“ Tout homme expérimenté, au premier regard jeté sur Polikeï, sur ses mains, sur son visage, sa barbe qu’il laissait pousser depuis peu, sa ceinture, le foin jeté par ci par là dans le caisson, Tambour maigre, les bandes de fer usées, reconnaîtrait aussitôt que c’était un vil serf et non pas un marchand, non un marchand de bestiaux, ni un fermier, ni un homme nanti de milliers, de centaines ou de dizaines de roubles. ”
Polikei
Définition et enjeux
Citations sur “Polikei”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Le chapeau et son contenu étaient sains et saufs et Polikei s’installant sur sa charrette, partit le cœur léger. Quand la ville fut derrière lui, il se sentit plus à son aise. Tant qu’il se trouvait avec les conscrits, il lui semblait qu’on allait le saisir et le mener à la place d’Ilia. Il était pris d’un frisson et fouettait Tambour pour s’éloigner au plus vite des conscrits. La première personne qu’il rencontra, fut un prêtre. Une terreur superstitieuse s’empara de lui ; Illitch ôta son chapeau et palpa l’enveloppe ; elle était toujours en place. ”
“ La vie eût été supportable s’il n’y avait eu un ennui, et il y en avait un grand qui pesait sur toute la famille. Polikeï, dans sa jeunesse, vivait dans un autre village et s’occupait dans un haras. Le palefrenier avec qui il travaillait, était le plus grand voleur du pays ; il finit par la déportation. Polikeï avait fait son apprentissage chez ce palefrenier, et dès l’enfance, il s’était tellement habitué à ces bêtises, que, par la suite, malgré la louable intention de se mieux conduire, il en fut incapable. ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Polikei entra d’un air vainqueur, jeta son chapeau sur le lit et se mit à défaire la corde qui attachait son cafetan. — Eh bien ! pourquoi t’a-t-elle fait venir ? — Hum ! c’est toujours comme cela ! Polikouchka est le dernier des hommes, mais lorsqu’il s’agit d’une affaire sérieuse, à qui pense-t-on ? À lui naturellement. — Quelle affaire ? Polikei ne se hâta pas de répondre. Il allume sa pipe et cracha. — Elle m’envoie chercher de l’argent chez un marchand. — Chercher de l’argent ? demanda Akoulina. ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Je déteste voyager avec Polikei, se dit Tambour mécontent : une seule fois dans la vie il m’a nourri et abreuvé à temps, et maintenant que me voilà près du logis, il me joue le tour de me faire rebrousser chemin ! ”
“ Polikeï aimait à boire, et ne supportait pas, en quelque endroit que ce fût, qu’un objet quelconque fût mal gardé : la grosse corde, la sellette, la serrure, la cheville, ou autre chose de plus de valeur trouvaient place chez Polikeï Ilitch. Partout il y avait des gens qui recélaient ces objets et les payaient, par consentement mutuel, avec du vin ou de l’argent. Ces gains sont les plus faciles, dit le peuple : ils n’exigent ni études, ni travail, rien, et quand on en a essayé une fois, on ne veut pas d’autre métier. ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Quatre cent soixante-deux roubles , répondit Polikei d' un air indifférent . Elle secoua la tête . – Quand y vas -tu ? – Elle m' a ordonné d' y aller demain . « Prends , a - t - elle dit , le cheval que tu voudras ... va au comptoir demander les ordres de l' intendant , et que Dieu t' accompagne . » – Que Dieu soit loué , dit Akoulina avec ferveur . Que Dieu te protège , Polikei , ajouta - t - elle à voix basse , pour ne pas être entendue des voisins . Illitch , écoute -moi , au nom du Christ , je te supplie de me promettre que tu ne boiras pas une seule goutte d' eau-de-vie . ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Ilia répétait de temps en temps : — Veux-tu me donner de l’eau-de-vie ? Il aperçut tout à coup la tête de Polikei. — Illitch ! eh ! Illitch, tu es ici ; cher ami ? Je suis l’un des conscrits, le sais-tu ? j’ai fait mes adieux à ma pauvre vieille mère et à ma femme. Ce qu’elles ont hurlé... Oui, me voilà soldat ; veux-tu m’offrir de l’eau-de-vie ? — Je n’ai pas d’argent, répondit Polikei. Espère en Dieu, peut-être te réformera-t-on ? continua-t-il pour le consoler. — Non frère, je suis comme un jeune sapin, jamais je n’ai été malade. On ne peut souhaiter un meilleur soldat que moi. ”
“ Polikeï ne vient pas... — se disait avec inquiétude la maîtresse en s’adressant à Douniacha qui la coiffait. — Où est Polikeï ? Pourquoi ne vient-il pas ? Axutka courut de nouveau au logis des domestiques et de nouveau, entra comme une bombe dans le vestibule et demanda Ilitch chez Madame. — Mais il y a longtemps qu’il est parti, — répondit Akoulina qui, après avoir lavé Machka, venait de plonger dans le baquet son nourrisson et malgré ses cris lui lavait ses rares petits cheveux. L’enfant criait, faisait des grimaces, tâchait d’attraper quelque chose avec ses petites mains faibles. ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ La femme du menuisier avait eu une grande querelle avec Akoulina pour une cuve de lessive que les enfants de Polikei avaient renversée. Elle était enchantée que Madame fît appeler Polikei. Ce ne pouvait être que pour le gronder. — On veut vous envoyer en ville, pour des commissions probablement, continua-t-elle d’une voix moqueuse. On veut envoyer un homme sûr et naturellement on ne peut trouver mieux. Vous aurez la bonté de m’acheter un quart de thé, n’est-ce pas, Polikei Illitch ? ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Pour son malheur, le marchand, à qui il l’avait vendue, était parent de l’un des serviteurs attachés à la maison. Il vint lui faire visite et lui raconta toute l’histoire. Le serviteur n’eut rien de plus pressé que de la communiquer à tout le monde. On fit une enquête et l’on découvrit le coupable. L’intendant, qui n’aimait pas Polikei, s’occupa de cette affaire avec un acharnement tout particulier. La maîtresse en fut instruite, elle appela Polikei. Il se jeta à ses pieds (comme le lui avait recommandé sa femme) , et lui avoua tout en sanglotant. ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Chaque fois qu' il la palpait , il éprouvait un sentiment de profonde satisfaction à l' idée que lui , Polikei , maltraité de tout le monde , il ferait parvenir l' argent à sa maîtresse avec autant de fidélité que l' intendant lui-même . VIII Vers minuit , les ouvriers du marchand et Polikei furent réveillés par des coups violents à la porte . C' étaient les trois conscrits venus de Pokrofsky , Kou-rachkine , Mitiouchkine et Ilia ( le neveu de Doutlof ) , accompagnés du bailli et de leurs parents . ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Pour ne pas déranger son mari, de ses occupations, Akoulina se levait de temps en temps et mouchait la mèche avec ses doigts. Certains sceptiques considéraient Polikei comme un homme léger et un charlatan, d’autres, — et c’était le plus grand nombre, — prétendaient qu’il était un vaurien, mais un homme très fort. Quant à sa femme quoiqu’elle le grondât et le battît même parfois, elle pensait que c’était le premier vétérinaire et la tête la plus forte qu’il y eût au monde. Elle le regardait avec admiration préparer sa drogue. ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Une tristesse immense s’empara d’elle. Elle se tourmentait d’autant plus que la femme du charpentier prétendait avoir rencontré sur la grande route une charrette et un homme qui ressemblait singulièrement à Polikei. Les enfants attendaient aussi leur père avec impatience, mais pour des raisons toutes différentes. Il avait emporté tous les vêtements chauds et les petits se voyaient obligés de garder la chambre ou de faire quelques pas devant la maison. Le froid était si vif qu’ils n’osaient se hasarder bien loin. Seules, la maîtresse et Akoulina pensaient à Polikei. ”
“ « Bah ! ça passera peut-être », et feint de savoir où est le sang, où est la matière, où la veine sèche, où la veine pleine, et tient entre les dents le torchon guérisseur ou la fiole au vitriol, — ce paysan, dis-je, ne peut pas croire que Polikeï lève la main pour couper au hasard. Lui-même ne pourrait le faire. Une fois l’entaille pratiquée, il ne se reprochera pas d’avoir fait couper en vain. ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Le seul inconvénient de ce métier , c' est qu' un beau jour on s' attaque à une personne méchante et désagréable qui vous cause des ennuis et vous fait payer cher le plaisir que vous avez éprouvé grâce à ce genre de vie . C' est ce qui arriva à Polikei. Polikei. se maria . Dieu bénit son union . Sa femme , la fille du vacher , était une paysanne robuste , travailleuse et intelligente . Elle lui donnait chaque année un enfant superbe . Polikei continua son métier , et tout semblait aller bien , lorsqu' un beau jour il fut pris en flagrant délit , et pour une bagatelle . ”
“ Son gamin, Michka, qui était sur le perron exigeait qu’on le mit en voiture ; la bégayante Machka demanda aussi « qu’on la voitule et qu’elle a chaud sans pelisse ». Polikeï, retenant Tambour, sourit d’un sourire paisible, Akoulina fit monter les enfants, et, en s’inclinant vers lui, tout bas, elle lui rappela son serment de ne rien boire en route. Polikeï emmena les enfants jusque chez le forgeron, là, il les fit descendre, se serra de nouveau, renfonça son bonnet et partit seul, d’un petit trot régulier. ”
“ Polikei se mit à raconter qu’un paysan avait donné au docteur un billet bleu et, par ce moyen, s’était fait exempter. Ilia se rapprocha du poêle et devint bavard. — Non, Ilitch, maintenant tout est fini, et moi-même je ne veux pas rester. C’est l’oncle qui en est cause. N’aurait il pas pu acheter un remplaçant ? Non il n’aime que son fils et son argent. Et voilà, on m’envoie... Maintenant, moi-même je ne veux pas. (Il parlait doucement, confidentiellement, sous l’influence d’une tristesse douce.) La seule personne que je regrette, c’est ma mère. ”
“ L’enfant criait. Akoulina se leva et lui donna le sein. Elle ne pleurait déjà plus, mais, de la main soutenant son visage maigre et encore joli, elle regardait fixement la chandelle qui touchait à sa fin. Elle pensait : « pourquoi me suis-je mariée ; pourquoi faut-il tant de soldats ? et comment puis-je me venger de la femme du menuisier ? » Elle entendit les pas de son mari. Elle essuya ses larmes et se leva pour le laisser passer. Polikeï entra bravement. Il jeta son bonnet sur son lit, respira, et se mit à enlever sa ceinture. ”
“ Tambour marchait au pas ; la route devenait plus distincte. Il ôta son bonnet et tâta l’argent. « Le mettre dans mon gousset ? » pensa-t-il « Mais il faut enlever ma ceinture ; voilà, je descendrai là-bas et je m’arrangerai. La doublure du bonnet est bien cousue en haut et en bas, il ne glissera pas. Même jusqu’à la maison, je ne l’ôterai pas du bonnet. » Dans la descente, Tambour, de son propre gré, galopait, et Polikeï, qui voulait autant que Tambour arriver au plus vite à la maison, ne le retenait pas. ”
“ Polikeï, homme infime, taré, et, qui pis est, venu d’un autre village, ne trouvait de protection ni chez la sommelière, ni chez le sommelier, ni chez l’intendant, ni chez la femme de chambre, et son coin était le pire, bien qu’avec sa femme et ses enfants, ils fussent sept. Les coins avaient été construits, au temps du feu seigneur, de la façon suivante. Au centre d’une izba de pierre de dix archines [1] se trouvait un poêle, autour duquel était ménagé le colidor (comme disaient les domestiques) , et chaque angle était séparé par des planches ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Le paysan qui amène à Polikei son cheval souffrant, ce cheval qui n’est pas seulement toute sa richesse, mais un membre de sa famille, ce paysan, en suivant avec intérêt les manipulations de Polikei, en le voyant faire des incisions, ne peut s’imaginer que cet homme soit capable de tourmenter la pauvre bête sans savoir ce qu’il fait. ”
“ D’autres, la majorité, le regardaient comme un mauvais sujet, mais un grand maître en son art, et Akoulina, bien qu’elle injuriât souvent son mari et au besoin le battît, le considérait indubitablement comme le meilleur vétérinaire et l’homme le plus « capable » au monde. Polikeï versa dans le creux de sa main un ingrédient quelconque (il n’employait pas de balances et parlait ironiquement des pharmaciens allemands qui s’en servaient, — « Ça, disait-il, ce n’est pas une pharmacie. ») Polikeï secoua son ingrédient, il n’en trouva pas assez et en versa dix fois plus. ”
“ Une fois Machka tomba sur les jambes de la femme du menuisier qui portait de l’eau, et bien qu’elle se mît à hurler d’avance, en tombant à genoux, elle reçut cependant une volée et pleura encore plus fort. Quand elle ne se heurtait contre personne, alors, à l’aide du baquet, elle grimpait sur le poêle. Seules, Madame et Akoulina s’inquiétaient sérieusement pour Polikeï lui-même, et les enfants ne songeaient qu’à ce qu’il portait sur lui. ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Je sens moi-même que , nous autres gens instruits , nous n' avons pas le droit de nous moquer de Polikei . Les moyens dont il se servait pour inspirer la confiance , étaient les mêmes que ceux qu' on a employés avec nos pères , qu' on emploie avec nous et que l' on emploiera avec nos enfants . ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Cependant, il faut dire qu’il se trompait bien, ce pauvre Polikei en s’imaginant avoir l’air d’un marchand. Tous ceux qui l’auraient examiné de près auraient tout de suite reconnu en lui un simple serf, un pauvre déguenillé... Il aura quatre cent soixante deux roubles dans sa poche ! S’il veut, il fera tourner bride à Tambour et s’en ira loin, bien loin, mais il ne fera pas cela, il portera l’argent à sa maîtresse et dira que ce n’est pas la première fois qu’on lui confie des sommes considérables. ”
“ Et Polikeï se redressait, rentrait l’ouate qui sortait de son bonnet et se serrait encore davantage. Cependant si Ilitch pensait avoir l’air d’un riche postier, il se trompait. Chacun sait, il est vrai, que même les marchands qui ont dix mille roubles, vont dans des charrettes avec des guides de cuir ; mais quand même ce n’est pas la même chose. On voit un homme, avec une barbe, en caftan bleu ou noir, seul assis dans sa charrette que conduit un cheval bien nourri ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Polikei , en un clin d' œil , se cacha au fond du poêle . Le bailli , jeta son morceau de pain et accourut vers la fenêtre . Doutlof mit sa lanterne par terre , ôta sa ceinture et s' approcha d' Ilia qui se débattait entre les bras du bailli et du portier . ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Le marchand le regarda d' un air méfiant ; mais Polikei lui dit en lui montrant sa poche : – Si je voulais j 'achèterais toute ta marchandise . Il essaya la pelisse , la regarda , la retourna , puis déclara que le prix ne lui convenait pas et s' en alla heureux et content . Quand il eut soupé et rempli la mangeoire de Tambour , il monta sur le poêle , ôta l' enveloppe de sa poche , l' examina longuement , pria - le portier de lui lire l' adresse et les mots « ci-inclus quatre cent soixante-deux roubles . » ”
Léon Tolstoï,
Histoire d’un pauvre homme
“ Iégor Ivanovitch a longtemps parlé avec madame des conscrits... il fut question de Polikei Illitch... Madame veut qu’il vienne à la minute... (Elle souffla de nouveau) sans perdre de temps. Elle examina pendant quelques secondes Polikei, Akoulina, les enfants, puis ramassent une coquille de noix, elle la jeta à Anioutka qui la regardait bouche béante et puis répétant : qu’il vienne tout de suite, elle sortit de nouveau comme un ouragan. Akoulina se leva, prépara les bottes usées de son mari, son cafetan et, sans le regarder, lui demanda : — Faut-il te préparer une chemise ? ”
Lev Nikolaevič Tolstoj, Histoire d'un pauvre homme ; Le père Serge… (19..)
“ Madame ordonne à Polikei Illitch de venir immédiatement , dit -elle , essoufflée comme toujours , immédiatement , n' est -ce pas ? Polikei regarda Akoulina , puis Aksioutka . – Je viens ! Que me veut -elle ? dit -il d' un ton si calme , qu' Akoulina se tranquillisa immédiatement ; elle veut me donner une gratification probablement . Tu diras que je viens tout de suite . Il se leva et sortit . Akoulina prit un baquet , le remplit d' eau tiède : – Viens , Machka , dit -elle , que je te lave . Machka se mit à hurler . ”
