Jean Martet

Résumé

Jean Martet Marion des neiges (1928)

Après quoi, Patrice, à qui j’avais demandé de chanter, lui aussi, quelque chose de sa race, étendit ses deux bras en un geste d’adoration, s’inclina deux fois vers le sol, où, tous deux, nous étions assis, les jambes croisées, et, tout bas, tout bas, il se mit à psalmodier une lente mélopée, qui, soudain, s’arrêta... Il resta la bouche ouverte, l’œil fixe, perdu dans un rêve. Au bout d’un moment, il eut l’air de s’éveiller, il se leva, lourdement :
— Non, James, dit-il. Il ne faut pas chanter. Chanter c’est penser et la pensée coupe le courage.
Source : Gutenberg

Jean Martet Marion des neiges (1928)

Le travail reprit plus fiévreux et plus productif que jamais et l’hiver se passa sans qu’un seul jour il nous vînt la pensée de nous retirer des affaires ou seulement de nous reposer... Pourtant, quel hiver ! Il fut si rigoureux, si terrible, avec de telles tempêtes de neige, ou, ce qui était pis encore, de vent glacé, coupant comme des lames de rasoir, que les bêtes descendaient du Nord par centaines, si affolées devant le froid qu’elles ne songeaient même pas à nous attaquer. Un loup, une fois, pendant que j’étais en train de piocher le sable gelé de la grève, me déboula entre les jambes.
Source : Gutenberg

Jean Martet Marion des neiges (1928)

Patrice et moi nous l’avions écouté en silence... Dans nos pays civilisés le meurtre met entre la victime et le meurtrier une barrière infranchissable... Ils se regardent l’un l’autre à jamais avec des yeux d’horreur. Dans les terres glacées, un meurtrier est, avant tout, un homme, — et un homme, c’est, peut-être, le danger, la douleur... c’est surtout la vie, c’est, dans le royaume du silence, une chose qui parle, c’est, dans le royaume du froid, une chose qui réchauffe : Spiers avait voulu nous tuer et nous dépouiller...
Source : Gutenberg

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