Adolphe Belot

Adolphe Belot

Mélinite (1888)

Résumé

Portrait de Adolphe Belot Adolphe Belot Mélinite (1888)

Un des cheveux de madame la duchesse me gênait, dépassait toujours les autres, et, n'ayant pas de ciseaux sous la main, je l'ai coupé avec mes dents.
En même temps, elle s'était relevée et elle me montrait, au milieu de ses dents pointues, de ses lèvres entr'ouvertes, un bout de cheveu blond.
A demi souriante, à moitié sérieuse, je lui dis :
— La prochaine fois, servez-vous de ciseaux. Vous useriez trop vite vos dents à ce métier-là.
— Oh ! non ! répliqua-t-elle. Les cheveux de madame sont tellement fins. Jamais je
n'en ai vu de si beaux, d'une si jolie nuance.
Source : Gallica

Portrait de Adolphe Belot Adolphe Belot Mélinite (1888)

Mais une curiosité, dont je ne puis me défendre, me pousse à désirer savoir où a passé ce million? En même temps, j'ai peur de l'apprendre. Oui, une crainte vague me tient l'esprit, m'étreint le cœur. Je me demande, par moments, si la disparition de toutes ces valeurs ne se rattache pas à la mort imprévue, étrange de mon mari. Il s'était toujours bien porté, jamais une maladie, un malaise. Depuis quelques semaines seulement, je le trouvais préoccupé, triste, un peu sombre. Souvent il ne paraissait pas m'écouter quand je parlais. Sa pensée n'était pas avec moi.
Source : Gallica

Portrait de Adolphe Belot Adolphe Belot Mélinite (1888)

Oui, sous un prétexte de vengeance, croyant obéir à un bon sentiment, je commettais de vilaines actions, indignes de moi. N'est-il pas honteux d'accepter de l'argent d'une fille, même pour le distribuer aux pauvres? Ce million lui appartenait puisqu'on le lui avait donné.
Le duc a-t-il songé à le lui reprendre ? Non, certes. Pourquoi l'ai-je repris ?
Et quant à cette autre façon de venger mon mari, en infligeant des supplices semblables à ceux qu'il a subis, je la réprouve, j'en rougis. Je ne me pardonnerai jamais
une telle faute!.
Source : Gallica

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