“ Une Société des Nations ne paraîtrait pas viable, sans une conversion sincère de nos ennemis à la religion de la paix. Il faudrait que l’Allemagne renversât elle-même l’autel où elle a sacrifié depuis cinquante ans ; qu’elle reniât le culte de la guerre, qu’ont célébré à l’envi ses princes, ses hommes d’État, ses historiens civils et militaires. Pour se résigner à cette apostasie éclatante, elle devrait se sentir irrémédiablement vaincue, perdre toute sa foi dans la mission de civilisation par le glaive, que lui assigne l’orgueil de ses penseurs et de ses écrivains. ”
Beyens
Élements biographiques
L’auteur Beyens, figure intellectuelle du XIXe siècle, se distingue par une réflexion approfondie sur les enjeux politiques et militaires en Europe, notamment à travers ses travaux publiés dans la Revue des Deux Mondes et son étude L’empereur Guillaume.
Son œuvre, marquée par une analyse critique des dynamiques impérialistes et des ambiguïtés de la neutralité belge, explore les tensions entre la paix internationale et les ambitions expansionnistes allemandes. En dénonçant le militarisme prussien et les dérives de la guerre, Beyens interroge les fondements mêmes de la civilisation moderne, illustrant ainsi une pensée à la fois historienne et prophétique, qui anticipe les dilemmes du XXe siècle.
Citations de Beyens
“ Le suicide du peuple russe, préférant acheter la paix à n’importe quel prix pour se détruire plus librement de ses propres mains, ne changerait pas les destinées de l’humanité. Sans lui elle marchera d’un pas plus sûr vers la liberté et le progrès, dont l’Allemagne essaye en vain de barrer la route. Plus vite que lui, s’il réussit à sortir vivant de ses déchiremens intérieurs, l’Europe connaîtra la paix, que l’incroyable suffisance des révolutionnaires de Pétrograd prétendait lui donner, sans qu’ils eussent aucun droit ni aucun titre au rôle de pacificateurs. ”
“ Ses chanceliers, après le renvoi de Bismarck, n’ont été que les exécuteurs plus ou moins habiles de sa volonté souveraine et les chefs d’une armée de bureaucrates. L’un d’eux s’est acquis la réputation d’un homme de beaucoup de talent, mais obligé, comme les autres, de se plier au métier de courtisan. Gouverner, pour un chancelier de l’Empire, ce n’est pas prévoir, c’est obéir à un maître versatile et volontaire. Par d’autres côtés de son caractère, l’Empereur a toujours aimé la société des savans et des professeurs de renom. ”
