“ Les gens par trop exigeants pouvaient seulement regretter l’absence de la moindre fossette ; mais au bout du compte, ce n’est que le joli qui veut des fossettes, la beauté épanouie et complète peut se passer de ce secours. Mais les yeux ! les yeux de Caroline Waddington ! Les yeux sont la citadelle, la forteresse du poëte, et pour les décrire il doit rassembler toutes ses forces et déployer toute sa puissance. Donc, les yeux de Caroline Waddington étaient brillants, assez grands, et bien encadrés dans le visage. ”
Citations sur “Waddington”
“ Elle respectait son caractère et ses opinions, et elle se disait que c’était là un de ces hommes que toute femme pourrait respecter. Mais Caroline Waddington exigeait autre chose encore de son futur seigneur et maître. Elle avait pu rire et plaisanter en parlant de son mariage avec un ministre de campagne, mais, au fond, elle avait des vues bien plus ambitieuses. Elle se promettait fermement de ne jamais se marier sans amour, mais elle comptait bien ne pas se laisser aller à aimer si l’amour devait se mettre en travers de son ambition. ”
“ Selon moi, mademoiselle Waddington a très-bien fait d’accepter sir Henry Harcourt, — c’est-à-dire, elle a très-bien fait, vu les circonstances. Il est un homme d’avenir, et elle est femme à occuper avec grâce la position la plus élevée. Je ne la blâme pas, pas le moins du monde ; je serais inexcusable de la blâmer. — Sans doute, sans doute, — nous savons tous que c’est toi qui as rompu le premier ; tout le monde le sait. Mais c’est de l’argent du vieux bonhomme que je veux te parler, George. Il va sans dire que sir Henry compte là-dessus. ”
L'Urgence de l'amnistie , par M. Bonnefous (1880)
“ Ce président du conseil, c'était l'orléaniste Waddington ; et le langage de M. de Freycinet ne vous parait-il pas être plutôt l'interprétation fidèle du langage de M. Waddington que l'interprétation fidèle du langage de la nation? Si M. de Freycinet avait cru, d'ailleurs, en parlant ainsi, exposer fidèlement les idées populaires, qu'aurait-il eu besoin de faire afficher aux quatre coins de la France le discours qu'il prononça ce jour-là contre l'amnistie? A quoi bon propager des idées que tout le monde sait, comprend et accepte? ”
“ Aux yeux d’une femme comme Caroline Waddington, George semblait plus digne d’être aimé, alors, qu’au temps où il lui avait d’abord parlé de son amour sur le mont des Oliviers. Il n’était, pour ainsi dire, dans ce temps-là, qu’un enfant, il est vrai, plein d’ambition, de poésie et d’esprit. Ces qualités avaient à peine suffi pour conquérir le cœur de Caroline. Il s’y était joint depuis une ferme volonté, un certain empire sur les hommes, et le don de se faire écouter du public. Or, la puissance et la volonté sont après tout ce que la femme apprécie le plus chez l’homme. ”
“ Pendant le dîner, mademoiselle Waddington dit à sa tante qu’elle ne se sentait pas la force d’aller dans le monde ce soir-là. Mademoiselle Baker fit quelques objections, cela va sans dire, mais elle n’insista pas. Il semblait fort naturel qu’une jeune fille qui venait de rompre son mariage ne fût pas très en train d’aller à une soirée de whist à Littlebath. ”
“ Je me suis quelquefois dit que non. — Peut-être que non, en effet, dit Caroline qui repassait en pensée sa destinée. — Si tout doit être rompu, je souhaite qu’il en ait été ainsi ! — Ce serait à souhaiter, en effet... pour moi et pour lui. — Il t’aimait, lui. On n’en saurait douter ; on n’en saurait douter un seul instant. Si jamais homme a aimé une femme, il t’a aimée. Mademoiselle Waddington ne répondit pas, elle ne se souciait guère, en ce moment, de poursuivre cette conversation avec sa tante. ”
“ Ceux que Dieu veut perdre, il commence par les priver de raison. Rien ne put égaler l’amitié doucereuse et les façons séduisantes que déploya sir Henry à l’égard de George. Il ne parla pas beaucoup du passé ; mais le peu qu’il en dit semblait indiquer qu’il croyait n’avoir obtenu la main de Caroline Waddington que parce que Bertram avait dédaigné ce bonheur. ”
“ Tels étaient les charmes extérieurs de mademoiselle Waddington, mais il faut dire aussi quelques mots des trésors intellectuels, de la marchandise morale, si j’ose m’exprimer ainsi, sur laquelle flottait le pavillon de sa beauté, car il y a autre chose, chez la femme, que le dehors, si beau qu’il puisse être. Il est vrai que bien des hommes ne regardent qu’à cela en se mariant, — qu’à cela, bien entendu, en sus de la fortune ; mais il arrive souvent, bien qu’ils n’aient cherché que cela, que le mariage fait, beaucoup d’autres choses s’imposent à leur attention, bon gré, mal gré ”
“ Caroline ! Elle voulut retirer sa main ; il la retint et la porta à ses lèvres. Puis, il quitta la chambre. Lorsqu’il referma la porte, Caroline avait encore le même doux sourire. On reconnaîtra, je l’espère, que mademoiselle Waddington s’était acquittée de son rôle avec habileté, sagesse et délicatesse ; j’ajouterai même qu’elle n’avait point manqué de cœur. Elle avait beaucoup pensé à l’offre de George : elle en avait pesé le pour et le contre et elle en était venue à se dire que ce mariage était, en somme, désirable. ”
“ Mais je veux que vous me parliez de cette Caroline Waddington. Est-ce vrai qu’elle a déjà un autre amoureux ? — Tout à fait vrai. Elle va se marier. — Elle veut se marier : Je n’en doute pas, qu’elle veut se marier. Elles le veulent toutes, seulement quelques-unes n’y parviennent pas. Ha ! ha ! ah ! Je vous demande pardon, mademoiselle Gaunt ; mais, nous autres vieilles, nous aimons toujours à donner un coup de patte en passant aux jeunes ; n’est-ce pas, mademoiselle Todd ? ”
“ Il se doutait bien, — mais plutôt d’après le ton plutôt que d’après les paroles de Harcourt, — que ce clairvoyant ami n’avait qu’une pauvre opinion de mademoiselle Waddington, et par cette raison même il tenait à l’éblouir et le surprendre en lui montrant sa beauté et son esprit. Il se promit de ne pas la décrire à l’avance, afin que l’éblouissement fût plus complet. — Il vous faudra venir avec moi à Littlebath. Quel jour pouvez-vous me donner ? dit-il à son ami. ”
“ S’il était revenu alors, et qu’il eût demandé à ce que le mariage se fît tout de suite, il est probable que mademoiselle Waddington y aurait consenti. Elle était tourmentée, malheureuse, et se sentait le cœur malade. Elle ne souffrait pas seulement parce qu’elle aimait, sa position aussi l’inquiétait beaucoup, et, tout en se considérant comme liée par sa promesse et sans avoir la moindre intention de rompre, elle avait le pressentiment, ainsi qu’elle le disait souvent à sa tante, que Bertram et elle ne seraient jamais mari et femme. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ Waddington rentrait à Paris le lendemain, y voyait le prince de Galles qu’il entretenait de cette affaire et dont le langage l’eût rassuré, si l’ambassadeur britannique, lord Lyons, en affirmant « que le projet paraissait abandonné, » n’eût implicitement avoué qu’il avait existé. Le 9 août, le ministre des Affaires étrangères danois affirmait au ministre de France que la nouvelle était fausse. Mais celui-ci n’en croyait rien et maintenait ses informations antérieures. Ne sachant plus que penser, Waddington se décidait le 28 à écrire au marquis d’Harcourt, notre ambassadeur à Londres. ”
Léon Feugère, Les Femmes Poëtes au XVIe siècle
“ Sur tous ces points, l’apologiste de Ramus ne lui fait nullement grâce. Pourquoi faut-il, ajoute M. Waddington, après avoir signalé ce qui était le côté faible de ce personnage, qu’à son incomparable hardiesse il ne lui ait pas été donné de joindre une plus grande profondeur ! Il n’en est pas moins vrai que, le premier depuis Aristote, par un service éminent rendu à l’art de penser, il a fait de la méthode un chapitre et même un chapitre très-important de la logique, dont il a établi les règles sur l’ascendant souverain du bon sens, non sur l’autorité d’aucun philosophe. ”
“ D’où venaient les torts ? de ses amis, de celui qu’elle aimait, ou d’elle-même ? Ne serait-ce pas folie, qu’elle, Caroline Waddington, se laissât influencer par l’exemple d’une personne qui ne voulait pas même lui expliquer de quelle nature était cet exemple ? En définitive, le délai d’une semaine écoulé, Caroline écrivit à George pour lui dire que, malgré tout ce qu’il lui en coûtait de le chagriner, elle se voyait obligée de s’en tenir à sa première résolution. Elle s’exprima avec force et employa une logique plus serrée, peut-être, que celle de son pauvre amoureux. ”
“ « M. George devrait hériter, » se disait-il, et la sollicitude que montrait M. Bertram à l’égard de son neveu, l’habitude qu’il avait adoptée volontairement de payer l’éducation de l’enfant et de faire une pension au jeune homme, tout semblait aboutir à cette conclusion. Mais, d’un autre côté, l’oncle aimait tant à dominer, et le neveu aimait si peu à se laisser dominer ! Si Waddington avait vécu, c’est lui qui aurait été l’héritier, sans contredit. Mademoiselle Waddington hériterait peut-être, ou bien encore mademoiselle Baker. ”
Émile Saisset, La Philosophie moderne depuis Ramus jusqu’à Hegel
“ Est-ce ainsi que M. Waddington entend les choses? Je dirai alors que si Ramus avait en effet inauguré une méthode nouvelle, ou seulement ranimé une ancienne méthode tombée dans l’oubli, je consentirais à le voir rapprocher, sinon de Descartes, qui a bien d’autres gloires avec celle-là, au moins de Bacon. Et en effet il pourrait y avoir une certaine grandeur à substituer au syllogisme d’Aristote la dialectique de Platon, cette méthode si souple, si libre, si hardie, si éminemment propre à la découverte et à l’invention ”
Mme William-Henry Waddington, Jeanne de Vaudreuil (1850)
“ Oh ! je sais bien que vous la méprisez. — C'est vrai; la terre sans illusions est comme un lac où les rayons du soleil ne se réfléchissent pas. Je la dédaigne, parce que c'est elle que je vois, et non plus les chimères qui l'ornaient à mes yeux. — Non, ce n'est pas cela: ce qui est vraiment digne d'être aimé ne parle point encore à votre coeur. Un sourire de fine ironie passa sur les lèvres de M. de Beaugencey, puis un soupir s'en échappa. Au fond, il regrettait les illusions disparues. Madame de Vaudreuil se rapprocha de lui : — Une question, dit-elle. Etes-vous heureux? ”
“ Ils auraient mieux convenu peut-être à un homme qu’à une belle jeune fille comme Caroline Waddington. Mais de toutes ses grâces, la plus merveilleuse sans contredit résidait dans sa démarche : « Vera incessu patuit Dea. » Hélas ! combien peu de femmes savent réellement marcher ! La plupart d’entre elles roulent, trottinent, se dandinent ou se traînent comme si leurs volants et leurs falbalas étaient une charge trop lourde ; mais, si ce n’est en Espagne, les femmes ne marchent guère. Sous ce rapport, notre héroïne valait une Andalouse. ”
Mme William-Henry Waddington, Jeanne de Vaudreuil (1850)
“ Il y avait à peu près deux ans que madame de Vaudreuil était mariée. Elle se trouvait à Chambrie, chez sa parente. C'était l'automne ; la nature semblait à regret se dépouiller de ses charmes. Les feuilles tombaient lentement, et les rayons du soleil apportaient une chaleur d'une autre saison. Ces derniers beaux jours avant l'hiver avaient plus de prix ; on en jouissait comme d'un bien qu'on allait perdre, et une teinte de mélancolie se mêlait au sentiment du bonheur. La marquise ne savait pas que la nature lui offrait une juste image de son prochain avenir. ”
Mme William-Henry Waddington, Jeanne de Vaudreuil (1850)
“ Il savait très-bien que c'était à madame de Vaudreuil que songeait le marquis. Elle avait les yeux baissés, et jouait avec ses doigts sans paraître écouter. — L'irritation n'est que la passion retournée; ne le pensez-vous pas, madame ? demanda-t-il en s'approchant d'elle. Elle leva la tête. Son regard exprimait une douleur tellement poignante, tellement profonde, qu'il en fut rempli de compassion et se détourna avec respect, Elle quitta la place qu'elle occupait et se dirigea vers la porte ; mais avant de sortir, elle jeta un coup d'oeil sur son mari. ”
“ Notre plaidoyer en faveur de M. Harcourt ne le blanchira pas entièrement ; sa conduite gardera peut-être une couleur plus foncée que celle qui est habituelle aux actions des hommes ; il se peut même qu’elle reste à peu près noire aux yeux de bien des gens. M. Harcourt avait cru voir que Bertram et mademoiselle Waddington ne pourraient jamais être heureux ensemble. Il avait vu des choses qui lui avaient donné l’idée que ni l’un ni l’autre ne désiraient réellement ce mariage. ”
Mme William-Henry Waddington, Jeanne de Vaudreuil (1850)
“ Elle concentre les forces, et cependant elle agrandit le coeur, car elle le fait battre et brûler pour tout ce que l'infini a marqué de son sceau. L'âme n'étant plus captive d'un objet terrestre, peut les embrasser tous, sans que l'un nuise à l'autre, sans qu'aucun lui suffise ou la retienne. C'est ainsi seulement que je peux m'expliquer la largeur des sentiments de madame de Vaudreuil, l'intérêt soutenu et palpitant qu'elle portait à la destinée des autres, alors que l'amour remplissait tout son être. ”
“ M. Bertram ne s’opposa pas à ce choix, malgré le peu de fortune qu’avait M. Waddington. On lui demanda, bien entendu, d’aider le jeune ménage ; il refusa de leur donner de l’argent, mais il offrit de faire entrer M. Waddington dans les affaires ce qui le mettrait à même de se créer par son travail un revenu. Celui-ci accepta sagement, et s’il eût vécu, il serait devenu fort riche, à coup sûr. Mais il mourut quatre ans après son mariage, et sa femme ne lui survécut guère qu’un an ou deux. Notre héroïne Caroline Waddington fut le seul enfant né de ce mariage. ”
Mme William-Henry Waddington, Jeanne de Vaudreuil (1850)
“ Il avait vu cela, et à la pensée que ce mal ne lui était pas particulier, mais qu'il est à la base de toute vie comme de toute société, son coeur avait pris en dégoût et en mépris toutes les choses humaines. M. de Vaudreuil avait cru qu'il était de sa dignité de regarder en face ce mal irrémédiable, de le subir en entier, sans chercher à y échapper par de misérables subterfuges. Il le croyait encore, mais ses forces étaient épuisées. En plongeant sans cesse dans des ténèbres qu'il ne parvient pas à percer, l'oeil se fatigue autant qu'en bravant les rayons du soleil. ”
“ Sur le compte de la première de ces dames, je n’ai que quelques mots à ajouter à ce que j’ai déjà dit, et ces quelques mots seront, tout à sa louange. Mademoiselle Baker était une personne bien élevée, douce et bienveillante, très-dévouée à sa nièce, et fort peu disposée à s’imposer volontairement le moindre effort personnel. Qu’on ait pu la rencontrer à Jérusalem, à une telle distance de tous les conforts de son salon de Littlebath, suffit pour prouver combien son dévouement de tante était complet. Et maintenant parlons de Caroline Waddington. ”
“ Et maintenant, j’ai fini de décrire mon héroïne, d’une manière très-incomplète pour moi, mais avec trop de détails, peut-être, pour le lecteur. Je n’ai plus que bien peu de chose à ajouter. Caroline Waddington était orpheline, elle vivait toujours avec sa tante, mademoiselle Baker ; son père avait été, dans sa première jeunesse, un associé de M. George Bertram, l’oncle ; celui-ci était le tuteur de Caroline, mais s’était fort peu occupé d’elle ; bien qu’il soignât son argent ; enfin elle possédait une petite fortune modeste : une centaine de mille francs environ. ”
Mme William-Henry Waddington, Jeanne de Vaudreuil (1850)
“ Elle arriva dans le vestibule au moment où son mari montait les degrés du perron. Roger lâcha la main de sa mère et courut au-devant du voyageur. Le marquis entra, tenant son fils dans ses bras. Il le posa à terre, l'embrassa de nouveau, et parut tout absorbé dans ses sentiments paternels. Madame de Vaudreuil se tenait un peu en arrière; elle attendait son tour. Des affections froissées rendent timide. On n'ose se hasarder à exprimer ce que le coeur renferme, quand on n'est pas sûr de l'accueil qu'on trouvera. ”
