Yvette Prost

Résumé

Yvette Prost Le Couple au jardin

Ils n’étaient plus « Blanche et moi », « Nérée et moi » ; ils étaient cet être unique, harmonieux, complet, vibrant d’une vie multipliée, cet être ébloui qu’ils appelaient Nous.
Parfois, la jeune femme s’immobilisait avec une expression ardente.
— Que regardes-tu ? Qu’entends-tu ? demandait son mari.
— Tout ! Nérée, ce moment est d’une douceur si parfaite qu’il faut nous en pénétrer, nous en faire un étincelant souvenir pour plus tard... quand nous serons vieux.
— Je ne parviens pas à croire que, l’un pour l’autre, nous puissions jamais être vieux.
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Yvette Prost Le Couple au jardin

Blanche est persuadée que vous ne lui pardonnerez pas de vous avoir épousé, sachant... ce qu’elle savait ; que vous lui reprocherez son silence comme un abus de confiance, un mensonge presque criminel...
« Or, elle n’a qu’un mot pour sa défense : « Je l’aimais trop ! » Je crains que, devant vous, elle ne sache pas se justifier avec cette passion qui m’arracha des larmes. En devenant votre femme, elle rêvait de compenser, par le dévouement et l’absolue tendresse de toute une vie, le mal que je vous avais fait ; de vous donner un bonheur si parfait qu’il pût vous faire tout oublier.
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Yvette Prost Le Couple au jardin

Non : ce sont des larmes d’amour pour les êtres et les choses ; ce sont des larmes de reconnaissance envers le destin. Elle sent que la vie l’a comblée ; et, comme elle a coutume de le faire aux heures d’insomnie, elle se met à prier à mi-voix :
— Qu’ai-je donc fait, mon Dieu, pour que vous m’accordiez une si douce vieillesse ? Dans votre royaume où vous allez bientôt m’appeler, pourrez-vous m’offrir plus d’amour, de paix heureuse et de beauté ? Votre divin paradis sera-t-il plus beau, mon Dieu, que ces jardins, ces forêts odorantes, cette mer ?...
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