“ Tandis que le Chalicodome roussâtre est presque toujours solitaire, celui des hangars aime le voisinage de ses pareils, et c'est par milliers quelquefois qu'on le voit établi sous un même abri. Mais ce n'est point là une société véritable, où chacun, en travaillant pour soi, concourt au bien de tous. C'est un simple concours d'individus que les mêmes goûts, les mêmes aptitudes rassemblent au même endroit, où la maxime du chacun pour soi se pratique dans toute sa rigueur, «enfin une cohue de travailleurs rappelant l'essaim d'une ruche uniquement par le nombre et l'ardeur». ”
Jean M. Pérez
Élements biographiques
Jean M. Pérez, auteur majeur de la littérature naturaliste, examine avec rigueur les dynamiques sociales et biologiques des insectes, notamment dans son œuvre emblématique Les abeilles. À travers une observation méticuleuse, il démontre les mythes entourant la coopération collective, mettant en lumière la tension entre individualisme et solidarité chez les abeilles.
Son écriture, à la fois scientifique et poétique, interroge les frontières de l’intelligence animale et les structures de domination dans les sociétés insectiles, résonnant avec les réflexions de Jean-Henri Fabre tout en développant une pensée critique sur la nature humaine.
Citations de Jean M. Pérez
“ Voyez au contraire cette autre abeille, dont la défroque pelée dit assez l'expérience acquise, les travaux accomplis, une vieille butineuse enfin: brusquement elle franchit le seuil, la tête levée, pleine d'assurance; c'est tout au plus si elle s'arrête un instant à donner un dernier coup de brosse à ses yeux, à ses antennes, pour s'élancer aussitôt, en droite ligne, pressée d'arriver tout là-bas, où elle sait des fleurs riches de pollen et de miel, qu'elle a hâte de recueillir.Quel est donc le but des jeunes ouvrières qui font le soleil d'artifice? Il se devine aisément. ”
“ Le motif de leur stupide inaction ne saurait être que celui-ci,» c'est que, «pour la percer, il faudrait renouveler l'acte qui vient d'être accompli, cet acte auquel l'insecte ne doit se livrer qu'une fois en sa vie; il faudrait enfin doubler ce qui de sa nature est un, et l'animal ne le peut, uniquement parce qu'il n'en a pas le vouloir. L'abeille maçonne périt faute de la moindre lueur d'intelligence. Et dans ce singulier intellect, il est de mode aujourd'hui de voir un rudiment de la raison humaine!» ”
