“ Au bout de la troisième année, M. Des Tournels, qui n’avait surpris ni plaintes, ni soupirs, ni regrets, et qui, vivant entre son gendre et sa fille, les voyait toujours unis et prompts à de mutuelles concessions, respira comme un homme dont la conscience est enfin soulagée d’un grand poids. — Eh bien ! n’avais-je pas raison ? dit-il un jour à Berthe. Es-tu convaincue qu’on peut ne pas aimer son mari en l’épousant et n’être pas moins heureuse avec lui ? — Certainement, répondit Berthe, qui achevait de s’habiller pour aller au bal. ”
A. Achard
Résumé
L’Eau qui dort, d’A. Achard, explore les tensions entre amour, devoir social et recherche du bonheur à travers les destins de personnages comme Berthe, Francis d’Auberive et Sabine. Dans un cadre parisien raffiné, le roman dévoile les contradictions des mariages d’intérêt, les sacrifices silencieux et les chimères de la jeunesse.
Les dialogues percutants et les réflexions sur l’indifférence ou la passion révèlent une société où les apparences masquent les désirs refoulés. Publié dans un contexte littéraire proche des récits de mœurs, l’œuvre questionne la liberté individuelle face aux normes conjugales.
Citations de L’Eau qui dort (A. Achard)
A. Achard,
L’Eau qui dort
(1876)
“ Il a péché, il pèche, il péchera ! — Amen, répondit madame de Sarens. M. de Sombreuse était ému sincèrement et le laissait voir ; s'il riait du coin des lèvres, une tristesse noire remplissait ses yeux. — Ce n'est pas tout que de la désirer, cette sottise qui vous étonne, reprit-il ; encore faut-il pouvoir mettre son cœur à l'unisson de son envie. Sabine, qui jouait avec son éventail, se mit à rire. — Je vois ce qui vous embarrasse, poursuivit-elle, un homme qui a le culte de la fidélité ne veut pas laisser croire qu'il peut changer comme un simple mortel. ”
A. Achard,
L’Eau qui dort
(1876)
“ Sabine ne lui cacha rien. En un instant tout son cœur fut à nu. — Je ne regrette pas de mourir, dit-elle. S'il m'était donné de ressaisir la vie dans les conditions mêmes qui ont troublé ma pensée, je ne le voudrais pas. Le bonheur tel qu'on le rêve, est-ce bien le bonheur?. Je n'en voudrais pas faire l'expérience. Ce que je sais bien, c'est que j'ai beaucoup souffert en me roidissant contre ma propre douleur. Je me suis trouvée à vingt ans sans autres appuis que l'orgueil et l'ironie. Ils ont été mon frère et ma sœur. Mes larmes coulaient en dedans. ”
