Élie de Biran, Fleurs éparses, poésies (1882)
“ Étrange illusion du pauvre cœur humain ! Quand il a ce qu'il veut, ce cœur désire encore : L'ambition l'étreint et l'amour le dévore ; A l'objet possédé succède un autre objet. C'est le destin du prince et celui du sujet, Du riche qui jouit et du pauvre qui souffre. Ainsi passe la vie, avant d'aller au gouffre Où flotte l'inconnu sur l'abîme béant : Pour l'un l'éternité, pour l'autre le néant. Tenace voyageur, qu'en vain la ronce blesse, L'homme marche toujours en avant, sans faiblesse. Il cherche un nouveau bien, de la plaine aux sommets; Quant au suprême but, il ne l'atteint jamais ! ”
