“ Dès les premiers temps de cette 115 expédition dont la gloire jette un éclat si pur et si durable sur la noble couronne de France, la presse en a critiqué avec une violence inouïe les causes, les moyens, les préparatifs, les chances de succès. Insensible à l'honneur national, il n'a pas dépendu d'elle que notre pavillon ne restât flétri des insultes d'an barbare. Indifférente aux grands intérêts de l'humanité, il n'a pas dépendu d'elle que l'Europe ne restât asservie à un esclavage cruel et à des tributs honteux. ”
Résumé
“Causes secrètes de la conjuration royale et ministérielle du pavillon Marsan contre le peuple français ; suivi du tableau historique des événements qui ont précédé, accompagné et suivi la révolution des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, renversé le trône de Charles X, et forcé ce prince à passer en pays étranger ; accompagné de pièces authentiques et révélations importantes sur les personnages les plus influents de la cour et des ministères”, publiée en 1830, est une œuvre de . Des thèmes tels que la France, pavillon Marsan ou Charles X y sont abordés.
Citations de Causes secrètes de la conjuration royale et ministérielle du pavillon Marsan contre le peuple français… ()
“ Louis XVIII ne pouvait ignorer que ses plus grands ennemis étaient dans sa propre famille; qu'un autre roi régnait près de lui, sous le même toit; que ce rival était plus puissant que lui ; que les Chambres secondaient de fait et d'intention les plans du pavillon Marsan. La Chambre introuvable ne savait que proscrire tout ce qui se rattachait aux institutions nouvelles. Encore quelques jours, et la contre-révolution était entièrement consommée, et le même jour verrait le triomphe de son frère et de sa faction, qui dirigeait toutes ses volontés. ”
“ Les avertissements ne lui ont pas manqué; la presse périodique, le cri de la France entière lui signalait l'abîme où la poussait une faction criminelle, dont tous ont été , comme leurs prédécesseurs, les instruments et les victimes. La révolution de 1830 est sans exemple dans l'histoire, comme la conspiration qui en a provoqué l'explosion. Imposée à la France envahie et non conquise par l'Europe armée, cette famille ne comprit ni ses intérêts ni ceux du pays qu'elle allait gouverner. ”
“ Nul de vos sujets, Sire, n'est à l'abri d'un outrage, s'il reçoit de son souverain la moindre marque de confiance ou de satisfaction. Un vaste réseau, étendu sur la France, enveloppe tous les fonctionnaires publics ; constitués en état permanent de prévention, ils semblent en quelque sorte retranchés de la société civile; on n'épargne que ceux dont la fidélité chancelle ; on ne loue que ceux dont la fidélité succombe ; les autres sont notés par la faction pour être plus tard sans doute immolés aux vengeances populaires. ”
“ Une loi inspirée par le génie infernal de l'inquisition, et tout-à-fait en opposition avec nos institutions, notre siècle et nos moeurs, est emportée d'assaut aux deux chambres par un favori de la congrégation. Les noms de loi du sacrilège et de Peyronnet semblent appartenir à un autre siècle et à un autre pays; elle ne souillera plus, il faut l'espérer, notre législation criminelle. Assuré de la majorité dans la chambre élective, le ministère Villèle ne garde plus de mesure; il marche à front découvert, la fraude et la corruption sont érigées en système de gouvernement. ”
“ A onze heures, des régiments de la garde royale, les Suisses et l'artillerie entrent à Paris au pas de charge; ils se divisent en trois colonnes et se dirigent sur le quai du Louvre, les boulevards et la rue Saint-Honoré. Cette colonne ne pénètre qu'avec peine dans la rue ; les patriotes armés s'embusquent dans les maisons ;on entend partout ces cris : vive la liberté! vive la Charte! à bas les armes. La troupe, forcée de marcher en rangs serrés, est bientôt assaillie de pierres, de bouteilles, de tuiles lancées des croisées; elle riposte par des décharges de mousqueterie et à mitrailles. ”
“ Dans l'état des choses, les faits, quand ils ne sont pas entièrement supposés, ne parviennent à la connaissance de plusieurs millions de lecteurs que tronqués , défigurés, mutilés de la manière la plus odieuse. Un épais nuage, élevé par les journaux, dérobe la vérité et intercepte en quelque sorte la lumière entre le gouvernement et les peuples. Les rois vos prédécesseurs, Sire, ont toujours aimé à se communiquer à leurs sujets : c'est une satisfaction dont la presse n'a pas voulu que Votre Majesté pût jouir. ”
“ Que de sang a coulé à Nîmes, à Lyon, à Grenoble , à Marseille, à Avignon, à Paris ! que d'assassinats en masse ont décimé les populations! Nous avons dit et prouvé que le premier soin du comte d'Artois, en rentrant en France, avait été de réorganiser la Vendée, de ranimer le fanatisme des paysans de l'ouest , de récompenser par des pensions , par des grades militaires , par des lettres de noblesse, les anciens chefs de bande. ”
“ Indépendamment des régiments retranchés dans cette longue ligne du Louvre à la barrière de l'Étoile, quatorze mille hommes et une nombreuse artillerie étaient campés au bois de Boulogne, et Marmont avait répondu de la soumission ou de l'extermination des révoltés. La nuit suspendit les combats. On n'entendait que des feux de tirailleurs. Les patriotes avaient arboré les couleurs de la victoire et de la liberté. On s'attendait à une triple attaque, et plus terrible et plus formidable. On fortifia les barricades; on en décupla le nombre; on veilla sous les armes toute la nuit. ”
“ Amis intimes du peuple dont nous faisons partie, nous avons lu dans l'âme de nos frères toute l'horreur qu'inspirent les procédés aussi insensés que ceux d'une famille qui doit être rayée pour toujours du catalogue des rois. Ni l'un ni l'autre de ses membres n'est digne de régner sur nous... Ah ! nous perdrions à jamais le droit de nous plaindre de nos oppresseurs, si nous étions assez lâches pour ne pas leur infliger le châtiment qu'ont mérité leurs forfaits! ”
“ Le but de la Sainte-Alliance était l'asservissement des peuples : quelques familles de rois s'étaient partagé l'Europe ; cette ligue nouvelle ne pouvait espérer aucun succès tant qu'il resterait une seule trace de gouvernement représentatif; la France surtout était considérée comme le foyer des idées révolutionnaires. Les prétendus hommes d'État, sous la direction du grand prévôt de l''Europe, le vieux Meternick, regardaient les jésuites comme seuls capables de consommer ce grand oeuvre, et la cour de France fut mise à la merci de la congrégation. ”
“ Dans plusieurs cités du premier ordre, des scènes tumultueuses alarment, agitent les populations; du haut de leurs chaires, au pied des autels, dans le secret du tribunal de la pénitence, dans les réunions nocturnes des initiés, les missionnaires donnent le conseil et le signal d'une guerre religieuse; Rouen, Lyon, Toulouse, Marseille, Bordeaux, Nancy, voient se renouveler les scandales de la ligue du seizième siècle. Une guerre d'extermination était déjà déclarée aux écrivains constitutionnels et à la presse périodique. ”
“ Une démocratie turbulente, qui a pénétré jusque dans nos lois, tend à se substituer au pouvoir légitime. Elle dispose de la majorité des élections par le moyen de ses journaux et le concours d'affiliations nombreuses. Elle a paralysé, autant qu'il dépendait d'elle, l'exercice régulier de la plus essentielle prérogative de la couronne , celle de dissoudre la chambre élective. Par cela même, la constitution de l'Etat est ébranlée : Votre Majesté seule conserve la force de la rasseoir et de la raffermir sur ses bases. ”
“ La noblesse émigrée avait reparu parmi nous à la suite de l'Europe armée par ses intrigues ; les chefs de ces bannis avaient retrouvé un trône, des trésors; la noblesse, qui avait partagé la honte et les privations d'un long exil, avait retrouvé des emplois lucratifs , des pensions et un milliard. Les opinions des partisans de ce qu'on appelle la restauration avaient changé avec leurs intérêts ; au désir de posséder avait succédé celui de conserver leur part d'un si riche butin. Mais le clergé , que le budget annuel dotait de quelques centaines de millions, n'était point satisfait ”
“ Le nom français n'était plus respecté; il suffisait d'un mot d'un préfet, d'un procureur du roi, pour faire trembler toute une population; et cet état de misère, de prostration politique et d'abjection servile , durait depuis quinze années. Avec sept hommes dévoués dans chaque département , le gouvernement du roi était maître absolu. Nulle institution ne ralliait les familles ni les cités ; nulle relation de service public ne rapprochait les individus; trente millions d'hommes parqués isolément ne pouvaient opposer aucune résistance sérieuse ”
“ Le duc d'Angoulême est son lieutenant; il ira au-delà des Pyrénées briser la constitution des Cortès à la tête de cinquante mille soldats , et contraindre les Espagnols de subir les fureurs et la tyrannie d'un prince ingrat, parjure et sanguinaire. Les trésors et. les armées de la France sont aux ordres de tous les oppresseurs des nations. Les rois de Sardaigne, de Naples, le féroce usurpateur de Lisbonne, consommèrent la ruine et l'asservissement des Piémontais, des Napolitains, des Espagnols et des Portugais. Plus de ressource, plus d'asile pour les défenseurs des peuples. ”
“ L'Europe va retomber dans la barbarie du moyen âge, si l'on peut étouffer la liberté dans son berceau. L'oeuvre est consommée à tout jamais , si la France subit le joug de l'absolutisme : engagés par le serment de leur initiation, jésuites, et jésuites dévoués comme le plus humble des frères, ils feront tout pour servir la conjuration sainte, ils croiront que leur salut est à ce prix, ils laisseront faire. ”
“ Nous ne serons pas injustes ; nous ne verrons dans le comte d'Artois et sa famille que les instruments et non les auteurs de tant de crimes; il faut plaindre les princes, même quand on ne peut plus les estimer; il faut faire la part des préjugés dans lesquels ils ont été élevés. Environnés d'hommages à leur berceau, ils grandissent, vivent et meurent dans la plus profonde ignorance d'euxmêmes, de tout ce qui les entoure; ils se croient d'une origine supérieure à celle des autres hommes ”
“ Ce qu'il ose faire chaque jour, dans l'intérieur du royaume, ne va pas moins qu'à disperser les éléments de la paix publique, à dissoudre les liens de la société, et qu'on ne s'y méprenne point, à faire trembler le sol sous nos pas. ”
“ Les rebelles ne pouvaient échapper à un juste et prompt châtiment. La capitale serait rayée du rang des bonnes villes. Une cour martiale allait envoyer les coupables à leur juge naturel, et Charles X avait fixé au jeudi 29 sa rentrée dans son château des Tuileries. Un dîner de gala avait été commandé, et ce dîner n'a profité qu'aux jeunes braves qui ont chassé de son château et de Paris les Suisses chargés, en l'absence du prince, de garder le mobilier royal et la batterie de cuisine. ”
“ Jamais peuple n'a montré un plus noble caractère ; notre cause est européenne ; tous les étrangers qui se trouvaient à Paris se sont associés à nos voeux, à nos dangers; ils s'enorgueillissent de nos succès. ”
“ Il nous suffit d'interroger l'expérience et de constater l'état présent des choses. Les moeurs judiciaires se prêtent difficilement à une répression efficace. Cette vérité d'observation avait depuis long-temps frappé de bons esprits : elle a acquis nouvellement un caractère plus marqué d'évidence. Pour satisfaire aux besoins qui l'ont fait instituer, la répression aurait dû être prompte et forte : elle est restée lente , faible et à peu près nulle. Lorsqu'elle intervient, le dommage est commis ; loin de le réparer, la punition y ajoute le scandale du débat. ”
“ Le nom de Louis XV avait été donné à une place de la capitale; une ordonnance dictée par les jésuites et signée par Charles X substitue à ce nom celui de Louis XVI ; la statue dé Louis XV est la seule qui n'a pu être relevée. Le jubilé devint le signal et le prétexte de 48 nouvelles missions; partout les mandements des prélats, les sermons des prédicateurs prodiguent les injures et les outrages contre nos nouvelles institutions, et contre les maximes de notre droit public consacrées par la Charte. ”
“ Aux yeux de la faction contre-révolutionnaire, le seul roi légitime était Monsieur; c'était l' homme selon Dieu. Les conjurés du pavillon ne se dissimulaient pas que si les .cabinets étrangers répondaient à cet appel éminemment royaliste, la France ne serait qu'un vaste champ de carnage. Les confiscations des biens des parents des proscrits auraient payé les bourreaux enrégimentés; mais cette ressource aurait été bientôt épuisée, et les vainqueurs auraient bientôt mis à contribution ceux qui les avaient rappelés : on ne s'avise jamais de tout. ”
“ Tenez-vous prêts, dans peu vos bras seront nécessaires : songez que rien ne doit nous manquer; armes, munitions, il n'est pas de sacrifices que l'on puisse se dispenser de faire pour en avoir. Déjà la majeure partie des braves est munie de tout ce qui leur est nécessaire; quant à l'artillerie, nous savons nous-mêmes où nous en procurer, et le coup qui doit rendre à la France sa splendeur et ses droits est déjà à moitié porté... ”
“ L'HOMME le moins éclairé, sans nulle instruction, l'homme du peuple qui juge, de tout par les seules inspirations de sa conscience et du bon sens, ne peut, sans sourire de pitié, soutenir la lecture du fameux rapport qui précède les ordonnances du 25 juillet. ”
“ Le ministère déchu avait été le plus long depuis la restauration. Ceux qui l'avaient précédé n'avaient pu rester au pouvoir plus d'une année; car on en compte huit de 1814 à 1822. Presque tous ces ministres ont passé à la pairie avec des pensions considérables. On croyait que par pudeur Charles X, ou, pour mieux dire, la faction qui gouvernait en son nom, ne signalerait par aucune faveur le triumvirat Villèle, Corbière et Peyronnet, qui se trouvait sous le coup d'une accusation portée par la France entière. ”
“ C'est ainsi que le dernier acte 8 114 de la puissance royale, la proclamation , a été discrédité dans le public avant même, d'être connu des électeurs. Ce n'est pas tout. La presse ne tend pas moins qu'à subjuguer la souveraineté et à envahir les pouvoirs de l'État. Organe prétendu de l'opinion publique, elle aspire à diriger les débats des deux chambres, et il est incontestable qu'elle y apporte le poids d'une influence non moins fâcheuse que décisive. ”
“ Les causes successives qui ont concouru à affaiblir les ressorts du gouvernement monarchique tendent aujourd'hui à en altérer et à en changer la nature : déchue de sa force morale , l'autorité soit dans la capitale, soit dans les provinces, ne lutte plus qu'avec désavantage contre les factions. Des doctrines pernicieuses et subversives, hautement professées, se répandent et se propagent dans tontes les classes de la population ; des inquiétudes trop généralement accréditées agitent les esprits et tourmentent la société. ”
“ Sire, ne douiez pas qu'elle n'y parvienne, en attaquant les fondements de la foi, en altérant lés sources de la morale publique, et en prodiguant à pleines mains la dérision et le mépris aux ministres des autels. Nulle force, il faut l'avouer, n'est capable de résister à un dissolvant aussi énergique que la presse. A toutes les époques où elle s'est dégagée de ses entraves, elle a fait irruption, invasion dans l'Etat. ”
“ Tous les efforts de la censure pour empêcher cette révélation ne pouvaient qu'en retarder le terme. Charles X devait continuer les Stuarts et finir comme eux ; l'aspect du tombeau de Jacques II à Saint-Germain n'avait fait aucune impression sur son âme , et s'il eût éprouvé quelque émotion , ses courtisans en soutane lui auraient répété leur argument ordinaire : Les rois ne perdent leur couronne que par un excès d'indulgence. Qui peut avoir horreur du sang des populations ne sait pas régner. ”
“ Alors se forma ce gouvernement occulte, plus actif, plus puissant que le gouvernement patent. Le roi de la faction contre-révolutionnaire siégait au pavillon Marsan; son frère, que la faction n'appelait que le roi XVIII, gouvernait à sa manière à l'autre extrémité du même palais. D'accord dans leur but, les deux gouvernements ne différaient, que dans leurs moyens. C'est de ce double foyer d'intrigue que sont émanés tous les maux qui, pendant quinze ans, ont pesé sur la France nouvelle ”
Termes fréquents
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