“ Odessa était une ville commerçante, elle l’est restée, on peut croire qu’elle le sera toujours. Ses cent cinquante mille habitants se composent non seulement de Russes, mais de Turcs, de Grecs, d’Arméniens, — enfin une agglomération cosmopolite de gens qui ont le goût des affaires. Or, si le commerce, et principalement le commerce d’exportation, ne se fait pas sans commerçants, il ne se fait pas sans banquiers non plus. ”
Odessa
Définition et enjeux
Odessa, ville portuaire de la mer Noire, incarne l’intersection de l’histoire russe, du commerce et de la diversité culturelle. Des auteurs comme Jules Verne soulignent son rôle de centre commercial cosmopolite, tandis que Eugène-Melchior de Vogüé met en valeur son architecture originale, dépourvue d’églises orthodoxes.
Gustave de Molinari critique ses installations, et E. de Cazalès insiste sur son importance stratégique pour la Russie. Ces visions révèlent une ville en constante évolution, symbole d’ambition économique et de tensions géopolitiques, ancrée entre la Russie, la Crimée et l’Europe.
Citations sur “Odessa”
Eugène-Melchior de Vogüé,
Revue des Deux Mondes
“ Odessa déroute encore le regard fait aux villes russes par le petit nombre de ses églises et la modestie de ses clochers. En comparaison des métropoles orthodoxes, Kief, Moscou, annoncées de loin par une pieuse forêt de flèches et de coupoles, Odessa est une infidèle, une païenne, signalée aux navires qui arrivent de la mer par le couronnement grec d’un théâtre monumental ; on achève de le construire au sommet de la falaise qui commande le port ; il ne déparerait pas une grande capitale. Les marchands russes font volontiers d’énormes sacrifices pour une bâtisse ”
Gustave de Molinari,
Lettres sur la Russie, par M. G. de Molinari…
(1877)
“ Odessa, malgré ses 100,000 habitants actifs et industrieux, malgré son aristocratie de millionnaires, malgré l'importance de ses revenus locaux qui dépassent 800,000 roubles, Odessa n'est point pavé. A peine avez-vous mis le pied dans votre droschki, vous vous sentez ballotté comme sur une mer houleuse, tandis que la poussière vous suffoque. C'est bien pis encore quand il pleut. ”
E. de Cazalès, Revue des Deux Mondes
“ Quand on pense qu’Odessa fut le premier port possédé par la Russie sur la mer Noire, on ne peut s’empêcher d’être surpris de l’activité d’une puissance qu’on peut dire aujourd’hui maîtresse de toute cette mer, y compris l’embouchure du Danube, cette position si importante, qui est, dans l’opinion de tous les Russes éclairés, le lieu de l’empire le plus favorable pour l’établissement d’une ville de commerce. ”
Jules Lecomte,
Histoire de l'armée et de tous les régiments…
(1860-1864)
“ Ses lueurs naissantes commençaient à peine à dégrader l'obscurité du premier matin, que la fumée ardente s'élevant des cheminées de quatre frégates à vapeur désignait à la flotte quels allaient être les premiers partners de cette partie sanglante. Odessa est une ville toute moderne. Le pittoresque amphithéâtre que parent aujourd'hui ses quais, ses vastes escaliers de granit, ses boulevards et ses riches édifices, n'offrait, il y a soixante ans, que les tristes masures d'un village tartare (1) . ”
Ferdinand de Lesseps,
Histoire du Canal de Suez
(1875-1881)
“ Odessa est fière d'associer, dans ce jour à jamais mémorable, sa modeste voix au concert de tous les peuples du monde civilisé, venant, par ses princes et ses représentants les plus illustres, fêter l'inauguration de l'œuvre de génie, qui doit faire, dans tous les âges, l'orgueil de notre siècle et la gloire de l'humanité. ”
Z. Frappaz, Vie de l'abbé Nicolle, vicaire général et chanoine honoraire de Paris… (1857)
“ La nuit, le jour, il dirige, il encourage, il fonde : des contrées désertes avant lui sont peuplées; l'agriculture, le commerce, l'industrie, tout s'accroît, tout prospère, et Odessa, qui peu d'années avant lui n'était qu'une bourgade misérable, se place par ses soins au rang des villes les plus florissantes. ”
Charles Benoist,
Revue des Deux Mondes
“ Mais c’est le royaume des ombres; et, d’ailleurs, la route d’Odessa ne conduit en Russie, nulle part, qu’à Odessa. Derrière, il y a encore une Russie, encore l’espace, du vide à étreindre par-dessus le vide; encore du temps à gagner ou à perdre pour saisir l’insaisissable et briser l’inarticulé. Ce qui fait la Russie finalement invincible, c’est qu’elle n’a pas de centre, et qu’il y a, sous un seul Tsar, plusieurs Russies. Autant partir pour la conquête des sept cercles de l’Enfer. Commencer une expédition de Russie est plus aisé que de la finir. Les Allemands le savent. ”
Jean de Pontevès de Sabran, Notes de voyage d'un hussard, un raid en Asie… (1890)
“ Au contraire, Odessa 1 où nous débarquons à dix heures du matin, par un temps superbe, est une belle cité, imposante presque, avec ses boulevards rigides, vastes comme des places, et ses rues larges comme des boulevards. Partout des squares, des allées d'acacias et des perspectives bordées de grands beaux hôtels. Très somptueux également le théâtre ; trop somptueux même pour ses dimensions : Il est tout en relief. 1. La population d'Odessa est évaluée à deux cent vingt-cinq mille âmes. ”
Francis Drouet, De Marseille à Moscou par le Caucase… (1893)
“ Le théâtre d'Odessa est certainement l'un des plus beaux de l'Europe. Une des promenades favorites des Odessois, dans l'intérieur de la ville, est cette vaste terrasse qui précède les constructions élevées en face de la mer et porte le nom de boulevard Alexandre. Contre les habitations, une chaussée est réservée aux voitures, et sur toute la longueur s'étendent trois allées plantées d'arbres et d'arbustes. L'on jouit en même temps de la vue des équipages, du mouvement du port et du golfe. C'est l'un des endroits les plus agréables d'Odessa. ”
Napoléon Ney, En Asie centrale à la vapeur. La mer Noire… (1888)
“ C'est une rentrée dans la civilisation. On y pénétre avec ce sentiment de joie qu'on éprouve à toucher le port après une longue navigation. La ville s'élève en amphithéâtre sur un vaste plateau dont la base formidable plonge dans la mer Noire. Du haut de ces falaises escarpées, Odessa domine une vaste haie bien abritée des vents du sud, mais incomplètement de ceux do l'est et surtout du sud-est. Odessa est régulièrement tracée, comme le sont en général les villes de la Russie. Elle est bâtie avec soin ”
“ Malgré cela, la population d’Odessa montait déjà à près de 4,000 âmes en 1803, époque où l’empereur Alexandre, sentant l’importance de cette place, assura son existence, en en confiant le gouvernement au duc de Richelieu, à qui il donna toute l’extension de pouvoir, si nécessaire dans une contrée aussi éloignée de la capitale de l’empire. ”
Jurien de La Gravière, Les Missions extérieures de la marine…
“ Ce ne fut point cependant la Morée qui donna aux populations chrétiennes le signal de l’insurrection. Ce signal leur vint d’Odessa et des principautés danubiennes. Odessa était le foyer de la conspiration hétairiste. Les peuples à cette époque aimaient à travailler dans l’ombre ; le temps était aux sociétés secrètes. L’hétairie fut une sorte de carbonarisme orthodoxe dont la trame s’étendit lentement pendant un quart de siècle et finit par envelopper tous les états européens du sultan. ”
E. de Cazalès, Revue des Deux Mondes
“ Odessa est un exemple de l’heureuse influence que peut avoir sur la prospérité d’une ville la protection de l’administration. Sa rade, car nous ne pouvons l’appeler un port, est exposée aux vents d’est qui y soufflent avec une grande violence, surtout pendant l’hiver et l’automne, et endommagent souvent les navires. Le fond, composé d’une argile molle, est si mauvais que les grands bâtimens sont sûrs d’y perdre leurs ancres, s’ils ne les retirent pas toutes les vingt-quatre heures. ”
Austen Henry Layard,
La première campagne de la Crimée ou Les batailles mémorables de l'Alma…
(1855)
“ Odessa est à la fois un dépôt commercial et militaire, le grand magasin d'approvisionnement de la Russie méridionale. Ses greniers qui, en temps de paix, alimentent la moitié de l'Europe, fournissent, en temps de guerre, des moyens inépuisables de subsistance à de grandes armées. Comme position située à mi-chemin entre les Principautés et les provinces méridionales de la Russie, sa destruction est en quelque sorte une nécessité avant qu'on puisse entreprendre, avec quelque chance de succès, des opérations militaires, soit sur le Danube, soit dans la Crimée. ”
Philibert Audebrand,
Il était une fois... : récits & nouvelles de toutes les couleurs…
(1883)
“ J'ai visité Odessa, Arkangel, Kasan, Moscou, Pétersbourg. Chacun des péchés capitaux nourrit des légions dans ces villes. Un de mes rêves, une chimère insensée, ce serait de pacifier ce malheureux pays, qui ressemble à un fruit gâté avant que d'être mûr. Mais comment s'y prendre? J'ai réfléchi, j'ai médité, et j'ai vu que, contrairement à ce qui se passe souvent ailleurs, toute corruption d'ici part d'en haut. Eh bien, c'est donc en haut qu'il s'agit de frapper.- Vous autres, Grégoire et Alexis un autre sentiment vous pousse. ”
Various, L'Illustration, No. 0062, 4 Mai 1844
“ Les voyageurs qui n'ont d'autre mobile que le besoin de voir, le désir de s'instruire ou la démangeaison d'écrire, vont rarement à Odessa. L'armée de touristes que les bateaux à vapeur débarquent tous les ans à Constantinople, s'arrête au Bosphore ou se dirige vers l'ouest pour visiter Balhek, le Saint-Sépulcre, les pyramides et le temple de Minerve. Les rives du Pont-Euxin exercent une médiocre attraction sur ces imaginations usées et fatiguées qui viennent se retremper dans l'atmosphère poétique de l'Orient, pour inonder de nouveau la presse du torrent de leurs impressions de voyage. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ Sébastopol, Kherson, Nicolaïef, Kharkof, Taganrog, Rostof, Saratof, Samara, Perm, Orenbourg, la plupart des chef-lieux de gouvernement ou de district du Sud et de l’Est, sont plus jeunes que les capitales des États de l’Atlantique dans l’Amérique du Nord. Odessa, créée par le duc de Richelieu, a moins d’un siècle, et déjà, autant d’habitants que Rouen et le Havre mis ensemble. La Nouvelle-Russie, dont Odessa est la capitale, est aussi bien nommée qu’aux États-Unis la Nouvelle-Angleterre, et la colonisation en est bien autrement moderne. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
L’Empire des tsars et les Russes
“ C’est ainsi que Kief, Kazan, Saratof, Odessa, les municipalités les plus riches de l’empire, sont tombées dans l’embarras ou la détresse en voulant rivaliser avec les villes d’Allemagne, de France, d’Italie, et elles aussi faire grand. Odessa, l’opulent emporium de la mer Noire, la métropole du sud, a eu durant des années un déficit annuel de 200 000 ou 300 000 roubles. ”
Alfred Des Essarts, Portraits biographiques et critiques des hommes de la guerre d'Orient (1855)
“ C'est là qu'on trouve les ports et les villes dont la Russie prétend faire la base de son omnipotence dans la mer Noire ; enfin cette belle contrée est le grand chemin qui, selon l'expression de Catherine II, va de Moscou à Constantinople. Il y a soixante ans, Odessa, — que le lecteur a déjà nommée, — était une misérable bourgade de pêcheurs : aujourd'hui elle compte quatrevingt mille habitants; en 1793, c'était une rade où stationnaient une dizaine de barques : aujourd'hui c'est un port visité chaque année par treize cents grands bâtiments européens et par plus de deux mille caboteurs. ”
Claude Anet,
Les roses d'Ispahan: La Perse en automobile à travers la Russie et le Caucase
(1907)
“ On annonçait à Odessa la grève générale ; Odessa était une de nos étapes. A Sébastopol, des émeutes éclataient dans les arsenaux ; nous devions toucher à Sébastopol. Au Caucase, ce n'étaient que brigandages sur les routes, massacres dans les villes, pillage et assassinat partout, l'état de siège dans chaque gouvernement, l'anarchie régnant à Batoum, et les paysans de Gori révoltés proclamaient la République. Nous ne pouvions éviter de traverser le Caucase pour nous rendre en Perse. Chaque jour les journaux donnaient deux colonnes de dépêches lugubres sur les choses russes. ”
Calouste S. Gulbenkian, Revue des Deux Mondes
“ A deux pas de la Perse, à vingt-quatre heures de l’Asie centrale, je trouvais une ville moderne, avec des rues bien larges, bien aérées, bordées de maisons assez basses, comme dans toute la Russie, mais très commodes et très saines ; bref, entre Bakou et Pétersbourg ou Odessa, je n’apercevais d’abord aucune différence, et, dans mon désappointement, j’accusais le pic et la pioche du démolisseur, sans songer que la ville neuve s’est élevée à côté, non sur les décombres de l’ancienne. ”
Ramón de la Sagra,
Voyages en Europe
(1855)
“ Odessa est aujourd'hui la ville principale du gouvernement de Kherson ou de Nikolaïev, chef-lieu Kherson, bâtie en 1778, par l'olemkin, à 1 embouchure du Dnieper. Kherson, malgré ses fortifications, son port militaire et commercial, ses chantiers de construction son arsenal et ses casernes, a perdu presque toute son importance depuis l'immense développement d'Odessa et de Nikolaïev, dont nous avons récemment parlé. Une année après sa fondation, Odessa comptait déjà, dans ses cabanes alignées, 2,300 hommes et 1,600 femmes, grecs, juifs et autres spéculateurs attirés par sa situation favorable. ”
“ Les soins infatigables et paternels avec lesquels M. le duc de Richelieu gouvernait Odessa fixèrent bientôt tous les regards sur cette ville nouvelle : des Russes et des étrangers de toutes les nations y affluèrent eu foule ; plusieurs capitalistes vinrent y fonder des maisons de commerce solides, attirés par les avantages de la position de cette place, et par les garanties que leur offrait le caractère personnel et la conduite sage de son administrateur, ainsi que par l’accueil gracieux qu’il leur faisait. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ La mutinerie déjouerait cet infernal calcul aussitôt que l’occasion s’en présenterait. Déjà des régiments français désignés pour aller combattre les Russes furent envoyés à Odessa. Ces régiments composés en majeure partie d’hommes venus du front occidental s’étaient embarqués à contre-cœur pour une expédition lointaine. Le 8 mars 1919, deux compagnies d’un régiment de la 156e division, cantonnées à Odessa et envoyées à Kherson, quand elles s’aperçurent qu’on voulait les employer contre la Révolution russe, refusèrent de se battre. On les ramena à Odessa. ”
Jules Patenôtre,
Un Voyage d’hiver au Caucase
“ La colonie, en grandissant, n’a pas oublié ce qu’elle doit à son ancien gouverneur. La plus belle rue d’Odessa porte aujourd’hui le nom du ministre de Louis XVIII. Comme la plupart des villes qui n’ont point de passé, Odessa est sans grand intérêt pour le touriste. ”
Honoré Arnoul,
La guerre, histoire complète des opérations militaires en Orient et dans la Baltique pendant les années 1853…
(1855)
“ Le jour où les habitants d'Odessa, réunis dans les temples orthodoxes, célébraient la mort du Fils de Dieu crucifié pour la rédemption de l'humanité, les alliés des ennemis de son saint nom ont commis un attentat contre cette ville de paix et de commerce, cette ville où l'Europe entière, dans ses années de disette, trouvait toujours des greniers ouverts. Les flottes française et anglaise ont bombardé pendant douze heures nos batteries, les habitations des citoyens paisibles et les navires marchands qui se trouvaient dans la rade. ”
Gustave de Molinari,
Lettres sur la Russie, par M. G. de Molinari…
(1877)
“ Les Polonais formaient l'élément brillant et chevaleresque de la société d'Odessa. Cette société, avec ses types variés et vivement caractérisés, n'en reste pas moins des plus attrayantes. Le genre féminin surtout mérite une mention particulière. Dans certains pays, c'est presque un événement d'apercevoir une jolie femme dans la rue. A Odessa, ces événements-là se rencontrent à chaque pas. Juives, Grecques, Arméniennes, Polonaises, Petites et Grandes Russiennes s'y font concurrence pour réjouir la vue des consommateurs. ”
Charles-Hippolyte Barault-Roullon, Dangers pour l'Europe, origine… (1854)
“ Le développement si rapide d'Odessa, d'Otchakoff, de Kherson, de Taganrog (Jekaterinoslaw) , de Sebastopol, de Kaffa et d'Anapa a justifié ces conseils et inspiré toutes les espérances de la Russie, en même temps que toutes les craintes de la Porte-Ottomane; car les ports de Varna, Bourgas, sur la côte d'Europe, et ceux de Sinope et Batoum, sur celle d'Asie, ont perdu toute leur importance, et se trouvent dominés par la fière et redoutable puissance qui n'a plus qu'un pas à faire pour accaparer les relations commerciales de tout l'ancien continent. ”
Saint-Marc Girardin,
Revue des Deux Mondes
“ M. Baude a raison de dire que notre établissement doit être un établissement européen, et non pas seulement un établissement français. Telle est, après tout, sachons-le bien, la condition des colonies et des villes qui sont fondées de nos jours. Elles sont fondées par un peuple mais elles sont fondées pour tous les peuples. Le génie cosmopolite préside aux cités nouvelles : Odessa, au fond de la mer Noire, n’est pas une ville russe, c’est une ville cosmopolite, c’est une société mêlée de tous les peuples de l’Europe et de l’Asie. ”
“ Odessa, dans ce tems de calamités, paraissait anéantie ; ce n’était plus qu’un vaste tombeau : un silence morne régnait sur les places et dans les rues désertes de cette ville, naguère si animée et si bruyante. Toute espèce d’affaires fut suspendue ; chacun ne songeait qu’à se garantir du fléau qui le menaçait : M. le duc de Richelieu bravait seul les dangers dont il était environné ; il exposait continuellement sa propre existence pour sauver de malheureuses victimes, et surtout pour préserver du mal ceux qui n’en étaient pas encore atteints, et empêcher la maladie de s’étendre dans le pays. ”
