“ Terre où les paysans ont l’âme douce et grande, Où l’infini des flots sous l’infini des cieux, Attirant malgré lui le pâtre de la lande, Met un chant à sa lèvre, un rêve dans ses yeux. Alors il vous admire en son âme naïve, Vous, l’homme des cités et le poète instruit, Qui pouvez prendre au vol la beauté fugitive Ou dans un vers profond donner la voix au bruit. Mais poètes, bergers, tous ignorent l’envie ; Tous les chanteurs d’Arvor ont le cœur généreux ; Tous, unis par l’amour, séparés par la vie, Ont le cœur assez grand pour se comprendre entre eux. ”
Ludovic Jan
Élements biographiques
Ludovic Jan (1864-1894), poète français, aborde dans ses œuvres les thèmes de la nature, de la vie rurale et des réflexions existentielles, comme le montrent ses œuvres principales Dans la bruyère et Les Poètes du terroir.
Son lyrisme, marqué par l'idéalisme et la mélancolie, célèbre la beauté des paysages bretons tout en questionnant la relation entre l'homme et l'infini. À travers des images oniriques et une prosodie soignée, il associe le chant des bergers à la quête spirituelle, révélant une sensibilité à la fois terrienne et transcendante.
Citations de Ludovic Jan
“ Et Pierrot tend les mains à la poussière d’or... Sur les déserts de glace, au fond de la ravine, Se disperse toujours la semence divine, Sans éveiller l’écho de la terre qui dort. Levant les yeux au ciel et se heurtant aux pierres, Tel qu’un fantôme blanc sous le neigeux linceul, Pierrot court ; dans la nuit il passe, blême et seul : Et les astres de flamme empourprent ses paupières. Il franchit les torrents, il gravit les sommets... Allumant dans sa chute un rose crépuscule, Sous les cieux plus profonds le poudroiement recule, Chaque astre tombe, luit, et s’éteint à jamais. ”
“ De l’ombre bleue où tout s’enveloppe et s’endort ; Au firmament déjà la lune tend ses toiles, Où viennent s’accrocher, comme des mouches d’or, Le lumineux essaim des tremblantes étoiles. Soudain, la nuit plus noire a croulé comme un poids Lourdement sur le cœur inquiet du poète. Il se dresse, sentant, par tous ses membres froids, S’enrouler le frisson de cette horreur muette Où ses yeux ont perçu d’invisibles effrois. Et puis, voici le jour. Des lumières très douces Se forment et bientôt se détachent dans l’air Sur les arbres, sur les buissons et sur les brousses ”
