“ Je meurs... Je meurs... LE DUC, avec épouvante.Son râleSe multiplie au loin... UNE VOIX, se perdant.Je meurs... LE DUC.... sous le ciel pâle !...— Ah ! je comprends !... Le cri de cet homme qui meurt,Fut, pour ce val qui sait tous les râles par cœur,Comme le premier vers d’une chanson connue,Et quand l’homme se tait, la plaine continue ! LA PLAINE, au loin.Ah !... ah !... LE DUC.Ah ! je comprends !... plainte, râle, sanglot,C’est Wagram, maintenant, qui se souvient tout haut ! LA PLAINE, longuement.Ah !... LE DUC, regardant Flambeau qui s’est raidi dans l’herbe. ”
Edmond Rostand
Résumé
L’Aiglon, drame en six actes d’Edmond Rostand (1900), explore la recherche d’identité du duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier, entre ambition et contrainte. Inspiré par l’histoire de Napoléon II, le personnage principal résiste à la tutelle de Metternich et aux pressions politiques, dans un décor de Schönbrunn et de Wagram.
La pièce, rédigée en alexandrins, combine tragédie et réflexion sur la liberté, avec des scènes mémorables comme la tirade de Flambeau. Première au Théâtre Sarah-Bernhardt en 1900, elle fut interdite sous l’Occupation, avant un retour triomphant en 1945.
Citations de L’Aiglon (Edmond Rostand)
“ MARMONT.C’est que de déranger Votre Altesse ils ont peur,Et, Sire, que déjà vous êtes l’Empereur. LE DUC, frissonne, et après un silence.Empereur ?... Moi ?... Demain ?... Je te pardonne, traître !J’ai vingt ans et je vais régner !... Ah ! mon Dieu ! que c’est beau d’avoir vingt ans et d’êtreFils de Napoléon premier !Ce n’est pas vrai que je suis faible et que je tousse !Je suis jeune, je n’ai plus peur !Empereur ?... Moi ?... Demain ?...— Comme la nuit est douce !... LA VOIX D’UN CONSPIRATEUR, arrivant.Schœnbrunn. UNE AUTRE VOIX, répondant.Sainte-Hélène. LE DUC.Empereur !... ”
Edmond Rostand,
L’Aiglon
(1900)
“ LE DUC. Flambeau !... FLAMBEAU. Hein ? vous pleurez ?... Nom d'un petit bonhomme ! Essuyez-vous les yeux avec le roi de Rome !... (Il s'agenouille près du duc et lui essuie les yeux avec le mouchoir.) Moi, je vous dis qu'on bat les fers lorsqu'ils sont chauds ; Que vous avez le peuple avec les maréchaux ; Que le roi, le roi même, à cette heure n'existe Qu'à la condition d'être bonapartiste ! Qu'en vain, ils ont un coq qui se donne du mal, Pour ressembler, de loin, à l'aigle impérial ! Qu'on trouve irrespirable, en France, un air sans gloire ! ”
