Adrien Chabot

Résumé

Adrien Chabot Revue des Deux Mondes

Comme un fumeur d’opium, il sent qu’il va mourir ; ne le dérangez pas, son rêve parfumé vaut mieux que la vie. Vivre au sein de celle qu’on aime, mourir d’ivresse et rester enfoui dans son cœur, n’est-ce pas l’image de la félicité sur la terre ?
Marengo Rousselin vivait ainsi dans l’ombre de celle qu’il aimait ; les momens qu’il passait près d’elle suffisaient à sa joie de chaque jour, et le bonheur intime qu’il emportait en la quittant durait en lui jusqu’à l’heure de la revoir, comme en sortant d’une chambre chaude, on garde la chaleur.
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Adrien Chabot Revue des Deux Mondes

Quand il se sentait bien et qu’il était en verve, il demandait son violon, et là, pour lui et pour elle, il jouait ses airs favoris. Les cordes ne vibraient pas bien fort sous ses doigts desséchés, mais il y avait dans son exécution lente et mélancolique un charme particulier d’élégie.
Il n’avait jamais reparlé du passé ; il avait pourtant parfois dans son regard un accent de passion qui trahissait ses regrets. Un sourire de pitié pour lui-même lui venait aux lèvres ; il levait alors les yeux au ciel comme pour implorer l’oubli.
Simon ne venait presque plus. Juliette se désolait
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Adrien Chabot Revue des Deux Mondes

Seule, une petite lueur veillait comme l’âme de la maison endormie. Il la connaissait bien, c’était la fenêtre de Juliette. Il mit sa main sur ses yeux et suivit par la pensée celle qui, désormais, était sa vie entière. Puis la lumière s’éteignit ; c’était, comme chaque jour, la dernière de la maison. Le père Rousselin reprit, à travers la prairie, le chemin de sa demeure. Les semelles minces de ses escarpins de danse laissaient passer les tiges du foin coupé, mais sa tête était trop près du ciel pour sentir ce qui se passait à ses pieds.
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