“ Vers la fin du troisième jour M. Bertram rendit le dernier soupir en présence des siens. Son parent le plus proche n’était pas auprès de lui, car personne n’avait osé l’appeler. Dans les derniers temps il avait exprimé tant de dégoût au seul nom de sir Lionel, que tous, d’un commun accord, s’étaient abstenus de nommer le père de George. Le mourant sembla comprendre que son dernier instant approchait, car de temps à autre il levait la main maigre et flétrie qui reposait sur le lit, comme pour avertir ceux qui l’entouraient. ”
M. Bertram
Définition et enjeux
Le thème de “M. Bertram” a été abordé par des auteurs tels que . Il est souvent associé à des termes comme Caroline, George, Harcourt, Littlebath ou Lionel.
Citations sur “M. Bertram”
“ Sir Henry pensa ensuite au coffre-fort de M. Bertram. Ah ! s’il eût pu connaître ce secret-là, sa décision eût été vite prise ! Il savait bien que le vieillard s’était brouillé avec son neveu. Il savait également que George, dans son aveugle entêtement, ne ferait aucune démarche pour amener une réconciliation. N’était-il pas à présumer qu’une grande partie, au moins, des richesses presque fabuleuses de M. Bertram irait à sa petite-fille ? Il avait, il est vrai, un risque à courir ; mais, en toutes choses, il faut courir des risques. ”
“ Harcourt refusa d’abord. Une voulait pas être condamné à vanter une femme qu’il supposait ne pas devoir lui plaire ; aussi tâcha-t-il d’échapper à la corvée. Mais Bertram tint bon, et il fut enfin convenu qu’ils iraient ensemble à Littlebath. Tout ceci se passait vers la fin de l’hiver. Dans l’intervalle, mademoiselle Baker avait, selon sa promesse, vu M. Bertram, et la réponse de l’oracle de Hadley, comme presque toutes les réponses d’oracle, avait été fort ambiguë. Le vieillard n’avait montré ni colère ni plaisir en apprenant ce qui s’était passé. ”
“ J’espère que vous ne me croyez pas ingrat, George ? et sir Lionel prit sa voix la plus douce et la plus insinuante. — Ingrat ? Je ne m’attends guère à la gratitude. Mais je ne serais pas fâché de savoir quand il vous conviendra de régler avec moi. Nous avons un compte courant depuis bien des années. Il est probable que Pritchett vous l’aura envoyé. Et, tout en parlant, M. Bertram se leva et prit sur la cheminée un papier qui ne promettait rien d’agréable. ”
“ Il était possible que M. Bertram n’eût pas refait son testament depuis que lady Harcourt avait quitté la maison de son mari. De toute façon, si sa femme héritait grâce à ce testament, sir Henry retrouvait un terrain sur lequel il pouvait de nouveau combattre ; et, le cas échéant, il avait résolu que nulle tendresse, nul scrupule ne l’empêcherait de pousser la lutte jusqu’aux dernières extrémités. Bertram n’espérait rien, et ne craignait qu’une chose : c’était qu’on ne le considérât comme un homme déçu dans son attente. ”
“ M. Bertram rentra juste à temps pour le dîner, et se mit à tisonner le feu exactement comme il l’avait fait lors de la dernière visite de George. « Allons, John, nous sommes en retard de trois minutes ! Pourquoi ne sert-on pas ? » Il ne débuta par aucune question au sujet de sir Lionel ou de Jérusalem, et sembla résolu d’avance à frustrer le voyageur de cet hommage de curiosité et de respectueux étonnement que M. Pritchett avait su si bien exprimer en deux mots. ”
“ M. Bertram avait souvent reproché à son neveu George de ne pas savoir faire son chemin. Sir Henri, lui, avait fait son chemin, et il ne semblait pas encore près de s’arrêter. N’y avait-il pas de bonnes raisons de croire qu’un homme qui, à trente ans, était solliciteur général, serait avant la cinquantaine un grand personnage, — lord chancelier ou lord-chief-justice, peut-être ? Donc, M. Bertram, cela va sans dire, ne fit pas d’objection. Toutefois, son approbation ne fut pas très-cordialement exprimée. Les vieux millionnaires n’ont qu’un seul moyen de montrer de la cordialité. ”
“ Hélas ! il était évident que M. Bertram n’était pas dans un de ses bons jours. Pendant cette petite conversation, mademoiselle Baker se tenait dans le vestibule pour surveiller le déchargement de son bagage. Elle avait encore son chapeau, son châle de voyage, son manteau et ses grosses bottines, et elle tenait son parapluie à la main. Il y avait dans le vestibule la domestique de M. Bertram et le cocher qui voulait se faire payer. Mademoiselle Baker avait froid, ses dents claquaient et le bout de son nez était tout rouge. ”
“ Enfin, elle se trouva seule avec M. Bertram. Elle avait encore le nez rouge et les pieds gelés, mais, du moins, elle était seule avec lui. Il lui était bien difficile de raconter son affaire, et elle aurait voulu, de tout son cœur, être bien loin, chez elle, à Littlebath ; mais, malgré tout, elle parla. Le courage des femmes, dans de certaines positions, dépasse celui de quelque homme que ce soit. — Je veux vous consulter à propos de ceci, dit-elle en tirant de sa poche la lettre de sir Lionel. Le vieillard prit la lettre, la regarda et la retourna en tous sens. ”
“ Je suis persuadée que M. Bertram vous aime de tout cœur, et qu’il est homme à être profondément malheureux d’avoir perdu ce qu’il aime. Il importe peu que ce soit lui qui vous ait quittée. Vous connaissez son caractère ; même moi, je le connais assez pour me rendre compte de l’état d’esprit dans lequel il devait être lors de sa dernière visite. ”
“ Que me fait la rage de sir Henry ? Que m’importe même la colère de mon père ? Qu’il se désespère s’il veut. Je ne m’apitoie pas sur moi-même, pourquoi donc me laisserais-je émouvoir par sa douleur, — douleur si vile, si basse, si indigne de compassion ? Et, après s’être ainsi fait la leçon en prévision du lendemain, George Bertram se mit au lit. ”
“ Nous avons dû perdre de vue M. Bertram l’oncle en racontant l’histoire des dernières aventures de M. Bertram le neveu. Aujourd’hui, il faut que le lecteur sache que, vers le commencement de cette même année, la santé de M. Bertram avait donné quelques inquiétudes à ses amis. George avait été le voir une ou deux fois ; sa nièce, mademoiselle Baker et sa petite-fille, Caroline, en avaient fait autant. Il ne leur avait pas dit grand’chose, mais mademoiselle Baker avait emporté de sa visite l’impression que le vieillard serait heureux de voir s’accomplir le mariage projeté. ”
“ S’il eût été possible de battre en retraite sans plus de conversation, sir Lionel l’eût fait ; mais la chose étant impossible, il fit bonne contenance. — Je pense que vous voulez plaisanter, George, dit-il. Il serait, impossible de décrire le son de voix avec lequel M. Bertram répéta ce mot : « plaisanter. » Il fit bondir sur son siège le colonel et le força de s’avouer que le mot impotent ne s’appliquait pas tout à fait à son frère. — C’est bien ! c’est une plaisanterie, continua le vieillard. ”
“ Mais je sais que je n’ai que moi à blâmer. — Allons donc ! Quelle idée ! Il faudra bien que vous alliez retrouver votre mari. — Jamais, monsieur Bertram, jamais. Je lui obéirai et à vous aussi ; je vous obéirai à tous deux si cela est possible, en tout, excepté en cela. Je ne puis obéir à personne pour cette chose-là. — Bah ! dit M. Bertram. Telle fut la réception de lady Harcourt quand elle revint à Hadley. Ni mademoiselle Baker ni Adela ne lui parlèrent beaucoup de ses affaires le premier jour. Sa tante, à vrai dire, ne lui en parla jamais ouvertement. ”
“ Dans un mois ou deux, quand les fatigues du mois de mai à Londres auront commencé, nous reviendrons à eux ; mais, pour le moment, nous devons retourner à Hadley, vers les deux frères Bertram et notre chère mademoiselle Baker. Le déjeuner de noce, préparé par les soins de mademoiselle Baker, ne se prolongea pas longtemps, et, le repas terminé, les invités ne se soucièrent pas de demeurer pour tenir compagnie à M. Bertram. Celui-ci se trouva donc bientôt en tête-à-tête avec sa nièce et les affaires reprirent immédiatement leur empire. — C’est un beau mariage pour elle, dit M. Bertram. ”
“ Restait la visite à Hadley. Bertram, avant de se rendre auprès de son oncle, alla, comme d’habitude, voir M. Pritchett dans la Cité. Ceux qui désiraient voir M. Bertram commençaient toujours par aller trouver M. Pritchett, et celui-ci expédiait généralement un avant-coureur pour prévenir son patron de l’invasion projetée. — Ah ! M. George, dit Pritchett avec son soupir le plus mélancolique, vous ne devriez pas rester si longtemps sans aller voir votre oncle. Vrai, vous ne le devriez pas. ”
“ En disant ces mots, sir Henry prit son chapeau et quitta la maison. Qu’aurait-il fait, si Bertram lui avait dit que lady Harcourt était chez madame Jones, dans la grande maison de briques rouges qu’on voyait de l’autre côté de la pelouse ? Que peut-on faire, en somme, à l’égard d’une femme rebelle ? On a dit depuis longtemps qu’il est sage de faire un pont d’or à l’ennemi qui veut fuir ; et qui donc un homme doit-il considérer comme son ennemi, si ce n’est sa femme, lorsqu’elle n’est point son amie ? Puis sir Lionel s’en alla à son tour en compagnie de M. Pritchett. ”
“ George Bertram n’eût pas été homme, s’il n’avait éprouvé quelque amertume en se disant cela. Néanmoins, il y avait au fond de son cœur un sentiment d’indépendance satisfaite qui le soutenait. Il pouvait, du moins, se vanter de ne s’être pas vendu ; non pas se vanter tout haut, mais dans le for intérieur, ainsi que nous le faisons tous parfois. Il se sentait dans l’âme des richesses dépassant tout ce que pouvait énumérer M. Pritchett, et un amour intérieur dont l’absence n’eût pu être compensée même par la possession de la femme qu’il aimait. ”
“ C’est alors seulement que s’échangent les chaleureuses poignées de main ; c’est alors qu’on sent une véritable cordialité. — « Grand-papa est le meilleur des hommes ! Il n’y a personne qui le vaille. Ce vieux chéri ! Il a été si généreux ! » Mais M. Bertram ne parla ni de cinq cent mille francs, ni de dix mille francs, ni d’aucune somme, tant qu’on ne lui en dit rien. Sir Henry tenait beaucoup à ne pas témoigner de curiosité à ce sujet, afin de prouver qu’il n’épousait pas Caroline par intérêt et que son admiration pour M. Bertram était indépendante du coffre-fort de celui-ci. ”
“ Comme on a froid ! — Oui, ce sera bientôt fini, répondit Bertram. Quelle singulière vie que celle d’un voyage comme celui-ci ! Quelle intimité entre des gens qui ne se reverront jamais ensuite ! — C’est comme cela que ça finit, je pense. Oh ! monsieur Bertram... — Que voulez-vous ? — Hélas ! je ne sais. Le destin m’a toujours été contraire, et je pense qu’il en sera de même jusqu’au bout. — N’est-ce pas qu’il fait froid ? dit Bertram en boutonnant son paletot, — Bien froid, bien froid ! dit madame Cox. Mais il est quelque chose de plus froid que le temps — de bien plus froid. ”
“ Quoique le conseil de M. Pritchett fût assurément bon, George ne le suivit pas, et, pendant tout le temps que dura son absence, il n’écrivit pas une seule fois à M. Bertram. Le voyage à la recherche de son père ne fut pas pour notre héros une entreprise aussi difficile que l’avait supposé, son oncle. Il devait passer par Paris, Marseille, Malte, Alexandrie, Jaffa, Jérusalem et Damas, et il avait prié sir Lionel de lui écrire, si faire se pouvait, à toutes ces adresses, ou du moins à l’une d’entre elles. ”
“ Arrivé à la gare de Londres, il s’élança dans une voiture, et se fit conduire chez lui à Eaton-Square. La maison lui parut triste, froide et abandonnée. La session de Londres n’était pas finie, et le Parlement siégeait encore. Après avoir arpenté pendant une demi-heure sa salle à manger, sir Henry remonta en voiture et se fit mener à la chambre des Communes. Là, il lui sembla que tout le monde connaissait son malheur. On eût dit que le testament de M. Bertram avait été lu dans tous les bureaux de la Chambre. ”
“ Il ne vit personne en passant à Londres. C’était la morte saison, et son ami, sir Henry, se délassait, en chassant le grouse pendant quelques jours, des fatigues de sa brillante campagne parlementaire. Mais il aurait été à Londres, que Bertram ne l’aurait pas vu : il ne voulait voir personne. Il ne fit aucune question au sujet de Caroline ou de son oncle. Il ne fit pas même une visite à son véritable ami, M. Pritchett. S’il eût été le voir, il aurait appris que mademoiselle Baker et sa nièce étaient à Hadley. ”
“ Harcourt pouvait les tenir facilement à distance jusqu’à la mort de M. Bertram, mais alors... alors, que ferait-il ? le revenu qu’il tirait de sa profession était grand, mais quel avocat peut bien travailler quand son esprit est préoccupé par de graves soucis personnels ? Sir Henry avait dit à George Bertram que, s’il ne recevait pas un message favorable du grand-père de sa femme, il irait la chercher à Hadley, et il croyait maintenant le moment venu de tenter quelque démarche de ce genre. Il se sentait poussé à agir, à proposer quelque arrangement ”
“ Mademoiselle Caroline Waddington était la petite fille de M. George Bertram l’aîné, et par conséquent, pour m’exprimer avec toute la netteté possible, — elle était nièce, à la mode de Bretagne, de son amoureux, M. George Bertram le cadet. C’est là un degré de parenté qui, Dieu merci, n’exclut ni l’amour ni le mariage. ”
Choix de légendes populaires (série A-C)… (1860-1861)
“ Bertram se retira, et trente-six heures s'écoulèrent sans qu'il reparût. Ce fut le lendemain soir seulement que, ainsi qu'il l'avait promis, il se présenta devant Robert. — Je suis prêt, lui dit celui-ci, que faut-il faire? — Vous laisser conduire, monseigneur, et ne vous effrayer de rien. - M'effrayer ! Qui donc aurait la prétention de me faire connaître l'effroi? Ce n'est pas toi, je pense, et ton compère le diable perdrait son temps à le tenter. Pour ne rien craindre, il me suffit de sentir mon épée à mon côté. ”
“ Je ne demande pas mieux. Il est possible que tu ne gagnes rien au barreau, et il est certain que tu n’y gagneras pas la moitié de ce que tu aurais gagné dans l’étude de MM. Dry et Stickatit ; mais cela te regarde. C’est très-respectable le barreau. À propos, ton père est-il satisfait de ton choix ? Pour la première fois M. Bertram faisait allusion à son frère. — Parfaitement satisfait, répondit George. ”
“ Et parmi tous ceux que George Bertram avait aimés, qui donc l’avait jamais prié en vain ? Pourquoi ne le fit-elle pas ? Que d’amour, que de bonheur en réserve pour eux ! Mais il n’y eut rien de tendre dans les regards, rien de doux dans les paroles qu’il lui adressa. — Comment ! dit-il, et, malgré sa promesse, sa voix n’avait jamais été si rude. — Comment ! montrer cette lettre à un autre homme ; montrer cette lettre à M. Harcourt ! cela est-il vrai, Caroline ? Un enfant demande pardon à sa mère parce qu’il a été grondé, et il cherche à détourner sa colère, afin d’éviter le châtiment ”
Charles Robert Maturin,
Bertram, ou le Château de St-Aldobrand…
“ Ô ciel ! ni nourriture, ni vêtemens, ni foyer... combien la malheureuse avoit long-temps et inutilement imploré le secours de la providence avant que son ame, égarée par l’excès du désespoir, pût endurer la pensée horrible d’en épouser un autre ; il falloit l’épouser, ou voir mourir son père. Bertram. Tu trembles que je ne te maudisse !.. ne tremble pas ; quoique tu m’aies rendu le plus misérable des hommes, je ne veux pas te maudire ! écoute la dernière prière du cœur déchiré de Bertram, de ce cœur brisé par toi seule, et non par ses ennemis. ”
“ C’est peut-être la mode à Oxford ; mais nous autres, à Cambridge, nous nous piquons de plus de politesse. Si nous faisions un tour dans la vallée, en attendant que ces dames soient prêtes ? Et M. Cruse et M. Mac-Gabbery s’éloignèrent, bras dessus, bras dessous, tout heureux d’avoir montré leur mépris pour ce pauvre maladroit de Bertram. — Voilà deux charmants garçons, n’est-il pas vrai ? dit ironiquement Bertram à M. Hunter. C’est vraiment jouer de bonheur que de rencontrer des hommes de cette sorte dans un lieu tel que celui-ci. ”
