif de Thiescourt excepté et la médiocre petite Divette, — le seuil de l’Ile-de-France entre Lassigny et Montdidier, -— trouée naturelle que masquent bien mal les collines du petit massif de Boulogne-la-Grasse au Sud-Est, et au Nord-Ouest les hauteurs médiocres de la vallée supérieure de l’Avre. Au Sud de cette trouée de Montdidier, et une fois franchi le seuil de Clermont-en-Beauvaisis, une invasion retrouverait l’Oise inférieure, non comme un obstacle, mais au contraire comme une voie ouverte vers Paris. ”
“ Aucun chef suprême n’ayant, par ailleurs, qualité pour donner d’ordres aux deux états-majors, ceux-ci avaient la libre disposition de leurs réserves, et, encore que l’un et l’autre fussent résolus, le cas échéant, à se secourir, l’ennemi pouvait espérer qu’une telle situation, en cas d’une attaque brutale suivie d’un prompt succès sur l’un ou l’autre point du front, compliquerait encore les mesures susceptibles d’y parer. ”
“ D’autres personnes font choix d’un petit bijou de couleur grise : c’est le lion de nos armoiries qui figure sur nos anciennes pièces de nickel et que des ouvriers adroits cisèlent et découpent. On le porte en broche, en épingle, en breloque. Peut-être le lecteur pense-t-il qu’à condition de vivre sans bruit, caché dans son coin, il est possible, à Bruxelles, de ne jamais avoir à souffrir de l’autorité allemande. Vous ne vous occupez pas d’elle, pourquoi s’occuperait-elle de vous ? Quelle erreur !... Les plus inoffensifs des habitans sont importunés, exposés à subir des peines sévères ! ”
“ Tandis que ceux-ci, des fronts les plus éloignés, s’acheminent vers le champ de bataille, on alimente le corps Pellé, car les combats du 23 ont été meurtriers, le terrain est incertain, l’heure va venir où on aura partout relevé les Anglais : aux 125e, 9e et 10e divisions et 1re de cavalerie à pied, Pellé joindra la 1re, dirigée sur Noyon. C’est qu’il faut proportionner la résistance à la poussée et la poussée devient tous les jours plus formidable. Encouragés par le succès de leur armée de gauche, les allemands engouffrent dans l’énorme poche creusée en trois jours divisions sur divisions. ”
“ Dans cette vie journalière de vexations et de terrorisme, ne faut-il pas lutter contre soi-même pour conserver courage et espoir, ne faut-il pas aiguillonner ses forces, ne vaut-il pas mieux rire que de se laisser abattre et donner ainsi satisfaction à l’ennemi qui systématiquement cherche à vous déprimer ? ”
“ Resterait à réaliser l’avance : pour cela, les hommes devaient compter sur leurs ressources sans s’embarrasser d’attendre que gros canons et grosses voitures les suivissent : canons légers, mitrailleuses, autos-canons seuls seraient l’accompagnement de l’infanterie qui, jetée en avant, pousserait sans trop se soucier des liaisons, s’insinuerait dans tous les trous créés, tournerait les centres de résistance, s’infiltrerait dans les moindres fissures, de façon à dépasser promptement la zone de défense forcée. ”
“ Les Anglais, après avoir dû, au Nord, abandonner une partie du Santerre, ont repris l’offensive dans la zone Rouvroy et Rosières et fait reculer la ligne allemande : l’ennemi se trouve ainsi engagé dans une poche qui soudain s’est rétrécie. Le général commandant la 3e armée entend qu’on en profite pour attaquer au Sud, menacer l’ennemi, Robillot en est chargé : l’élan est d’abord magnifique et donne des résultats. Au Sud du massif de Boulogne, le 4e zouaves enlève Orvillers et Boulogne-la-Grasse. S’il pousse un peu, l’Allemand va se trouver singulièrement aventuré à Montdidier. ”
“ Debeney s’attend bien encore à subir, le 28, quelques perles de terrain. L’Avre sera défendue, mais il sait bien que l’Avre déjà franchie ici, tournée là, n’est pas longtemps défendable ; quant au plateau entre Avre et Noyé, il entend bien s’y cramponner et pour de bon : de Coullemelle à Grivesnes.de Mailly-Raineval à Domart, et, au-delà de la rivière, à Domart, à Hangard, il veut qu’on résiste sans recul, sans quoi Amiens sera perdu, — et la bataille. Le plateau d’abord doit tenir : « Il ne peut être question, criera-t-il tout à l’heure, de passer sur la rive gauche de l’Avre. » ”
“ L’Allemagne cherchait à nous faire perdre confiance dans la justice de notre cause, dans notre gouvernement, dans nos alliés : la France était absolument incapable de résister à la pression allemande, le nombre des prisonniers, surtout sur le front russe, se chiffrait par milliers... Le 4 septembre 1914 : « De l’Est, le colonel Hindenburg annonce le transport de 90 000 prisonniers non blessés. Cela équivaut à l’anéantissement de toute une armée. » Il est plaisant de rappeler que des gamins bruxellois s’étaient amusés à ajouter un zéro à l’affiche et qu’on y lisait 900 000. ”
“ Grivesnes, assailli à l’Est, était défendu avec la même ardeur et le même succès, par le 25e chasseurs à pied. Une deuxième, une troisième attaque se brisent, enrayées, dès le principe, par les tirs de barrage et de mitrailleuses. Or, c’était la Garde qui donnait, — en l’espace, son 2e régiment, — et l’attaque était donc d’importance. Mais la matinée n’était pas avancée, que déjà les cadavres de ces bons soldats de Prusse remplissaient les abords du Grivesnes et de Plessier. La Garde ne se tient pour battue qu’après maints assauts. À 10 h 45, le quatrième se déclenchait : il est repoussé. ”
“ Dans nos écoles même, ne sentait-on pas, au fond du cœur de nos enfans, la haine de l’intrus ? Quel beau sentiment de solidarité s’éveillait dans ces petites âmes, quelle admiration pour nos vaillans soldats absens, quel désir de se rendre utile, quel élan de patriotisme ! Chaque classe, selon les moyens dont elle disposait, adoptait un ou plusieurs prisonniers belges en Allemagne. Quelle satisfaction de préparer les colis, envois collectifs de tant de bons petits cœurs ! ”
Termes fréquents
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