“Dans un gouvernement constitutionnel, c'est un devoir à chaque citoyen de veiller à la sûreté de tous, et par conséquent de dévoiler les actions ténébreuses et suspectes. Les brigands, sans doute, se déchaîneront contre vous, et vous comprendront dans leurs assassinats.”
“Les dragons de la Seine , la légion de l'Hérault, celle de l'Isère, les gardes nationales et départementales, et la gendarmerie, étaient sur pied et se battaient; le dévouement de tous leur tenait lieu de renseignemens sur le nombre et la position de l'ennemi. M. le général Donnadieu, avec autant de promptitude que d'énergie , avait fait de telles dispositions, que le premier choc éprouvé par ces brigands fui une affaire décisive contre eux; on sut qu'ils avaient été culbultés sur la route de Claix et sur celle d'Eyberts aussitôt qu'ils avaient été rencontrés par nos troupes.”
“Que l'oubli du passé s'étende sur eux et sur ce qu'ils firent, mais qu'ils ne donnent plus au public les scandaleux débats qui ont fait retentir plus récemment les rives et de l'Isère et du Rhône, et qui, par des récriminations odieuses, ont appris à toute l'Europe que des innocens pourraient bien avoir été pris pour les vrais coupables.”
“Bonaparte, le 17 juin, plein de jactance et d'audace, promet la victoire, et ses compagnons d'armes jurent de mourir pour lui; ceuxci étaient de bonne foi, parce qu'il s'agissait de l'honneur militaire; ce qu'il ne faut pas confondre avec l'attachement pour la personne ; mais le lendemain tout est changé; les braves meurent en effet, tandis que leur général s'échappe furtivement du champ de bataille , et content de vivre encore quand il a perdu fortune, gloire, honneur”
“Enfin Bonaprte, sous la funeste influence des perturbateurs de l'Europe, nous a laissé trois plaies difficiles à cicatriser : le deuil des familles, la ruine de l'état, et, ce qui est peut-être le pire de tout, la division et la mésintelligence entre les citoyens.”
“Quand on est assez malheureux pour être témoin des actes d'injustice et de perfidie , il ne suffit pas de gémir sur le sort des victimes, et de se dire à soi même : Si le Roi le savait; il faut faire en sorte qu'il le sache, et pour cela, il ne faut pas écouler l'immense chapitre des considérations particulières, lesquelles nous conduisent toujours à l'égoïsme, à l'intérêt privé et à une dépendance avilissante ; il ne faut pas craindre que la voix des préjugés étouffe la vôtre, quand vous agirez pour le v bien public.”
“Les militaires francais enfin, hommes d'honneur, fidèles à leur parole autant que braves, si le retour au trône de la dynastie légitime menaçait leurs prétentions, parce que la guerre était devenu leur élément, s'ils avaient perdu l'espoir d'un avancement rapide', et si enfin ils supportaient patiemment les revers du sort à leur égard, aucun d'eux ne fit à Napoléon , leur idole, l'injure de le croire traître à l'honneur et faux à ses sermens.”
“L'approche de la saison pénible , la cherté des denrées , le manque de travail, indisposaient d'un autre côté les ouvriers contre les riches ; ceux ci, que trop souvent un coupable égoïsme conduit, s'aveuglaient sur les suites que pourrait avoir une sédition, et semblaient ignorer que l'indigent et le malheureux regardent comme leurs ennemis tous ceux qui sont dans l'aisance; telle est l'idée que tous les conspirateurs subalternes se font de l'égalité des droits, quand on leur parle de constitution, qu'ils mettent dans la même cathégorie l'égalité des propriétés”
“Depuis que les journaux de nos départemens ne sont plus chargés ni de détails de conspirations , ni, des jugemens des tribunaux, nous lisons avec plus, d'avidité ceux de la capitale, et nous avons vu, dans les bulletins de la chambre des députés, que plusieurs des honorables membres ont demandé aux ministres des éclaircissemens sur l'affaire de Lyon. On n'accusera pas l'esprit de parti d'avoir poussé les orateurs à la tribune , puisque les discours , tant du côté droit que du côté gauche, n'ont été dictés que par le désir de connaître la vérité.”
“Mais il est une sorte de manoeuvres aussi coupables que l'embauchage des villageois et des ouvriers pour la révolte; manoeuvres qui servent à merveille les projets de rébellion , et qui n'ont point été assez désignées à la haine et au mépris qu'elles méritent. C'est un système de calomnie ,entre les habitans d'une même ville ou d'une même commune pour se nuire réciproquement, sous des prétextes qui ne sont plus admissibles , mais que les agitateurs mettent toujours en avant.”
“Le besoin de presser les secours pour renforcer les armées et enflammer l'esprit public, avait rendu nécessaire la création de fonctionnaires supérieurs,réunissant tous les pouvoirs, et intermédiaires entre le souverain et le peuple.”
“Au Ier. février, l'ennemi avait déjà envahi un partie du département de l'Isère, et s'était présenté aux portes de Lyon. On se demande si celte ville qui soutint, au commencement de la révolution , un siège fameux , n'ayant pour défenseurs que ses seuls habitans, ne pouvait pas encore résister aux efforts d'une armée d'Autrichiens, puisqu'elle a dans ses murs une élite de guerriers français, et que , d'une autre part, elle est fortement défendue par le voisinage des départemens du Sud et de l'Quest.”
“Quel exemple ! Napoléon est reçu avec transport quand il débarque chargé de promesses!; mais des que le sort le trahit et que la fortune se lasse pour lui, le peuple l'abandonne. Ne nous trompons pas, si depuis , dans les divers tumultes qui ont agité les bords de l'Isère et du Rhône; son nom était invoqué, ce n'était que pour servir de mot d'ordre, et si cela eût été nécessaire, les malveillans en auraient donné un autre.”
“Engageons ceux qui sont victimes de prétentions qu'ils s'efforcent en vain de rajeunir , parce qu'elles ne sont plus admissibles, à oublier ce qu'ils furent autrefois, et à ne plus vivre dans le passé, mais bien à rester en paix, et à ne plus s'opposer au torrent qui entraîne le siècle.”
“Une famine est toujours, à coup sûr, un des meilleurs moyens de faire mouvoir le peuple, , et certainement ce moyen n'était pas négligé pour obtenir un résultat : tantôt les bleds du Dauphiné avaient été enlevés et transportés en Savoie”
“Laissons à ceux qui ont le cerveau vide , le soin de débattre la question des prééminences ( 124 ) dans la société , ou bien à ceux qui sont tourmentés tout à la fois par l'orgueil et par l'intérêt, et qui ne veulent rien rabattre ni de l'un m de l'autre ; car dans le siècle actuel, où l'homme n'a aucun droit sur son semblable, où toute espèce de prérogative est abolie, ou ne peut guère se représenter la noblesse que dans celui qui dit : Je suis maître absolu de moi, je ne dépends de personne , et la loi seule me commande.”
“De légers murmures, tantôt d'espoir, tantôt de douleur , suspendent par intervalle la lecture, et Sur chaque visage se peignent avec la rapidité de l'éclair, les diverses émotions que les circonstances font naître.”
“Or, certainement, si sa conscience ne suffit pas pour dédommagement de l'injustice des hommes , à celui qui n'a rien à se reprocher, il n'a pas besoin de ménagement, et ses plaintes ne sont que les cris d'un pervers qu'on fustige.”
“Quel est l'honnête homme, d'ailleurs, qui, ferme dans ses principes, constant dans ses opinions et indépendant par caractère , n'a pas éprouvé des vexations sous quelques - uns des cinq ou six gouvernemens qui se sont succédés en France depuis vingt-sept ans? quel est celui qui n'a pas été en butte aux efforts de ces hommes vils, soumis à tous les régimes, et toujours contens d'être écrasés par leurs maîtres , pourvu qu'à leur tour ils puissent tyranniser les êtres innocens et paisibles (1) .”
“C'est au moins ce qu'envisage avec une sorte de satisfaction _, une classe de gens ,non moins ennemis de leur pays que les vils fauteurs du désordre dont nous signalons sans cesse les obscures manoeuvres. Ce sont les accapareurs; ils n'ont que l'intention de travailler exclusivement pour eux, et n'en secondent pas moins les voeux des anarchistes, en produisant le double mal d'une augmentation dans le prix des denrées, et d'une inquiétude séditieuse parmi de malheureux affamés qui ne veulent que du pain pour leurs enfans.”
“LES mêmes causes produisent les mêmes effets ; axiome en physique dont il est impossible de refuser l'application aux événemens qui ont pendant quelque temps agité les deux départemens de l'Isère et du Rhône, surtout si on a été à portée d'apprécier les choses et de juger les hommes”
“Vous qui lisez celte bagatelle, vous allez me demander quels sont ces malveillans, quels sont ces conspirateurs dont il est question sans cesse, et,qu'on ne désigne jamais nominativement.. Le devoir d' un bon Français est de se dévouer à sa patrie , et celui qui connaît des conspirateurs est tenu de les livrer au ministère public, et d'assurer le sort de l'état qui pourrait être en danger.”
“Une conspiration devait éclater et renverser le gouvernement; tous les royalistes et les prêtres devaient être égorgés, et faire le dénoûment de la tragédie ; mais quel était le point d'où devait partir le signal pour commencer ' la-révolte ? c'est ce qu'on ignorait; et à quelle époque ? c'est ce qu'on ignorait encore, quoique depuis plusieurs jours on commençât à fixer le moment de cette expédition. Grenoble, depuis l'affaire du 4 mai , avait beaucoup perdu de son crédit parmi les agitateurs et les crédules”
“Le peuple qui s'était montré si ardent pour l'usurpateur, n'avait jamais cessé d'estimer et d'honorer Louis XVIII, et après une malheureuse expérience il ne lui fut pas difficile de reconnaître pour son Roi, celui dont il avait toujours proclamé les vertus, tout en cédant à une impulsion perfide ; on lui a toujours entendu dire : C'est, un brave homme, un honnête homme, mais ce sont les gros Ces gros que les malveillans cherchaient à grossir pour faire craindre sans cesse à la foule des ignorans et des crédules, le joug de la féodalité, comprenaient généralement les riches et les puissans”
“Une curiosité respectueuse nous a quelquefois révélé ces secrets, et nous a appris que les soulagemens offerts aux pauvres ne venaient pas toujours de la part de ceux dont ils étaient le plus en droit d'en attendre.”
“Outre les provocations qui avaient toujours lieu dans les communes rurales des deux départemens (car c'est toujours parmi la portion du peuple la moins instruire , qu'on trouve le plus facilement des dupés) , de petits mécontentemens, de petits symptômes de sédition se manifestaient presque journellement dans les villes de Lyon et de Grenoble , à tel point que pendant la nuit du 5 au 6 mars , dans les rues de cette dernière, on porta l'audàce jusqu'à apposer des placards et des affiches séditieux”
“Encourageons l'industrie , les manufactures et les arts qui de tout tems ont accru la prospérité publique , et qui ont toujours valu à la France le premier rang parmi les nations civilisées. Notons d'infamie l'opulence égoïste qui n'existe que pour elle, et qui croit avoir répondu au cri de l'humanité , en donnant de stériles conseils là où il faut ouvrir les greniers et la bourse”
“Qu'ils soient assez sages maintenant pour se passée de ce qui n'est plus en leur pouvoir : alors la fortune n'est plus qu'une maîtresse capricieuse dont on a une fois obtenu les faveurs, mais qu'on brave dès qu'elle vous dédaigne.-On ne spéculé plus en grand, mais on se resserre davantage dans le cercle plus étroit de ses moyens d'existence y et au lieu de compter combien un château coûte d'entretien par an , on calcule ce qu'un honnête homme peut manger de pain.dans un jour.”
“COMMENÇONS l'année par rendre hommage à toutes les personnes bienfaisantes des deux départemens , soit qu'en exerçant des fonctions publiques elles aient maintenu par leur zèle et leur fermeté, le bon ordre, en dépit des agitateurs, soit que, simples particuliers elles aient concouru par leur générosité à alléger le double fardeau des charges de l'Etat et de la misère de tant d'indigens, pendant les derniers dix-huit mois.”
“Je me hâte d'arriver au terrible dénouement , parce que c'est encore là où se manifeste le mieux le caractère des habitans de l'Isère et du Rhône, ainsi que leur sincère patriotisme; bien fait pour les excuser de leurs erreurs. Les souverains alliés n'avaient pas voulu recevoir la proposition de Napoléon, et celuici dut se préparer à la guerre. Au commencement de juin, son armée principale, assemblée en Flandre, se trouva en état d'ouvrir la campagne”
“Mais néanmoins il était arrêté qu'avant la moisson prochaine , là secousse générale aurait lieu, et qu'enfin on tenterait à Lyon un coup pour le moins aussi important que celui de l'année passée à Grenoble ; l'espoir de la réussite était dautant plus grand qu'il se trouvait une puissante ressource pour exciter le peuple à s'insurger, la disette enfin, prétexte qu'il est si facile d'admettre et d'excuser, moyen qui dans ce moment devait, surtout à Lyon , multiplier les mécontens, et fournir autant d'auxiliaires que de malheureux.”
“Les habitans de l'ïsère conserveront long-temps le souvenir d'un magistrat qui, (60 ) dans un moment critique , sut joindre à la sévérité des fonctions qu'il avait à remplir, tous les égards dus au malheur et à l'égarement de quelques individus ; et tous ceux qu'une fatale divergence d'opinions sépare encore, regretteront que Sa Majesté n'ait pas toujours auprès de ses peuples, de tels interprètes de ses sentimens. Enfin le danger est passé ; la ville et le département sont en sûreté contre les tentatives des factieux du bourg d'Oisans”
“Enfin,, nommerons-nous tant d'autres individus, la plupart dupes de suggestions perfides , presque tous ; ignorans et grossiers, et par conséquent séduits facilement par l'appât du pillage, par l'espoir de places qu'ils n'eussent jamais été en état d'occuper, ét enfin plus dignes de la pilié des-hommes sages que de la rigueur des tribunaux ?”
“Que viendrait-il faire en France ? Il y a renoncé solennellement; un souverain est, plus qu'un autre homme, tenu de garder sa parole. Ainsi répondaient les militaires et tous ceux qui depuis se montrèrent ses plus chauds partisans. Le 4, grande rumeur 5 la nouvelle parvient à Lyon et se confirme à Grenoble; des estafettes et des couriers passent, nuit et jour, et le lendemain 5, on connaît déjà les détails de , ce débarquement ; il a eu lieu le Ier. mars au golfe Jouan , près de Cannes; il est certain que Napoléon s'avance sur Grenoble avec sa garde.”
“Oui, l'amour de la patrie , car le nom de Napoléon ne se trouvait répété que parce qu'il était lié aux faits , et l'on ne s'inquiétait guère de ce qu'en ferait les alliés , mais bien de ce que deviendrait la France. Mais outre l'intérêt général , nous avions encore un intérêt particulier qui nous inquiétait en notre qualité d'habitans limitrophes. Nous reportons notre esprit sur ce qui s'est passé dernièrement, et nous ne voyons rien de bien rassurant sur l'existence politique de nos départemens ; car n'ayant rien fait de méritotre pour interceder avec espoir auprès de”
“Les coupables dont vous exigez la désignation peuvent vivre en paix sous le voile qui les a cachés jusqu'ici, parce que l'union de la majeure partie des Français entre eux , rend toutes démarches, perturbatrices, inutiles ; mais encore il n'est (44) point superflu de se tenir en garde contre les discours trompeurs et les insinuations perfides; les habitans dès campagnes, plus crédules, en sont ordinairement les dupés et lés victimes, ainsi que nous allons le voir dans les tristes événemens des 4 mai 1816 et 8 juin 1817.”
“Sur la fin du mois, on parlé encore de Murat, et on dit qu'il à de, grandes relations avec l'île d'Elbe; que peuvent-ils machiner contre le bonheur des peuples? C'est ici qu'on commehce à s'apercevoir de l'accord de la famille Bonaparte avec la secte des agitateurs ; mais tout se préparait en silence. Le Ier.et le 2 mars, il ne se dit encore rien (25) dans Grenoble ; mais le 3, sur le soir, on dit que Napoléon est débarqué ; cette nouvelle circule avec vitesse, et pourtant tout le monde refusait d'y croire.”
“Ces deux ennemis de la patrie, d'accord dans leurs principes, s'unirent bientôt pour un thème but, parce qu'ils se sentirent trop (4) faibles pour agir isolément et n'écouter que leurs intérêts particuliers; ils formèrent dèslors cette espèce de conspiration , sans plans fixes, sans époque déterminée pour l'exécution , mais toujours constante dans son but, celui de tirer parti des circonstances et des lieux, pour diviser les citoyens et renverser le gouvernement établi”
“Les événemens du 8 juin 1817 ont pu apprendre combien il fallait encore presser et stimuler les gens de la campagne, pour agir hors de leurs hameaux, el combien il est difficile d'arracher un artisan à son atelier et à sa famille, même en promettant le pillage. Mais les machinateurs avaient, leurs gens , leurs espions , leurs sicaires : et , suivant leur usage, ils mirent en avant tous les rebuts de la société.”