A. W. Schlegel

Résumé

A. W. Schlegel Revue des Deux Mondes

Pétrarque était dans une position plus favorable que Dante : son immense célébrité lui servait de garantie. Il était l’oracle des savans, l’idole des admirateurs de la belle poésie, le confident, l’ami de plusieurs princes, et l’orgueil de sa nation. La vérité, dite courageusement, a aussi sa puissance : ses sonnets ont eu un libre cours en Italie, et la censure tardive du concile de Trente n’a produit aucun effet.
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Le sujet doit paraître épuisé par ces quatre sonnets : tout ce qu’on pourrait ajouter ne serait que redites. Mais M. Rossetti ne se contente pas de cela. Quand le poète exalte de mille manières la beauté, la grâce et la vertu de Laure, c’est toujours le jargon des sectaires, et cela s’applique à tous les chantres de l’amour. La Béatrice de Dante est la secte ; la Selvaggia de Cino da Pistoia est la secte ; la Laure de Pétrarque est la secte ; la Fiammetta de Boccace est la secte ; bref, la secte est la bien-aimée de tout le monde.
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Tout le monde sait que Dante et Pétrarque ont signalé sans ménagement la corruption de la cour de Rome et d’Avignon et les abus du régime ecclésiastique, mais personne n’avait encore soupçonné que, même dans leur pensée la plus intime, ils se fussent séparés de l’église catholique, ou qu’ils en eussent rejeté les dogmes. Ce que nous disons de ces grands hommes n’a pas pour but de rétablir leur réputation d’orthodoxie ; c’est comme poètes qu’il nous importe de les justifier, et d’effacer la flétrissure que M. Rossetti tâche d’imprimer à leur front.
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