“ Il était d'une blancheur si éblouissante que j'avais peine à le regarder.—Mais il n'est pas si horrible, ton rêve, fit la baronne en souriant.—Attends, grand'mère, fit la jeune fille. Tout à coup, reprit-elle, je vis la tige du lis grossir, devenir semblable à un corps de femme et prendre la couleur de la chair.En même temps, la fleur se métamorphosait aussi, avait pris un visage humain: je vis que le visage me ressemblait.Le lys, c'était moi.—Je t'ai souvent, en effet, dit la baronne, comparée à un beau lys.—C'est pour cela, en effet, fit Laurence, que j'ai fait ce rêve. ”
Jules de Gastyne
Élements biographiques
Jules Sillas Benoist, dit Jules de Gastyne (1847-1920), écrivain, journaliste et dramaturge français, a façonné une œuvre marquée par le mélodrame, les récits policiers et les intrigues sentimentales. Auteur de romans-feuilletons comme Le Drame des Chartrons (1888) ou Jusqu’au crime (1912), il s’illustre dans les récits où des héros innocents sont accusés de crimes, entourés de trahisons et de suspense.
Son théâtre, tel que Balthazar Gérard (1872), combine comédie et drame, tandis que son personnage de détective amateur, Marc Jordan, incarne une figure emblématique de la littérature policière. Son style, à la fois sensuel et dramatique, révèle une maîtrise des tensions sociales et des passions humaines.
Citations de Jules de Gastyne
Jules de Gastyne,
La Femme nue, par Jules de Gastyne
(1883)
“ Il n'était pas chez Zagfrana. C'était une inconnue qu'il avait étranglée. Il revint à la morte, la palpa de nouveau. Son épouvante le reprit, quand il déroula les torsades épaisses et soyeuses des cheveux. C'étaient les cheveux de Swarga. Il les reconnaissait au contact... Le misérable se leva de nouveau, tout hérissé d'horreur et renouvela ses cris et ses appels désespérés. On y répondit par un ricanement sourd, qu'il reconnut aussitôt. Puis la chambre s'éclaira soudain. Sir Fabius vit sa fille étendue à ses pieds, sans mouvement, plus pâle que sa robe blanche. ”
“ La baronne, épouvantée, se signa involontairement.Et Laurence n'eut pas la force de pousser un cri que la souffrance allait lui arracher.Elle devint plus blême et resta comme foudroyée.—C'est la colère de Dieu, dit l'implacable baronne, qui tonne sur ta tête coupable!Laurence répéta:—Je vais mourir, grand'mère, je vais mourir. Ayez pitié de moi!—Dis-moi que c'est lui!—Non, jamais.—Oh! qu'il soit maudit, lui et ses enfants jusqu'à la dixième génération!Et madame de Frémilly étendit au-dessus de la tête de sa petite-fille sa main droite et décharnée, qui semblait commander à la foudre. ”
